Ozempic, perte de poids et dérives thérapeutiques : alerte sur un usage détourné

Mouna Aghlal

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Ozempic, perte de poids et dérives thérapeutiques : alerte sur un usage détournéOzempic Photo illustration © DR

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L’Ozempic, médicament initialement indiqué dans le traitement du diabète de type 2, est aujourd’hui au cœur d’une controverse sanitaire mondiale. Son utilisation croissante à des fins de perte de poids, souvent en dehors de toute indication médicale validée, soulève de sérieuses questions éthiques, réglementaires et de santé publique. Pour Dr Tayeb Hamdi, médecin et chercheur en systèmes de santé, « il s’agit clairement d’un usage détourné d’un médicament antidiabétique, avec des risques réels pour les patients ».

Ozempic est une molécule appartenant à la classe des analogues du GLP-1, développée pour améliorer le contrôle glycémique chez certains patients atteints de diabète de type 2. Or, explique Dr Tayeb Hamdi, « le médicament destiné au traitement du surpoids et de l’obésité issu du même laboratoire n’est pas Ozempic, mais une autre version, avec un dosage différent et une indication spécifique ».

Cette distinction est essentielle. L’utilisation d’Ozempic pour faire perdre du poids repose sur une confusion entretenue, notamment sur les réseaux sociaux, entre ces deux médicaments. « Les personnes concernées sont souvent des individus avec un IMC autour de 23 à 26, qui cherchent à perdre quelques kilos, et non des patients souffrant d’obésité avec des facteurs de risque avérés », précise Dr Hamdi.

Le facteur prix et l’indisponibilité des alternatives

L’un des moteurs majeurs de cet usage détourné reste le coût. La version indiquée contre l’obésité est plus dosée et nettement plus chère. De plus, elle n’est pas toujours disponible dans certains pays, dont le Maroc. Résultat : « les patients se tournent vers Ozempic, perçu comme moins cher, même si cela reste un médicament coûteux », souligne Dr Tayeb Hamdi.

Ce phénomène n’est pas propre au Maroc. Même dans les pays où les deux versions sont commercialisées, Ozempic est souvent privilégié pour des raisons économiques, au détriment de la sécurité thérapeutique.

Lire aussi: Ozempic débarque au Maroc : entre avancée thérapeutique et dérives potentielles

Toutefois, contrairement à certains compléments amaigrissants vendus librement, Ozempic est un médicament soumis à prescription médicale stricte. « Seuls les médecins sont habilités à prescrire un antidiabétique. Ce n’est ni un produit de conseil officinal, ni un médicament en libre accès », rappelle Dr Hamdi.

Lorsqu’un médecin prescrit Ozempic en dehors de son autorisation de mise sur le marché (AMM), il engage pleinement sa responsabilité. « La limite, c’est la responsabilité médicale, éthique et légale du prescripteur. En cas d’incident, il ne pourra pas invoquer un alibi thérapeutique », avertit le chercheur.

Déontologie et risques juridiques

La prescription hors indication, sans preuves scientifiques solides, contrevient aux règles fondamentales de la déontologie médicale. « Un médecin ne doit jamais utiliser ses patients comme terrain d’expérimentation hors cadre clinique », insiste Dr Tayeb Hamdi.

Les conséquences peuvent être lourdes : sanctions disciplinaires par l’Ordre des médecins, responsabilité civile, voire pénale en cas de dommages graves. « Les risques existent, d’autant plus que ces médicaments sont relativement nouveaux et que leurs effets indésirables ne sont pas encore tous parfaitement connus », ajoute-t-il.

L’autre grande source d’inquiétude réside dans la vente en ligne. Selon les données citées par Dr Hamdi, « 90% des médicaments vendus sur Internet présentent un problème : faux produits, malfaçons ou absence totale de livraison ». Dans près de la moitié des cas, il s’agit de contrefaçons pures et simples. Ozempic n’échappe pas à ce fléau. « Les patients qui contournent le circuit médical prennent des risques majeurs, non seulement thérapeutiques, mais aussi financiers », alerte-t-il.

Le rôle des autorités et des laboratoires

Face à ces dérives, la responsabilité est partagée. Le laboratoire, rappelle Dr Hamdi, « ne vend pas directement aux patients et n’a pas le droit de promouvoir un médicament pour des indications non autorisées, ni explicitement ni implicitement ».

Les autorités de santé, de leur côté, disposent au Maroc d’un cadre réglementaire solide. « La réglementation existe, elle est même très rigoureuse. Le défi, aujourd’hui, c’est son application dans un monde digitalisé », analyse le chercheur.

Lire aussi: Les États-Unis valident le Wegovy en comprimé, une première contre l’obésité

Malgré ces dérives, Dr Tayeb Hamdi tient à nuancer le débat. Les médicaments GLP-1 constituent une avancée importante, notamment dans la prise en charge de l’obésité sévère. « Pour la première fois, un traitement médicamenteux permet une perte de poids comparable à celle de la chirurgie bariatrique, sans intervention lourde », souligne-t-il.

Cependant, ces traitements ne sont pas destinés à tout le monde. « Ils doivent être réservés à des profils bien définis, avec une indication médicale claire, et sous suivi strict », insiste Dr Hamdi.

Prix élevé et logique du marché pharmaceutique

Le coût élevé d’Ozempic s’explique en partie par l’investissement colossal nécessaire au développement d’un nouveau médicament, estimé à près d’un milliard de dollars. « Mais il faut aussi reconnaître que l’industrie pharmaceutique est l’un des secteurs les plus rentables au monde », observe Dr Hamdi, citant l’exemple frappant des traitements de l’hépatite C, passés de 85.000 dollars à quelques dizaines de dollars selon les pays.

Au final, l’enjeu majeur reste la sensibilisation du public. « Il ne s’agit pas uniquement d’Ozempic. Internet regorge de médicaments dangereux, vendus sans contrôle, avec des conséquences parfois dramatiques », conclut Dr Tayeb Hamdi.

Informer, encadrer et responsabiliser patients comme professionnels apparaît aujourd’hui indispensable pour éviter que cette avancée thérapeutique ne se transforme en problème de santé publique majeur.

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