Vidéo – SIDATTES 2025 : la recherche peut-elle sauver les oasis marocaines ?

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Vidéo - SIDATTES 2025 : la recherche peut-elle sauver les oasis marocaines ?Photo prise lors de la journée scientifique du SIDATTES 2025, le 30 octobre à Erfoud © Ayoub Jouadi / LeBrief

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Sous la chaleur d’Erfoud, chercheurs et experts se sont réunis pour réfléchir à une question cruciale : comment préserver la vie dans les oasis face à la raréfaction de l’eau ? Entre sélection génétique, irrigation raisonnée et intelligence artificielle, la science s’invite au chevet d’un écosystème menacé.

Au cœur du désert, les oasis marocaines maintiennent un fragile équilibre entre l’homme et la nature. Ce modèle ancestral, fondé sur la maîtrise de l’eau et la diversité agricole, est aujourd’hui mis à l’épreuve. La sécheresse prolongée, l’avancée des dunes et la pression sur les nappes phréatiques perturbent ces territoires de vie.

Pour y répondre, la recherche propose des solutions concrètes. Lors de la 14ᵉ édition du Salon international des dattes (SIDATTES 2025), une journée scientifique organisée par l’INRA, en partenariat avec (Agence nationale pour le développement des zones oasiennes et de l’arganier), l’ICARDA (Centre international de recherche agricole dans les zones Arides) et la FAO (Organisation pour l’alimentation et l’agriculture), des spécialistes marocains et étrangers se sont penchés sur un objectif commun : assurer la durabilité des ressources hydriques dans les oasis.

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Préserver la ressource génétique pour résister à la sécheresse

Pour Lamia Ghaouti, directrice de l’INRA, la priorité est claire : « La conservation des ressources génétiques du palmier dattier est essentielle pour identifier les variétés les plus tolérantes à la sécheresse ».

L’institut concentre ses efforts sur la sélection de plants capables de résister au stress hydrique tout en maintenant leur rendement. À Erfoud, Lamia Ghaouti a présenté plusieurs techniques développées par ses équipes. L’irrigation déficitaire permet de réduire de 40% la consommation d’eau sans perdre en productivité. Le paillage limite l’évaporation et conserve l’humidité du sol.

Ces innovations s’inscrivent dans une stratégie plus large de valorisation de l’eau. « Toutes ces techniques sont essentielles pour une utilisation efficiente et pertinente de cette ressource rare », insiste la chercheuse.

Vidéo – SIDATTES 2025 : une convention pour préserver les écosystèmes oasiens et l’arganeraie

Le numérique et l’IA au service de l’eau

La recherche agronomique intègre désormais le numérique. L’INRA mise sur l’intelligence artificielle et la modélisation pour optimiser la gestion de l’eau. Des outils d’aide à la décision permettent aux agriculteurs de doser précisément l’irrigation selon le climat et le type de sol.

Selon Lamia Ghaouti, la science n’a de sens que si elle se traduit sur le terrain : « La recherche seule ne suffit pas. Ce qui compte, c’est le transfert vers les agriculteurs ».

Dans cette optique, l’institut a créé des plateformes de démonstration et d’innovation. Les exploitants peuvent tester les solutions en conditions réelles, les adapter à leurs pratiques et s’approprier les nouvelles méthodes. Une approche participative qui relie progrès scientifique et durabilité sociale.

L’eau, ressource vitale et facteur de fragilité

La rareté de l’eau est le principal facteur de vulnérabilité des oasis. « Le Maroc vit une pénurie, et l’impact sur l’espace oasien est énorme », rappelle Abdelhak Laiti, représentant adjoint de la FAO au Maroc.

Présente depuis plus de quarante ans dans ces territoires, la FAO soutient le Royaume sur plusieurs fronts : amélioration de la production agricole, lutte contre les maladies du palmier dattier, préservation du patrimoine oasien.

Ces dernières années, l’organisation s’est particulièrement concentrée sur la gestion intégrée de l’eau : collecte des eaux de surface, cartographie des nappes souterraines et systèmes d’analyse de données. L’objectif est de mieux mobiliser, connaître et partager la ressource.

Pour Laiti, c’est un combat global : « Les oasis constituent une barrière contre la désertification et le déplacement des dunes. Les préserver, c’est préserver la vie au cœur du désert ».

Vidéo – Erfoud : ouverture du SIDATTES 2025 sous le signe de la durabilité

Des partenariats régionaux pour un modèle durable

Aujourd’hui, la FAO élargit sa stratégie à l’échelle régionale. Mohammed Bengoumi, responsable régional pour l’Afrique du Nord, rappelle que « dans la région MENA, les oasis sont désormais considérées comme une priorité ».

L’organisation a créé un centre d’excellence pour le développement durable des oasis. Ce centre se concentre sur la mobilisation et la comptabilité de l’eau, avec des indicateurs fiables pour évaluer consommation et disponibilité des ressources.

Pour Bengoumi, cette approche est indispensable. « Sans connaissance précise de la ressource, il est impossible de l’utiliser durablement », insiste-t-il.

La FAO valorise aussi le savoir-faire des communautés locales. Les pratiques ancestrales d’irrigation et de cohabitation avec le désert constituent un patrimoine vivant. Trois oasis marocaines ont été reconnues comme systèmes ingénieux du patrimoine agricole mondial.

Entre science, technologie et coopération internationale, les oasis marocaines deviennent un terrain d’expérimentation pour les stratégies d’adaptation climatique. Les innovations, qu’elles soient génétiques, hydriques ou numériques, offrent des pistes concrètes pour concilier développement et durabilité.

Mais la réussite de ces projets dépend de leur appropriation par les populations locales. La survie des oasis ne se joue pas seulement dans les laboratoires ou les forums, mais surtout dans les champs, où chaque goutte d’eau compte.

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