Les océans au seuil de l’espoir
Tribune
Mohammed TafraoutiActiviste environnemental, spécialiste des questions oasiennes et du développement durable
Dans un monde en proie à des déséquilibres environnementaux accélérés, ce chiffre représente bien plus qu’un progrès technique : il incarne une volonté politique collective de sauver le « trésor bleu » au bord du précipice.
BBNJ : un traité clé pour préserver la haute mer
Officiellement intitulé « Accord dans le cadre de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer relatif à la conservation et à l’utilisation durable de la diversité biologique marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale », ce traité est communément désigné par l’acronyme BBNJ. Son texte a été adopté en mars 2023, et la signature a commencé dès septembre de la même année.
Lors d’un événement spécial pendant la conférence, 18 nouveaux pays ont déposé leurs instruments de ratification, parmi lesquels les Fidji, la Mauritanie, la Grèce, la Jordanie et les Bahamas, portant le total à 49 États. Dix-sept autres ont annoncé leur intention de ratifier prochainement, portant à 134 le nombre total de signataires.
Dans ce contexte, Rebecca Hubbard, directrice de la coalition High Seas Alliance, a déclaré « Cette vague de ratifications représente un raz de marée d’espoir et une victoire majeure pour tous ceux qui ont œuvré à inscrire la haute mer à l’agenda environnemental mondial. »
Objectif : protéger 30% des océans d’ici 2030
Ce traité constitue le seul instrument juridique permettant la création de zones marines protégées en haute mer – une étape cruciale pour atteindre l’objectif mondial de protéger 30% des océans d’ici à 2030. Aujourd’hui, moins de 1,5% de la haute mer bénéficie d’un quelconque statut de protection.
La haute mer représente environ la moitié de la surface de la planète, mais elle reste largement dépourvue de garde-fous. La surpêche, la pollution et l’exploitation non durable des ressources marines figurent parmi les menaces les plus pressantes.
Meghan Randles, cheffe de la délégation de Greenpeace, souligne « Ce traité n’est pas seulement un succès écologique, c’est un pari sur la justice climatique et sur le droit des populations à l’alimentation et à la subsistance. »
Le prochain défi : de l’engagement à l’action
Selon le texte, le traité entrera en vigueur 120 jours après la 60ᵉ ratification, et une première conférence des parties devra être convoquée dans l’année. La question cruciale reste : les États transformeront-ils leurs engagements en politiques concrètes et en zones protégées effectives ?
L’ambassadrice Rena Lee, experte en droit international de Singapour, a déclaré que la participation élargie était essentielle pour garantir l’efficacité du traité, en affirmant « Nous avons fait un énorme pas en avant, mais un nouvel élan est nécessaire pour que le traité ait un véritable impact sur le terrain. »
Un élan financier et politique sans précédent
La conférence a également été marquée par des engagements financiers importants. L’Union européenne a annoncé un financement de 40 millions de dollars pour soutenir la mise en œuvre du traité. La Minderoo Foundation s’est engagée à verser 10 millions de dollars australiens pour accélérer la création des zones marines protégées. L’initiative Bloomberg Ocean Initiative a annoncé le financement du secrétariat de l’initiative « BBNJ First Movers » afin d’accélérer l’identification et la mise en œuvre des zones prioritaires.
Le Dr Andrew Forrest, fondateur de la Minderoo Foundation, a déclaré « Il faut planifier dès maintenant les futures zones marines protégées si l’on veut atteindre l’objectif 30×30. »
Une mobilisation politique autour de la High Ambition Coalition
La conférence a également été l’occasion de relancer la High Ambition Coalition, codirigée par Palaos, les Seychelles et l’Union européenne, afin d’accélérer la ratification et la mise en œuvre du traité. Tous ont souligné que le temps joue contre les océans, et que la communauté internationale doit agir sans plus attendre.
Une chance unique pour protéger la planète
La vague de ratifications observée à Nice n’est pas qu’un simple geste diplomatique : elle reflète un sentiment croissant de responsabilité collective. L’espoir reste que le processus soit achevé d’ici fin de 2025. Car les océans n’attendront pas. Et la fenêtre temporelle pour leur protection se referme rapidement.
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