Matières premières critiques : l’Afrique face au défi de la transformation locale

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Matières premières critiques l’Afrique face au défi de la transformation localeAffiche de la conférence du PCNS sur le thème : Matières premières critiques en Afrique, le 12 mai 2026, Rabat © LeBrief

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À l’heure où les grandes puissances mondiales intensifient leur compétition autour des ressources stratégiques, la question des matières premières critiques s’impose comme un enjeu majeur pour l’Afrique. Réunis lors d’une journée d’étude organisée conjointement par le Policy Center for the New South et le Geology and Sustainable Mining Institute, sous le thème « Matières premières critiques en Afrique : enjeux transversaux et perspectives émergentes », experts et universitaires ont débattu des défis liés à la valorisation des ressources minières africaines, à leur transformation locale et à leur gouvernance.

Dans son intervention d’ouverture, Fathallah Oualalou a rappelé que les minerais critiques sont devenus indispensables à la transition énergétique, à l’économie numérique et aux nouvelles technologies. Lithium, cobalt, manganèse ou encore terres rares constituent aujourd’hui des composants essentiels des batteries électriques, des éoliennes, des smartphones et des moteurs électriques.

Selon lui, la concentration géographique de ces ressources et de leur transformation représente un risque stratégique majeur pour l’économie mondiale. Il a notamment souligné la domination de la Chine dans certaines chaînes de valeur minières, évoquant des niveaux très élevés de contrôle dans le raffinage et la transformation de plusieurs minerais stratégiques.

Une Afrique au cœur des rivalités géopolitiques

Pour Fathallah Oualalou, l’Afrique suscite un intérêt croissant de la part des États-Unis, de la Chine, mais aussi du Japon, de la Turquie ou encore de la Corée du Sud. Cette attention s’explique à la fois par les richesses minières du continent et par son poids démographique croissant. Il a rappelé que la population africaine pourrait représenter près de 40 % de la population mondiale à la fin du siècle.

L’ancien ministre a retracé l’histoire de l’intégration du continent africain dans l’économie mondiale, estimant qu’elle s’est longtemps construite autour de l’exportation de matières premières brutes. D’abord à travers le commerce triangulaire durant l’esclavage, puis durant la colonisation avec l’exploitation des ressources agricoles et minières, et enfin à travers les hydrocarbures après les indépendances.

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Selon lui, cette dépendance aux exportations de matières premières non transformées a contribué à maintenir plusieurs économies africaines dans une situation de vulnérabilité économique et de faible industrialisation.

La Chine, acteur central du marché des ressources

Fathallah Oualalou a également insisté sur le tournant amorcé au début des années 2000 avec l’essor économique de la Chine. Devenue première puissance industrielle mondiale et principal importateur de matières premières, Pékin a renforcé sa présence économique en Afrique, notamment à travers des investissements et des partenariats stratégiques.

Toutefois, malgré l’accélération de la croissance dans plusieurs pays producteurs de minerais, il estime que peu de changements structurels ont été observés. « L’Afrique continue à exporter des matières premières sans parvenir à développer suffisamment les capacités locales de transformation », a-t-il souligné.

De son côté, Mostafa Benzaazoua a mis l’accent sur l’importance de cette rencontre académique consacrée aux matières premières critiques en Afrique. Il a indiqué que les débats portent à la fois sur les dimensions technologiques, économiques et de gouvernance liées au secteur minier.

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Le responsable a rappelé que l’Université Mohammed VI polytechnique, adossée à OCP Group, ambitionne de devenir un centre de recherche et d’innovation sur les enjeux stratégiques pour le continent.

Il a également présenté une initiative de diversification minière africaine portée par le Geology and Sustainable Mining Institute. Ce programme réunit notamment des doctorants issus de plusieurs pays africains, dont la République démocratique du Congo, la Guinée et le Niger, autour de problématiques liées à l’exploration minière, à la gouvernance des ressources et à la création de valeur locale.

Les organisateurs ont enfin souligné que les discussions porteront particulièrement sur la traçabilité des matières premières critiques, les capacités africaines de raffinage et de transformation, ainsi que les enjeux environnementaux et réglementaires liés à l’exploitation minière.

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