Bourse de Casablanca : le marché à terme, kesako ?

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Bourse de Casablanca : le marché à terme, kesako ?Amine El Kattani, Senior manager, Listing & Financial operations, à la Bourse de Casablanca, le 02 avril 2026 © LeBrief

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Des moissons d’autrefois aux clics d’aujourd’hui, le marché financier marocain se lance corps et âme dans le marché à terme. Si ces termes peuvent paraître grandiloquents pour le grand public, ils ne le sont pourtant pas. Ils reposent sur des mécanismes que nous utilisons tous sans le savoir. Amine El Kattani, Senior manager, Listing & Financial operations, décrypte les rouages de cette innovation de la place casablancaise.

Le monde de la finance est souvent perçu comme… une forteresse imprenable, protégée par un rempart de jargon technique. Avouons-le, c’est souvent le cas. Pourtant, derrière les mots « produits dérivés » ou « contrats à terme » se cachent des concepts ancestraux, nés du bon sens paysan et de la nécessité de prévoir l’avenir.

Avec la mise en œuvre de la loi 42-12, la Bourse de Casablanca propose aux investisseurs marocains un moyen de transformer l’incertitude en opportunité.

Une invention vieille comme le monde : des champs de blé à Wall Street

Pour comprendre le marché à terme, il faut oublier un instant les écrans de cotation et remonter le temps. Comme le souligne Amine El Kattani, le concept de « terme » n’est pas une invention de mathématiciens modernes, mais une pratique qui remonte à plusieurs siècles. Imaginez un agriculteur au XIXe siècle. Pour sécuriser ses revenus, il s’accordait avec un commerçant pour vendre sa récolte de blé bien avant qu’elle ne soit fauchée.

L’agriculteur s’assurait alors un prix de vente fixe, peu importe si la moisson était trop abondante (faisant chuter les cours), et le commerçant s’assurait un approvisionnement stable pour son commerce. C’est sur cette base de consentement mutuel pour une livraison future à un prix fixé aujourd’hui qu’est née la première bourse de commerce à Chicago (CBOT).

Bourse de Casablanca : lancement du marché à terme le 6 avril 2026

Aujourd’hui, on adapte ça, et au lieu du blé, on vend des indices boursiers comme le MASI 20.

Si l’exemple agricole vous semble lointain, Amine El Kattani propose une image beaucoup plus contemporaine, à savoir la réservation d’un billet d’avion. Lorsque vous réservez un vol pour Strasbourg ou Lisbonne plusieurs mois à l’avance, vous ne payez souvent qu’une partie du prix total, une sorte de dépôt de garantie.

En faisant cela, vous bloquez le tarif de votre voyage. Si le prix du kérosène s’envole et que les billets doublent de prix la veille de votre départ, vous êtes protégé car votre contrat a été scellé au prix initial. Dans le marché boursier, c’est exactement ce qu’on appelle un « future » : un engagement ferme et catégorique d’acheter ou de vendre un actif à une date précise, au prix convenu le jour de la signature, que l’on parte en voyage ou non.

Futures, Options, Swaps : le lexique simplifié des produits dérivés

A présent, distinguons les trois grandes familles d’instruments financiers présentées lors du workshop de vulgarisation, à la Bourse de Casablanca, le 2 avril 2026 :

  • Le future (ou contrat à terme ferme), c’est le produit lancé en premier au Maroc sur l’indice MASI 20. Comme pour le billet d’avion sans option d’annulation, c’est une obligation ferme. Si vous achetez un contrat Future, vous devez honorer votre engagement à l’échéance, que le marché ait monté ou baissé. C’est un outil puissant pour se couvrir ou parier sur la tendance du marché.
  • L’option (le droit, pas l’obligation). Imaginez que la compagnie aérienne vous permette, moyennant un dépôt un peu plus élevé, de vous désister à la dernière minute si vous changez d’avis. C’est l’essence de l’option. Vous achetez le droit d’acheter ou de vendre, mais si le prix du marché ne vous est pas favorable à l’arrivée, vous pouvez simplement laisser tomber l’opération (en perdant uniquement votre mise initiale).
  • Le swap (l’échange de flux) : ici, on est dans la logique du troc de contrats. El Kattani prend l’exemple de deux voyageurs, l’un a un billet pour le Portugal mais veut aller à Paris, l’autre a l’inverse. S’ils échangent leurs engagements, ils font un swap. En finance, cela s’applique souvent aux crédits, à savoir échanger un taux d’intérêt fixe contre un taux variable pour mieux gérer ses dettes.

Mais qu’est-ce que le MASI 20 ?

A partir du 6 avril 2026, la place de Casablanca proposera son premier contrat à terme sur l’indice MASI 20. Pourquoi cet indice ? Parce qu’il regroupe les 20 valeurs les plus liquides de la bourse marocaine, garantissant que vous trouverez toujours une contrepartie pour vos ordres.

Concrètement, un contrat représente 10 dirhams par point d’indice. Si le MASI 20 est à 1.000 points, la valeur de votre contrat est de 10.000 dirhams. Mais attention, la grande force (et le risque) de ce marché est l’effet de levier, vous n’avez pas besoin de débourser ces 10.000 dirhams immédiatement. Un dépôt de garantie d’environ 1.500 dirhams suffit pour prendre position. C’est comme si vous contrôliez une maison entière en n’ayant payé que les frais de dossier.

Le marché à terme n’est pas qu’un terrain de jeu pour les spéculateurs, c’est avant tout un bouclier. Un épargnant qui possède des actions et qui craint une baisse du marché peut vendre des contrats à terme. Si la bourse chute, la perte sur ses actions sera compensée par le gain sur son contrat à terme. C’est ce qu’on appelle la couverture : figer la valeur de son portefeuille pour dormir sur ses deux oreilles.

C’est aussi un outil de diversification immédiate. Au lieu d’acheter une par une les 20 plus grandes actions du Maroc, un seul contrat Future vous offre une exposition à tout ce panier de valeurs.
Pour éviter les dérives, le système a mis en place des garde-fous rigoureux. La Société gestionnaire du marché à terme (SGMAT) gère la plateforme de cotation, tandis que la Chambre de compensation (CCP) joue le rôle d’arbitre et de garant.

La CCP s’interpose entre chaque acheteur et chaque vendeur pour garantir que personne ne fera défaut. Elle calcule chaque soir les gains et les pertes de la journée via les appels de marge. Si vous avez perdu de l’argent sur votre position, il est prélevé quotidiennement sur votre compte, si vous en avez gagné, il vous est versé. Ce suivi quotidien évite l’accumulation de dettes impayables à l’échéance du contrat.

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