Chine : suppression des droits de douane pour 53 pays africains à partir du 1er mai 2026

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Vers où va la Chine sous Xi Jinping ?Le président chinois Xi Jinping. © Reuters
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La Chine supprimera, à compter du 1ᵉʳ mai 2026, les droits de douane applicables aux importations en provenance des 53 pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques, a annoncé le président Xi Jinping dans un message adressé aux chefs d’État réunis à Addis-Abeba à l’occasion du 39ᵉ sommet de l’Union africaine (UA). Le geste vise, selon Pékin, à « créer de nouvelles opportunités pour le développement de l’Afrique » et à approfondir les « bénéfices mutuels » de la coopération bilatérale.

Les autorités chinoises espèrent que ce traitement à tarif zéro permettra d’atténuer les déséquilibres commerciaux qui caractérisent les échanges sino-africains. Les données officielles chinoises indiquent que les échanges bilatéraux ont atteint 348,05 milliards de dollars en 2025, en hausse de 17,7% par rapport à 2024, portée par une forte progression des exportations chinoises vers le continent. Les exportations de la Chine vers l’Afrique se sont élevées à 225,03 milliards de dollars en 2025, contre 123,02 milliards d’importations chinoises en provenance du continent, creusant un déficit africain record estimé à 102,01 milliards de dollars pour l’année.

Le déséquilibre tient à la nature des flux. Les ventes chinoises vers l’Afrique sont majoritairement composées de produits manufacturés (textiles, machines, électronique), tandis que les exportations africaines vers la Chine restent centrées sur des matières premières à faible valeur ajoutée (pétrole, minerais, produits agricoles). En outre, une part importante des importations africaines vers la Chine est concentrée sur quelques pays, notamment l’Angola, la République démocratique du Congo et l’Afrique du Sud, ce qui limite l’effet d’un allégement tarifaire généralisé.

La mesure étend une politique déjà partielle ; depuis le 1ᵉʳ décembre 2024, Pékin applique un régime de zéro-tarif à un groupe de 33 pays classés parmi les pays les moins avancés. L’élargissement annoncé en 2025 et confirmé en février 2026 vise à rendre ce traitement applicable à l’ensemble des 53 partenaires africains de la Chine, à l’exception notable de l’Eswatini, le seul État africain maintenant des relations officielles avec Taïwan.

Lire aussi : Chine : les naissances chutent de 17% en 2025

Des effets limités sans réformes structurelles

Plusieurs institutions et experts jugent que la suppression des droits de douane aura un effet limité pour rééquilibrer la balance commerciale tant que la structure des exportations africaines restera inchangée. Ils insistent sur la nécessité d’actions complémentaires pour transformer en profondeur le profil des exportations et capter la valeur ajoutée.

D’abord, il est essentiel de développer des chaînes de valeur régionales et de renforcer la transformation locale. Cela passe par le soutien à l’agro-transformation, le développement d’une industrie légère compétitive et la mise en place d’unités de traitement des minerais. Ainsi, les matières premières quittant le continent seront mieux valorisées et créeront davantage d’emplois et de recettes.

Ensuite, les experts soulignent l’importance d’investir massivement dans les infrastructures logistiques et les corridors de transport. Les zones industrielles proches des ports, les liaisons ferroviaires intégrées, les ports secs et les réseaux d’entrepôts frigorifiques sont autant d’éléments nécessaires pour réduire les coûts, gagner en fiabilité et rendre les exportations africaines plus compétitives.

Enfin, pour tirer parti des préférences des consommateurs chinois et des opportunités offertes par le démantèlement tarifaire, il faudra à la fois aligner l’offre exportable sur ces marchés et améliorer l’accès au financement du commerce. Assurance-crédit, facilités bancaires adaptées et prêts libellés en yuan figurent parmi les instruments recommandés pour faciliter les échanges et permettre aux entreprises africaines de monter en gamme.

Au plan géopolitique, l’initiative renforce l’attractivité de la Chine comme partenaire alternatif aux occidentaux dans un contexte de tensions commerciales mondiales. Elle est également présentée à Pékin comme une réponse au protectionnisme affiché par certains pays tiers ces dernières années. Toutefois, l’absence de transformation industrielle locale pourrait conduire à une hausse des exportations de produits primaires vers la Chine sans création substantielle d’emplois ou de valeur ajoutée sur le continent, limitant l’effet de levier économique pour les pays africains.

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