La guerre contre l’Iran se poursuit et, à mesure que les jours passent, ses objectifs semblent de plus en plus… impréparés. Entre les déclarations contradictoires de Donald Trump, de Marco Rubio et du secrétaire à la Défense Pete Hegseth, la ligne officielle paraît mouvante. En début de semaine, dans une tentative manifeste de calmer les marchés, Donald Trump annonçait que la guerre était sur le point de se terminer. Quelques heures plus tard, une fois les places financières fermées, le ton changeait. Les États-Unis n’avaient pas encore « suffisamment gagné » et restaient plus déterminés que jamais. En quelques jours, le baril de pétrole a bondi de près de 50%, chuté de 30% après cette première déclaration, puis rebondi aussitôt lorsque le Pentagone a nuancé ces propos. L’incertitude domine et la parole officielle devient de moins en moins audible et de confiance.
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Le reste du monde se retrouve ainsi otage d’un conflit dont il ne maîtrise ni les objectifs ni la durée. Les marchés énergétiques, le transport maritime et les chaînes d’approvisionnement mondiales oscillent désormais au rythme de déclarations contradictoires. Ce flou nourrit la spéculation, aussi bien sur les marchés traditionnels que sur des plateformes de paris prédictifs comme Polymarket, où certains en viennent à miser sur l’issue d’une guerre, l’entrée en scène d’un pays ou même la probabilité d’un événement nucléaire. Dans cet univers, les délits d’initié prospèrent, attirant une nouvelle génération habituée aux gains fulgurants. L’argent prime désormais sur tout le reste. Les standards autrefois invoqués n’ont plus guère d’écho tant ils ont été bafoués au fil des crises.
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Le double standard comme nouvelle norme
Et dans ce contexte instable, Marco Rubio accuse l’Iran de « prendre le monde en otage ». L’argument mérite pourtant d’être observé avec un peu de recul. Quelles sont réellement les chances de survie du régime iranien face à une coalition militaire aussi puissante ? Sa seule stratégie possible consiste précisément à rendre le coût de la guerre suffisamment élevé pour que la pression internationale et nationale s’exerce sur Trump. En accusant Téhéran d’être responsable de la situation, Rubio renverse la perspective. La crise serait imputée au comportement iranien plutôt qu’aux objectifs incertains de l’intervention. Au fond, chacun justifie ses actes à partir de son propre référentiel moral. Et c’est précisément là que la question du double standard apparaît.
L’histoire récente montre un usage très sélectif du droit et de la morale selon l’auteur de l’action. L’invasion de l’Irak (2003) fut présentée comme préventive, l’OTAN au Kosovo (1999) comme humanitaire, la Libye (2011) pour protéger les civils. Israël bénéficie régulièrement du veto américain au CS de l’ONU malgré des violations flagrantes du droit international dans ses colonies ou par ses interventions militaires. À l’inverse, l’invasion russe de l’Ukraine (2022) est unanimement condamnée, malgré sa rhétorique calibrée sur les standards occidentaux : protection des populations russophones, correction d’un prétendu héritage territorial et justification stratégique préventive. On a le tiercé !
Toutes ces interventions ont le point commun de s’être soldées par un bilan humain catastrophique et peu de bénéfices concrets pour les populations que ces gouvernements prétendent servir. Quand le droit international devient un outil d’interprétation et de privilèges, il ne garantit plus la sécurité universelle. Ce constat explique en partie pourquoi de nombreux pays du Sud global, d’Afrique à l’Inde, du Brésil à l’Indonésie ou à l’Arabie saoudite, refusent désormais de s’aligner automatiquement sur les positions occidentales, souvent dictées par les États-Unis et suivies par intérêt par la plupart des Européens. Il ne s’agit pas de cautionner toutes les actions de puissances rivales, mais de contester l’idée qu’une seule vision morale puisse prétendre guider le monde.
Une page occidentale se tourne
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Occident a largement diffusé ses valeurs en s’appuyant sur un puissant « soft power ». Cinéma hollywoodien, médias internationaux, universités, marques puissantes. Tout un écosystème culturel a contribué à présenter la démocratie libérale et l’économie de marché comme un horizon universel. Pendant des décennies, ce récit a fonctionné parce qu’il accompagnait une période d’amélioration générale du niveau de vie et de réduction de la pauvreté, malgré des inégalités persistantes.
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Mais aujourd’hui, cet équilibre vacille. Dans de nombreux pays, l’ascenseur social semble bloqué. Le soft power américain, trop coûteux et déconnecté des logiques internes à la sphère MAGA, a été largement abandonné. Les valeurs s’imposent désormais par la force. L’Occident, longtemps perçu comme arbitre moral, semble se dispenser d’avoir à justifier ses actes. Un système établi sur le double standard peut-il encore durer ?
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