Gaza, la faim comme arme : quand la réduction des aides internationales accélère la tragédie humanitaire
un enfant palestinien souffre de dénutrition. Depuis deux mois, Israël bloque toute entrée de l’aide humanitaire dans l’enclave palestinienne.
©H ani Alshaer / ANADOLU / Anadolu via AFP
A
A
A
A
Alors que les enfants meurent de faim, que les mères supplient pour un sac de farine, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) annonce une baisse drastique de son financement, contraint de réduire drastiquement son aide. Cette situation soulève une question cruciale : dans quelle mesure la réduction des financements internationaux compromet-elle les chances de survie des populations les plus vulnérables ?
Le désastre du désengagement international : 16,7 millions de personnes en danger
En 2025, le PAM prévoit une baisse de financement de 34%, passant de 9,8 MM de dollars à 6,4 MM de dollars. Cette réduction survient après une chute globale de 7% de l’aide publique au développement en 2024, à laquelle pourrait s’ajouter 13% supplémentaires en 2025. En réponse, le PAM est contraint de prendre des décisions impensables, réduire les rations, écourter la durée de l’assistance ou éliminer carrément des bénéficiaires.
Le résultat est glaçant, jusqu’à 16,7 millions de personnes risquent de perdre leur aide alimentaire d’urgence en 2025, soit une baisse de 21% par rapport à 2024. Le pays le plus affecté serait le Yémen, où 4,8 millions de personnes pourraient être privées d’assistance vitale, soit une chute de 67% du nombre de bénéficiaires. D’autres pays gravement touchés incluent l’Afghanistan, la Somalie, l’Éthiopie, le Tchad et le Malawi, tous avec plus de 500.000 bénéficiaires menacés.
Lire aussi: Rabat : une marche pour dénoncer la famine à Gaza
Cette réduction d’aide n’est pas neutre. Elle pourrait entraîner une explosion des cas de famine aiguë. Le nombre de personnes classées en phase IPC 4 ou plus, c’est-à-dire en insécurité alimentaire d’urgence ou pire, pourrait augmenter de 31%, passant de 44,4 millions à 58,1 millions.
La méthode IPC (Integrated Food Security Phase Classification) évalue la gravité de l’insécurité alimentaire en plusieurs phases : la phase 3 correspond à une « crise », la phase 4 à une « urgence » et la phase 5 à une « famine ». Actuellement, 13,7 millions de personnes se trouvent en phase 3 et risquent de sombrer en phase 4 sans une aide urgente. Parmi elles figurent des enfants, des personnes âgées, des femmes enceintes et les plus vulnérables.
Même en tentant de moduler les scénarios, en réduisant les rations au lieu de couper les bénéficiaires, 13,2 millions de personnes resteraient sans aucune assistance, malgré l’atteinte du seuil nutritionnel minimum de 1.500 kcal/jour par bénéficiaire.
Lire aussi: Entre famine et bombardements, que reste-t-il de Gaza ?
L’exemple glaçant de Gaza : un cas d’école de la famine provoquée
À Gaza, cette crise prend un visage bien réel. Alors que 343 millions de personnes dans le monde sont en insécurité alimentaire, 2,4 millions de Palestiniens sont aujourd’hui assiégés dans la bande de Gaza, vivant dans des conditions de famine volontairement imposées. Plus de 100 ONG, dont Médecins sans frontières et Amnesty International, dénoncent une famine « provoquée par l’homme », bloquant l’accès à l’aide alimentaire et médicale, malgré des entrepôts débordant de provisions à proximité immédiate.
Le rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, Michael Fakhri, parle sans ambiguïté : « il s’agit de l’une des campagnes de famine les plus rapides et les plus complètes jamais documentées » visant « la destruction systématique du système alimentaire de Gaza ». Il alerte aussi sur les conséquences intergénérationnelles de la famine, capables de laisser une empreinte génétique sur des générations entières.
Lire aussi: Gaza asphyxiée : 50 jours sans aide, la famine s’installe
Des scènes de chaos accompagnent la distribution de l’aide rare, des camions de farine pris d’assaut, des enfants morts de malnutrition, des milliers de personnes tuées en tentant de récupérer de la nourriture. L’armée israélienne affirme ne pas bloquer l’aide, mais les ONG dénoncent des restrictions massives, et l’ONU accuse l’armée israélienne d’avoir tué plus de 1.000 civils affamés lors de distributions humanitaires depuis mai 2025.
Ce tableau dramatique de Gaza s’inscrit dans une dynamique globale plus large, l’érosion de la solidarité internationale. Alors que les crises humanitaires se multiplient, notamment par des conflits, des changements climatiques, des déplacements massifs de populations, le financement humanitaire ne suit plus. Le PAM, pilier de l’aide alimentaire mondiale, est confronté à un dilemme impossible : choisir qui aura le droit de manger.
Lire aussi: A quelques jours du Ramadan, la famine guette Gaza
Et pourtant, des solutions existent. Pour Michael Fakhri, elles résident dans une action diplomatique urgente, notamment par le déploiement de Casques bleus pour escorter l’aide humanitaire, l’instauration de sanctions internationales contre les responsables des blocages, et l’arrêt du soutien militaire aux belligérants qui entravent l’aide. De son côté, le PAM appelle à une mobilisation renforcée pour éviter un glissement vers une famine à grande échelle dans de nombreuses régions du monde.
La famine à Gaza n’est pas un phénomène naturel : elle est provoquée, organisée et tolérée. Le désengagement financier de la communauté internationale ne fait qu’aggraver une crise qui aurait pu, et peut encore, être évitée. À l’heure où les puissances mondiales hésitent, tergiversent ou détournent le regard, la responsabilité collective est claire : ne pas laisser la famine devenir un outil de guerre ni une sentence de mort silencieuse.
Monde : Le 19 juillet 2026, le MetLife Stadium d'East Rutherford, dans le New Jersey, accueillera la finale de la Coupe du Monde 2026.
Wissal Bendardka - 14 mai 2026Monde - Trump Xi à Pékin : retour sur une rencontre centrée sur l’économie, Ormuz et Taïwan. Les enjeux à retenir de cet échange très attendu.
Rédaction LeBrief - 14 mai 2026Monde - Un juge fédéral américain a suspendu les sanctions imposées par Washington à Francesca Albanese.
El Mehdi El Azhary - 14 mai 2026Monde - L’Australie rejoint une mission défensive dirigée par la France et le Royaume-Uni pour sécuriser le détroit d’Ormuz.
El Mehdi El Azhary - 13 mai 2026Monde - Donald Trump arrive à Pékin avec une délégation de grands patrons pour pousser la Chine à s’ouvrir aux entreprises américaines.
Ilyasse Rhamir - 13 mai 2026Monde : La vigilance sanitaire s'intensifie en France. Une femme suspectée d'être en contact avec l'hantavirus a été admise mardi après-midi dans un hôpital de Marseille, deux jours après le rapatriement à Paris de cinq ressortissants français passagers du navire MV Hondius, où un foyer du virus avait été détecté.
Wissal Bendardka - 12 mai 2026Monde - Richesse mondiale en forte hausse : le nombre de milliardaires atteint un record avec 3.428 fortunes cumulant plus de 20.100 milliards de dollars. Elon Musk domine largement le classement de Forbes, où figurent aussi plusieurs grandes fortunes marocaines.
Ilyasse Rhamir - 11 mars 2026Monde - Après dix ans à la tête de l'AFD, Rémy Rioux s’apprête à quitter ses fonctions. L’Élysée a proposé Christophe Lecourtier à son poste.
Mouna Aghlal - 11 mars 2026Monde - L'Espagne a décidé de mettre un terme au mandat de son ambassadrice en Israël, rappelée depuis plusieurs mois dans un contexte de fortes tensions diplomatiques.
Ilyasse Rhamir - 11 mars 2026Monde - Face à l’envolée des prix du brut provoquée par la guerre en Iran et les perturbations dans le détroit d’Ormuz, Washington autorise pendant un mois la vente de cargaisons de pétrole russe déjà chargées en mer afin de stabiliser l’offre mondiale.
Ilyasse Rhamir - 13 mars 2026Monde - L’escalade militaire au Proche-Orient se poursuit. L’Iran évoque le maintien de la pression sur le détroit d’Ormuz tandis que les frappes s’intensifient dans la région. La flambée du pétrole et les déplacements massifs de populations inquiètent la communauté internationale.
Ilyasse Rhamir - 12 mars 2026Monde - La France a annoncé le déploiement de moyens militaires en Méditerranée et au Proche-Orient, dont une frégate et le porte-avions Charles-de-Gaulle.
El Mehdi El Azhary - 4 mars 2026