« Africa Forward » : le Maroc en première ligne des alliances économiques continentales
Aziz Akhannouch en compagnie du ministre kényan du Service public, du Développement du capital humain et des Programmes spéciaux du Kenya, Geoffrey Ruku, à son arrivée à Nairobi pour le sommet « Africa Forward » © MAP
A
A
A
A
Nairobi a accueilli, les 11 et 12 mai 2026, le sommet « Africa Forward : Africa-France Partnerships for Innovation and Growth », coprésidé par le président kényan William Ruto et le président français Emmanuel Macron.
Présent sur place, le chef du gouvernement Aziz Akhannouch y représente le roi Mohammed VI, dans une séquence diplomatique où le Maroc a choisi d’afficher, au plus haut niveau, sa lecture des équilibres économiques du continent. Celle-ci inclut davantage de partenariats concrets, plus d’investissements croisés et une coopération orientée vers des résultats visibles pour les populations.
Le format du sommet « Africa Forward », présenté comme le premier de ce type organisé et coprésidé avec un pays anglophone, doit aussi nourrir les réflexions qui alimenteront le prochain G7 d’Évian, selon l’Élysée.
Une présence marocaine à forte portée diplomatique à « Africa Forward »
La délégation marocaine venue à Nairobi n’avait rien d’une présence symbolique. Elle réunit, aux côtés d’Akhannouch, la ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, Leila Benali, le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Amine Tehraoui, le ministre délégué chargé de l’Investissement, Karim Zidane, ainsi que l’ambassadeur-directeur général de l’AMCI, Mohamed Methqal, et l’ambassadeur du Royaume au Kenya, Abderrazzak Laassel. Le secteur privé a également été fortement représenté par la CGEM, conduite par Chakib Alj.
Cette composition traduit une approche globale, où la diplomatie politique, l’investissement, l’énergie, la santé et le privé sont mobilisés pour faire du Maroc un acteur de connexion entre les écosystèmes africains et leurs partenaires internationaux.
Le forum d’affaires « Africa Forward : Inspire & Connect », organisé en amont du sommet, a rassemblé plus de 1.500 décideurs économiques, investisseurs et responsables publics venus d’Afrique, de France et d’autres pays.
Les ateliers, rencontres B2B et panels ont porté sur des secteurs considérés comme stratégiques pour la transformation du continent, de l’énergie à l’agro-industrie, en passant par le numérique, la santé et les villes durables. Au-delà du protocole, l’enjeu était clair : transformer les discours d’intention en projets, et les complémentarités en opportunités d’affaires.
L’Élysée a d’ailleurs présenté le sommet « Africa Forward » comme une séquence consacrée à des « partenariats robustes et équilibrés », fondés sur des complémentarités réelles et orientés vers l’investissement mutuel, la santé, la souveraineté alimentaire, la compétitivité numérique, l’accès à l’énergie et la connectivité.
Cette insistance sur l’investissement n’a rien d’anodin. Le continent africain dispose d’un marché de très grande ampleur, mais il reste confronté au défi majeur de convertir son potentiel démographique et productif en croissance durable et intégrée.
Lire aussi : Macron à Nairobi : Le système éducatif marocain, « un modèle extraordinaire pour l’Afrique »
L’Afrique face au défi du financement et de l’intégration économique
L’Union africaine rappelle que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) vise à créer un marché unique continental d’environ 1,3 milliard de personnes, pour un PIB combiné estimé à 3.400 milliards de dollars, afin de lever les barrières commerciales, stimuler les chaînes de valeur régionales et soutenir l’investissement ainsi que l’emploi.
Dans ce cadre, les discussions de Nairobi s’inscrivent dans cette dynamique plus large d’une Afrique qui cherche moins des financements dispersés que des alliances productives capables d’accélérer l’intégration économique.
Le défi est d’autant plus pressant que les besoins de financement restent considérables. Selon la Banque mondiale, l’Afrique subsaharienne devrait investir environ 7,1% de son PIB par an dans les infrastructures jusqu’en 2030 pour combler son retard, alors que l’investissement effectif tourne autour de 3,5% du PIB.
Le même rapport souligne que, ces dernières années, les gouvernements de la région ont porté l’essentiel du financement, tandis que la part du privé est demeurée limitée, dans un contexte de dettes publiques élevées et d’espace budgétaire réduit.
Autrement dit, la question n’est plus seulement de mobiliser des fonds, mais de créer des cadres réglementaires, financiers et institutionnels capables d’attirer durablement les capitaux privés. C’est précisément sur ce terrain que les partenariats internationaux sont scrutés, évalués et parfois jugés, et que le Maroc peut jouer un rôle considérable.
Le contexte international n’est pas neutre non plus. ONU commerce et développement (CNUCED) indique que l’investissement étranger en Afrique a atteint un niveau record en 2024, alors même que les flux mondiaux de capitaux sont demeurés soumis à de fortes tensions.
Cette divergence souligne une réalité importante : l’Afrique continue d’attirer des capitaux, mais la compétition pour ces investissements s’intensifie, en particulier dans les secteurs liés à la transition numérique, à l’énergie et aux infrastructures.
Dans un tel environnement, les forums comme « Africa Forward » servent autant à mettre en relation qu’à hiérarchiser les priorités, en identifiant les projets réellement bancables et les alliances économiques susceptibles de dépasser le simple affichage diplomatique.
Lire aussi : Le Maroc au cœur de la diplomatie économique africaine à Nairobi
Le Maroc, un partenaire Sud-Sud au cœur des recompositions africaines
C’est dans ce paysage que la présence marocaine prend tout son sens. Depuis plusieurs années, le Maroc inscrit sa politique africaine dans une logique de coopération Sud-Sud, conçue comme un instrument d’intégration, de transfert de savoir-faire et de co-développement.
Dans un message adressé au forum de Crans Montana en avril 2025, le roi Mohammed VI rappelait que le Maroc avait fait de cette coopération un axe central de sa politique africaine, avec plus de 1.000 accords signés en 15 ans avec 28 pays africains, dans des domaines allant de l’éducation à la santé, en passant par les infrastructures, la formation et l’agriculture.
Le Roi évoquait aussi une population étudiante africaine de plus de 25.000 personnes dans les universités marocaines, signe d’un ancrage qui dépasse le seul champ économique.
La présence d’Akhannouch à Nairobi est donc la prolongation d’une ligne diplomatique constante dont l’objectif est de faire du Maroc un partenaire d’exécution, de financement et de mise en réseau, et non un simple observateur des recompositions africaines.
Le Maroc cherche ainsi à capitaliser sur son expérience en matière de partenariats public-privé, de structuration des investissements et d’ouverture vers l’Afrique, comme l’a rappelé la ministre Nadia Fettah Alaoui dans le cadre d’une rencontre sur le financement du plan de développement centrafricain.
Dans cette dynamique, la ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, Leila Benali, a souligné que le partenariat entre l’Afrique et l’Europe ne se limite pas aux seuls échanges économiques. Selon elle, il doit aussi englober le rapprochement entre les peuples et le développement durable, dans une logique fondée sur l’estime mutuelle et sur des réponses communes aux défis internationaux.
La ministre a également mis en avant le 4e Sommet des chefs d’État et de gouvernement de la Commission climat du bassin du Congo, organisé en marge de « Africa Forward », comme une occasion de rappeler les initiatives climatiques portées par le Maroc depuis plus de vingt ans sous l’impulsion du roi Mohammed VI.
Benali a notamment évoqué les engagements pris par le Maroc à l’occasion de la COP22 à Marrakech, parmi lesquels des actions en faveur de la santé, de l’énergie et du développement durable.
Cette logique de co-développement, régulièrement mise en avant par le Maroc, s’appuie sur une idée simple : l’avenir du continent ne se construira ni dans l’isolement, ni dans la dépendance, mais dans la création de chaînes de valeur partagées.
À Nairobi, le Maroc s’est ainsi positionné au cœur d’un débat qui dépasse la seule relation franco-africaine. Le sommet « Africa Forward » a mis en avant des enjeux qui touchent directement les économies du continent sur des sujets comme la compétitivité, la formation, la souveraineté, le financement du développement, le climat, la sécurité alimentaire et la transition énergétique.
Pour le Maroc, l’occasion est donc stratégique et permet de rappeler que l’Afrique n’est pas seulement un espace de besoins, mais aussi un espace de projets, de talents et d’investissement.
Économie - Les exportations espagnoles de viande reculent de 13% au premier trimestre 2026. Le porc et le bovin chutent fortement, tandis que la volaille progresse légèrement.
Ilyasse Rhamir - 12 mai 2026Economie - Réunis au PCNS, des experts ont estimé que la traçabilité des minerais critiques peut devenir un levier d’industrialisation pour l’Afrique.
Mouna Aghlal - 12 mai 2026Economie - Face aux rivalités mondiales autour des minerais critiques, des experts réunis ont alerté sur la dépendance de l’Afrique à l’exportation de ressources brutes.
Mouna Aghlal - 12 mai 2026Économie - Passée d’un modèle forestier à une logique agricole structurée, la filière argan connaît un tournant décisif. Innovation scientifique, productivité et préservation des équilibres, l’arganiculture redéfinit l’avenir d’un écosystème emblématique.
Ilyasse Rhamir - 12 mai 2026Économie - Casablanca accueille une mission italienne dédiée aux technologies du verre, réunissant industriels et opérateurs marocains.
Ilyasse Rhamir - 12 mai 2026Économie : Le Chef du gouvernement Aziz Akhannouch a représenté le Roi Mohammed VI, lundi 11 mai 2026 à Nairobi, lors de la cérémonie de clôture du forum d'affaires « Africa Forward : Inspire & Connect », co-présidée par le président kényan William Ruto et le président français Emmanuel Macron.
Wissal Bendardka - 11 mai 2026Entre importations massives et produits locaux mal protégés, le Made in Morocco se retrouve au cœur d’un étrange paradoxe.
Sabrina El Faiz - 14 mars 2026Consommation - Si les fruits et légumes nous mettent déjà la tête à l’envers, les viandes et poissons ne sont pas en reste !
Sabrina El Faiz - 7 mars 2026Économie - Un arrêté du 19 mai 2025 redéfinit les règles d’exonération des indemnités liées au transport, à la représentation ou aux aides sociales. La CNSS est désormais dotée d’un cadre harmonisé avec la fiscalité, garantissant plus de clarté pour les employeurs.
Ilyasse Rhamir - 20 octobre 2025Économie – Si on réussit, l’impact est double : compétitivité économique et contribution aux objectifs de transition énergétique du Royaume.
Rédaction LeBrief - 13 mars 2026Consommation-Production locale, importations, prix, qualité, enquête sur le marché ramadanesque des dattes au Maroc.
Sabrina El Faiz - 21 février 2026Économie - Fortement dépendant des importations et du charbon pour produire son électricité, le Maroc pourrait voir sa facture énergétique augmenter si la crise perdure au Moyen-Orient.
El Mehdi El Azhary - 11 mars 2026