Peut-on produire de l’électricité… en sauvant l’eau des barrages ?
Panneaux solaires © DR
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Intitulée « Techno-economic feasibility analysis of floating photovoltaic systems on 58 Moroccan dams : energy potential, economic viability, and water evaporation », l’étude menée par Abdelilah Mouhaya et ses co-auteurs met en lumière une opportunité stratégique pour le Maroc.
En s’appuyant sur l’analyse de 58 barrages, elle démontre que le solaire flottant pourrait simultanément répondre à deux défis : la transition énergétique et la raréfaction de l’eau. À travers une approche technique et économique, ce travail esquisse les contours d’un modèle énergétique innovant, encore peu exploité à l’échelle nationale.
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Barrages sous pression : une ressource fragilisée
Le Maroc fait face à une pression croissante sur ses ressources hydriques. Les barrages, essentiels pour l’irrigation et l’approvisionnement en eau, subissent des pertes massives dues à l’évaporation, estimées à près de 909 millions de m³ par an. Ce phénomène s’intensifie avec la hausse des températures et la baisse des précipitations, dans un contexte de changement climatique.
Dans le même temps, le pays accélère sa transition énergétique, avec l’objectif d’atteindre plus de 52% d’énergies renouvelables d’ici 2030. Le solaire, grâce à un ensoleillement exceptionnel, apparaît comme un levier central. Mais la question de l’espace disponible pour les installations reste un enjeu.
Le solaire flottant, une réponse à double enjeu
C’est dans ce contexte que le photovoltaïque flottant (FPV) s’impose comme une solution hybride. En installant des panneaux à la surface de l’eau, cette technologie permet de produire de l’électricité sans mobiliser de foncier, tout en limitant l’évaporation.
L’effet de refroidissement de l’eau améliore par ailleurs le rendement des panneaux, avec un gain estimé pouvant atteindre 2% par rapport aux installations terrestres. En parallèle, l’ombre générée réduit l’exposition directe de l’eau au soleil, contribuant à préserver les ressources hydriques.
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Un potentiel énergétique considérable
L’étude révèle que les 58 barrages analysés représentent une superficie totale d’environ 433 km². Une surface largement suffisante pour envisager un déploiement à grande échelle.
Les résultats sont frappants : couvrir seulement 1% de ces surfaces permettrait déjà de produire une quantité significative d’électricité. Plus ambitieux encore, une couverture de 40% pourrait suffire à répondre à l’ensemble de la demande nationale en énergie.
Les grands barrages, comme Al Wahda ou Al Massira, se distinguent par leur fort potentiel, en raison de leur taille et de leur exposition solaire.
Trouver le bon équilibre technique
L’efficacité du solaire flottant dépend de plusieurs paramètres, notamment l’inclinaison des panneaux. Si un angle de 31° maximise la production, l’étude montre qu’un angle de 11° constitue un compromis optimal entre rendement énergétique et réduction de l’évaporation.
Ce choix illustre une logique d’équilibre : des panneaux moins inclinés favorisent l’ombrage de l’eau, limitant les pertes hydriques, tout en maintenant une production énergétique satisfaisante.
Une rentabilité prometteuse mais incertaine
Sur le plan économique, les projections sont encourageantes. Le retour sur investissement est estimé à moins de dix ans, un délai compétitif pour des infrastructures énergétiques.
Cependant, ces estimations reposent sur des hypothèses encore fragiles. Les coûts de maintenance restent mal documentés, ce qui introduit une incertitude importante. De plus, la rentabilité dépend fortement de facteurs comme le prix de l’électricité ou les coûts d’installation.
Certaines technologies, notamment celles offrant un meilleur rapport coût-performance, pourraient néanmoins accélérer l’adoption de cette solution.
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Des défis techniques à anticiper
Le déploiement du FPV à grande échelle suppose de relever plusieurs défis. Le manque de données précises sur les barrages, notamment leur profondeur ou les variations de niveau d’eau, complique la conception des installations.
Les périodes de sécheresse représentent également un risque pour la stabilité des structures flottantes. À cela s’ajoute l’intermittence de la production solaire, qui nécessite le développement de solutions de stockage, comme le pompage hydraulique ou l’hydrogène vert.
Un mouvement déjà amorcé
À l’international, le solaire flottant connaît une croissance rapide, avec des projets d’envergure en Chine, à Singapour ou encore aux États-Unis.
Au Maroc, les premières initiatives restent modestes, mais prometteuses. Une centrale pilote a été installée à Sidi Slimane, tandis qu’un projet de 13 MW est en cours près de Tanger. Ces expériences pourraient servir de base pour un déploiement plus large.
Le solaire flottant incarne une nouvelle manière de penser la gestion des ressources. En combinant production énergétique et préservation de l’eau, il propose une réponse intégrée à deux défis majeurs.
Pour le Maroc, cette technologie pourrait devenir un pilier de la transition énergétique, à condition de lever les incertitudes techniques et économiques. Entre innovation et pragmatisme, le pays dispose désormais d’une carte stratégique à jouer.
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