Sahara : comment les pourparlers de Madrid rebattent les cartes du dossier
Le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l'étranger, Nasser Bourita © DR
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Organisée à l’initiative américaine et placée sous forte discrétion, cette rencontre tenue le 8 février à l’ambassade américaine à Madrid marque, à défaut d’un accord final, un changement de méthode susceptible de débloquer un dossier longtemps figé.
La rencontre en soi et le choix du lieu ne sont pas anecdotiques. La manœuvre américaine vise à sortir le dossier du cadre strictement onusien et à le traiter par étapes techniques, sous la houlette de conseillers proches de la Maison-Blanche. Massad Boulos, conseiller principal pour l’Afrique et le monde arabe auprès du président américain, et l’ambassadeur des États-Unis à l’ONU figuraient parmi les responsables américains présents ou coordonnant le format. Le recours à un cadre bilatéral-disséminé illustre la volonté américaine d’imposer un tempo et un agenda clairs.
Le document technique : l’autonomie marocaine au centre
Au cœur des discussions se trouvait la version enrichie du plan d’autonomie marocain, passée d’une proposition succincte (quelques pages en 2007) à un document d’environ quarante pages détaillant les architectures institutionnelles, fiscales, judiciaires et sécuritaires envisagées pour les provinces du Sud.
Les autorités marocaines, représentées notamment par le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita, ont présenté cette mouture comme un document technique susceptible d’ouvrir une phase de négociations pratiques allant de la taxation à la justice locale et la sécurité, plutôt qu’un débat idéologique sur la souveraineté.
La dynamique de Madrid s’inscrit néanmoins dans le sillage d’un vote du Conseil de sécurité en octobre 2025 (résolution 2797) qui a, selon son texte, proposé l’autonomie sous souveraineté marocaine comme base « sérieuse et crédible » pour la négociation.
C’est précisément cet élément, à savoir l’adoption d’un cadre onusien favorable à l’approche marocaine, qui a permis aux États-Unis d’arguer du fait que la voie technique proposée par Rabat s’appuyait sur un mandat international. La résolution et sa formulation restent cependant contestées par Alger, qui dénoncent une dilution du principe de l’autodétermination tel que conçu historiquement.
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Quelles avancées concrètes ? La « feuille de route Madrid 2026 »
Point phare de cette rencontre : la potentielle création d’un « comité technique permanent » composé d’experts juridiques et administratifs des parties (Maroc, Algérie, Mauritanie) placé sous la supervision conjointe des États-Unis et de l’ONU, et chargé d’examiner les modalités opérationnelles de l’autonomie (fiscalité, magistrature, sécurité locale).
Parallèlement, une « feuille de route Madrid 2026 » aurait été adoptée comme protocole procédural, fixant une prochaine étape de négociation à Washington en mai 2026, avec pour objectif la signature d’un cadre politique.
La présence d’Alger à la table, en tant que participant et non plus simple observateur, est sans doute l’un des signes les plus significatifs de cette séquence. Officiellement, Alger se défend de ne pas être « partie au conflit », mais sa capacité d’influence sur la pseudo RASD et son rôle de sponsor logistique et politique font d’elle un acteur indispensable.
À Madrid, selon plusieurs sources, la délégation algérienne a accepté en principe d’entrer dans le mécanisme technique, tout en cherchant à préserver une posture honorable devant l’opinion publique intérieure et régionale. De leur côté, certaines franges de la pseudo RASD ont exprimé des réserves, estimant que l’enjeu principal, le droit à l’autodétermination par référendum, n’est pas garanti par des négociations adossées à l’autonomie proposée par le Maroc.
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Les équilibres régionaux et internationaux en filigrane
Le dossier du Sahara ne se résume pas à une dispute bilatérale Rabat-Alger, il recoupe des intérêts régionaux (Mauritanie, pays du Maghreb) et des recompositions internationales. Les précédents rapprochements diplomatiques, dont la reconnaissance américaine et française d’une large marge de souveraineté marocaine, pèsent dans la balance.
Par ailleurs, la capacité ou la volonté de puissances comme la Russie, l’Iran ou le Venezuela de soutenir publiquement Alger a connu des oscillations, ce qui fragilise le front de soutien extérieur au Polisario. Toutefois, les relations militaires et commerciales renforcées entre le Maroc et Washington (y compris des achats d’armement importants) fournissent au Maroc des leviers d’influence supplémentaires.
Les discussions techniques et la mise en avant d’un document d’autonomie s’accompagnent également de spéculations sur le rôle futur de la MINURSO. La mission, déjà fragilisée par des contraintes budgétaires et des coupes, pourrait voir son mandat redéfini si le processus technique progresse de manière satisfaisante aux yeux des parties prenantes et du Conseil de sécurité.
Cependant, l’acceptation « en principe » d’un cadre technique par Alger ne garantit pas que les opinions publiques nationales, ni les acteurs de la pseudo RASD, suivront sans heurt. Le refus algérien, selon des comptes rendus, de figurer aux côtés du Maroc sur une photo officielle lors de la réunion témoigne par ailleurs des limites d’un rapprochement encore fragile.
La réunion de Madrid, organisée par les États-Unis, n’a pas produit d’accord définitif, mais elle a modifié le cadre du débat. L’autonomie détaillée proposée par le Maroc est désormais traitée comme un document de négociation technique, et l’initiative américaine a habilement exploité la résolution 2797 du Conseil de sécurité pour créer un momentum politique dont le Maroc ne peut que profiter.
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