Forum de Paris sur la paix : Rabat, vitrine d’une diplomatie de convergence
Affiche de la Réunion du printemps du Forum de Paris sur la paix qui se tient du 4 au 5 juin 2026 à Rabat © DR
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La Réunion de printemps 2026 du Forum de Paris sur la paix se tient les 4 et 5 juin à Rabat. L’annonce, faite mi-mai, confirme le choix du Maroc comme hôte d’un rendez-vous qui entend placer la « résilience » au centre de l’agenda international, dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques, l’incertitude économique et la fragilisation des équilibres régionaux, notamment au Moyen-Orient.
Organisée en partenariat avec le groupe OCP et avec le soutien de l’Université Mohammed VI polytechnique (UM6P), cette rencontre s’inscrit dans une séquence diplomatique dense, entre le Sommet Africa Forward à Nairobi et le G7 d’Évian.
Le choix de Rabat n’est pas anodin. Il traduit une tendance déjà perceptible depuis plusieurs années. Le Maroc s’affirme comme une plateforme de dialogue capable de faire converger des acteurs venus d’horizons différents dans un contexte où les grands blocs peinent à restaurer la confiance.
Ce type de forum vise moins à produire des déclarations de principe qu’à faire émerger des coalitions d’action concrètes. C’est précisément l’ambition affichée par le Forum de Paris sur la paix, qui veut faire de cette Réunion de printemps un espace de travail orienté vers des solutions durables.
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Le Forum de Paris sur la paix, un rendez-vous à contre-courant des crises
Le thème retenu, « Resilient transitions », dit beaucoup de l’époque. Les transitions, qu’elles soient alimentaires, énergétiques, sociales ou technologiques, ne sont plus pensées seulement en termes d’accélération, mais en termes de robustesse face aux crises.
Les conflits, les chocs climatiques, les perturbations des chaînes d’approvisionnement, la hausse des inégalités et l’instabilité financière ont déplacé le centre de gravité du débat international. Il ne suffit plus de savoir comment transformer les modèles de développement, encore faut-il garantir leur capacité à tenir dans la durée, à absorber les secousses et à protéger les populations les plus vulnérables.
Dans cette perspective, Rabat accueille, le 4 et 5 juin, un format qui se veut complémentaire du G7. Labellisée dans le cadre de la présidence française du G7, la Réunion de printemps entend nourrir le processus préparatoire du sommet de juin et prolonger les discussions sur les priorités de gouvernance mondiale.
Le calendrier est d’ailleurs révélateur. Entre Nairobi, Rabat et Évian, il dessine un enchaînement où l’Afrique n’apparaît plus seulement comme un objet de politique internationale, mais comme un espace de production de solutions.
Cette orientation prend une résonance particulière dans le contexte actuel. Les tensions au Moyen-Orient, les recompositions diplomatiques et l’incertitude qui pèse sur plusieurs zones de crise rappellent à quel point la stabilité n’est plus un acquis. Elles influencent aussi indirectement les priorités économiques et sécuritaires à l’échelle mondiale, de l’énergie aux flux commerciaux, en passant par la sécurité alimentaire et les migrations.
Dans cet environnement instable, la question de la résilience devient un cadre d’action, presque une condition de survie pour les politiques publiques. Rabat se trouve ainsi au croisement d’un débat sur la sécurité régionale et d’une réflexion plus large sur les conditions d’une gouvernance mondiale capable de résister aux chocs.
Trois priorités pour ancrer la résilience dans l’action
Le programme annoncé autour de trois axes prioritaires confirme cette ambition. Le premier concerne les systèmes alimentaires et la transformation agricole en Afrique. Ce choix n’est pas fortuit. Le continent reste confronté à une série de vulnérabilités structurelles allant de la dépendance aux importations à la pression démographique, en passant par le stress hydrique, la dégradation des sols, la faiblesse des infrastructures logistiques et l’exposition accrue aux aléas climatiques.
L’agriculture durable ne relève donc plus seulement d’un enjeu de développement rural ; elle touche directement à la souveraineté, à la stabilité sociale et à la sécurité régionale. Le Forum entend notamment prolonger les travaux de l’initiative ATLAS et ouvrir la réflexion sur de nouveaux mécanismes de financement capables de soutenir des modèles de production plus résilients.
Le deuxième axe, centré sur l’investissement dans les enfants et les générations futures, peut sembler éloigné des débats classiques de la diplomatie. Il est au contraire au cœur d’une vision stratégique de long terme.
Le Child Priority Framework, mis en avant par le Forum, repose sur une idée simple : la stabilité d’une société se construit aussi par la santé, l’éducation, la protection et les perspectives offertes aux enfants. Dans des contextes marqués par les inégalités et l’insécurité, l’investissement social constitue un levier de prévention des fractures futures.
Le troisième axe porte sur la gouvernance responsable des minéraux de transition. Ici encore, le débat est central. La transition énergétique mondiale, souvent présentée comme une opportunité historique, repose sur des matières premières indispensables à la fabrication des batteries, des panneaux solaires, des infrastructures de stockage et des technologies de réseau.
Or, la demande croissante pour ces ressources soulève des questions de souveraineté, de justice économique et de répartition de la valeur. Pour le Forum de Paris sur la paix, l’enjeu d’« éviter que la transition verte ne reproduise les déséquilibres du passé », en concentrant les profits dans les pays consommateurs et en laissant les pays producteurs dans des positions périphériques.
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Une plateforme de coalitions diplomatiques
Le rôle confié au groupe OCP et à l’UM6P renforce la portée politique de la rencontre. L’OCP, acteur majeur des fertilisants et des matières premières agricoles, s’est imposé ces dernières années comme un interlocuteur de premier plan sur les questions de sécurité alimentaire, d’innovation et de développement durable. L’UM6P, de son côté, a multiplié les initiatives autour de la recherche appliquée, des technologies agricoles, de l’eau, de l’énergie et de l’entrepreneuriat.
Leur implication donne au rendez-vous de Rabat une assise qui dépasse la simple logistique événementielle. Elle inscrit le forum dans une dynamique de production de savoirs, de mise en réseau et d’expérimentation de solutions concrètes.
Le Maroc, dans cette configuration, joue un rôle stratégique. Par sa position géographique, à la croisée de l’Afrique, de l’Europe et du monde arabe, mais aussi par sa diplomatie de plus en plus tournée vers les partenariats Sud-Sud et les coopérations multilatérales, il cherche à consolider son image de trait d’union.
La Réunion de printemps de Rabat s’inscrit aussi dans un continuum . après une édition 2024 organisée au Maroc autour des « Fair tansitions », puis une édition 2025 tenue à Séville dans le cadre de la quatrième Conférence internationale sur le financement du développement, le Forum poursuit son déplacement hors de Paris.
À l’heure où les grandes puissances cherchent à contenir les effets d’une mondialisation désordonnée, la tenue de cette Réunion de printemps à Rabat offre un signal politique. Elle suggère qu’une partie des réponses aux crises mondiales peut venir d’espaces de dialogue situés en dehors des centres traditionnels de décision.
Elle rappelle aussi que la paix ne se construit pas seulement par la gestion des conflits, mais par l’organisation de transitions justes, stables et soutenables. Dans un monde sous tension, le mot « résilience » ne désigne plus une simple capacité d’adaptation mais devient un horizon de gouvernance.
Le rendez-vous des 4 et 5 juin à Rabat s’annonce ainsi comme un test. Test pour le Forum de Paris sur la paix, qui devra montrer que ses ambitions peuvent se traduire en initiatives tangibles. Test pour le Maroc, qui entend confirmer sa place dans les diplomaties de plateforme. Test, enfin, pour une gouvernance mondiale en quête de nouveaux points d’appui, alors que les crises s’enchaînent et que les équilibres régionaux, du Moyen-Orient à l’Afrique, appellent des réponses à la fois plus inclusives et plus durables.
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