Réfugiés et migrants : le HCR pointe les failles du système d’accompagnement au Maroc

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Un nouveau rapport du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), réalisé avec le Conseil international des agences bénévoles (ICVA), dresse un état des lieux contrasté de l’offre de services destinés aux migrants, réfugiés et demandeurs d’asile au Maroc.
Le document recense environ 92 services de soutien répartis sur huit régions, confirmant le rôle croissant du Maroc comme pays de transit, mais aussi comme espace d’installation pour une partie des personnes en mouvement.
Derrière cette progression apparente, le rapport pointe toutefois de fortes disparités géographiques, des ruptures de prise en charge et des secteurs entiers encore insuffisamment couverts.
Une offre de services réelle, mais inégalement répartie
La cartographie établie par le HCR montre que l’offre se concentre surtout dans les régions de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Rabat-Salé-Kénitra, Casablanca-Settat et l’Oriental. Autrement dit, elle épouse les principaux axes de la migration mixte au Maroc ; les portes d’entrée du nord et de l’est, mais aussi les grands pôles urbains où les personnes migrantes cherchent du travail, des réseaux communautaires et des services de base.
Dans cette configuration, les soins de santé et le soutien psychosocial arrivent en tête des services disponibles, devant la communication, l’assistance aux survivants de violences basées sur le genre, la protection de l’enfance et l’hébergement d’urgence. À l’inverse, l’accès aux procédures d’asile, à l’aide juridique et aux services destinés aux victimes de traite humaine demeure limité.
Le rapport alerte aussi sur la fragilité de ce dispositif. Pas moins de 23 services auraient cessé de fonctionner, touchant des domaines aussi sensibles que la communication, les soins médicaux, le soutien psychosocial, l’hébergement, la protection de l’enfance, l’aide juridique et la prise en charge des violences basées sur le genre.
Cette contraction de l’offre est d’autant plus préoccupante que les besoins, eux, continuent d’augmenter. Le diagnostic dessine un système de protection réel, mais vulnérable, dépendant d’acteurs multiples et exposé aux à-coups du financement, des capacités locales et de la pression sur les structures déjà en place.
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Rabat, Casablanca et l’Oriental, principaux points de fixation des migrants
Rabat et Casablanca occupent une place particulière dans cette géographie de la migration. Selon le rapport, ces deux villes accueillent d’importants effectifs de réfugiés, de demandeurs d’asile et de migrants, dont une partie s’y installe plus durablement qu’auparavant.
L’allongement des séjours s’explique par la concentration des services, les possibilités d’emploi, la présence de communautés d’entraide et, pour certains, la perspective de départs vers l’Europe.
Dans le détail, le rapport souligne que Rabat-Salé-Kénitra compte 13 services et Casablanca-Settat 17, mais ces dispositifs restent très concentrés dans les deux métropoles elles-mêmes, ce qui crée à la fois des opportunités d’accès et des limites fortes pour les personnes installées en périphérie ou en dehors des grands centres.
L’Oriental demeure, lui aussi, l’un des principaux hubs de la migration mixte au Maroc. Le rapport y relève de nouvelles arrivées de ressortissants soudanais, maliens, tchadiens, guinéens, camerounais, érythréens, éthiopiens, somaliens et nigérians.
Il indique que des migrants soudanais et tchadiens entrent fréquemment par le sud de la région, notamment vers Figuig, Bouarfa et Aïn Chair, avant de poursuivre vers Errachidia, Casablanca ou Rabat. Cette circulation en chaîne rappelle que les routes migratoires ne s’arrêtent pas à la frontière mais qu’elles se recomposent à l’intérieur du pays, en fonction des contrôles, des possibilités de travail et de la présence, ou non, de services d’accueil.
Le sud du Maroc apparaît également dans le rapport comme un espace de passage et de stabilisation temporaire, en particulier à Agadir et Tan-Tan. Le HCR avertit que de nombreuses personnes y sont exposées à l’exploitation, à la violence physique et à la traite pendant leur parcours.
Plus au centre du pays, Béni Mellal-Khénifra joue de plus en plus un rôle de zone de transit et d’installation provisoire pour des migrants et réfugiés déplacés depuis les villes côtières ou frontalières, malgré des perspectives économiques limitées.
La région Souss-Massa est, elle aussi, devenue un lieu de passage et de séjour temporaire pour des personnes à la recherche d’un emploi, surtout dans l’agriculture, puis dans la pêche, le tourisme et le secteur informel.
Dans le nord, Tanger-Tétouan-Al Hoceima reste l’un des principaux points d’attraction pour les migrants et demandeurs d’asile en raison de sa proximité avec l’Europe et avec Sebta et Melilla. Mais le rapport souligne aussi les limites de l’accompagnement disponible dans cette zone ; l’aide juridique y est quasi absente et les capacités d’hébergement restent réduites.
L’offre s’y concentre surtout sur la lutte contre les violences basées sur le genre, la protection de l’enfance, les soins de santé, l’appui psychosocial et l’assistance aux victimes de traite.
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Un réseau d’accueil encore fragile face à l’ampleur des besoins
Au-delà de cette cartographie, le contexte national reste celui d’un pays devenu, depuis plusieurs années, à la fois territoire de transit et de résidence pour une population migrante significative.
Le HCR indiquait ainsi qu’à la fin de 2024, 18.900 personnes de 64 nationalités différentes étaient enregistrées au Maroc, tandis que les données du HCR actualisées en avril 2026 continuent de documenter la présence de réfugiés et de demandeurs d’asile dans le pays
Par ailleurs, les flux de départ vers l’Europe demeurent soutenus. Reuters rapportait en avril 2026 que le Maroc avait empêché 73.640 tentatives de migration irrégulière en 2025, tout en démantelant plus de 300 réseaux de passeurs et en secourant 13.595 personnes en mer.
Le Maroc dispose donc désormais d’un maillage de services non négligeable, mais l’enjeu n’est plus seulement quantitatif. Il est territorial, social et institutionnel. La concentration des ressources dans quelques villes, la fermeture de 23 services et les lacunes persistantes en matière d’asile, d’aide juridique et de protection contre la traite montrent qu’une carte de services ne suffit pas à garantir une prise en charge cohérente.
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