Le dessalement, un pari stratégique pour une agriculture durable

Mbaye Gueye

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Le dessalement, un pari stratégique pour une agriculture durablePanel sur le dessalement au SIAM 2025 © LeBrief / Ayoub Jouadi

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Face à une crise hydrique sans précédent, le Maroc fait le pari du dessalement de l’eau de mer pour garantir l’avenir de son agriculture. Dans la région du Souss-Massa, agriculteurs et institutions s’unissent autour de projets innovants, alliant technologie, gouvernance et rentabilité, afin de transformer un défi climatique en levier de développement durable.

 

Face à la raréfaction croissante des ressources en eau, causée par les effets du changement climatique, le Maroc s’engage résolument dans une transition hydrique dans laquelle, il a fait recours au dessalement de l’eau de mer. Longtemps considérée comme une solution d’appoint en période de stress hydrique, cette technologie est en train de s’imposer comme un levier fondamental de la politique agricole nationale. Même si son coût reste élevé par rapport celle de la nappe, elle suscite la convoitise.

Selon Nouredinne Kessa, directeur, ORMVA Souss-Massa, le prix du mètre cube est évalué à 5 dirhams hors taxe contre 0,80 dirham pour l’eau des réseaux publics. Il soutient que l’exemple de la plaine de Chtouka est particulièrement révélateur. Avec le lancement, en 2022, d’une station de dessalement de grande envergure, cette zone agricole a vu émerger un projet d’irrigation ambitieux couvrant 13.000 hectares. Cependant, l’enthousiasme du secteur agricole a dépassé les attentes : les souscriptions atteignent aujourd’hui 18.000 ha contre 13.000 hectares initialement prévu. Ceci  illustre à quel point les agriculteurs perçoivent le dessalement non comme une contrainte, mais comme une opportunité de développement durable et de rentabilité accrue, a-t-il soutenu. Il s’exprimait à l’occasion d’un panel en marge de la 17e édition du Salon International de l’agriculture du Maroc (SIAM).

Un modèle agricole rentable et résilient

Nouredinne Kessa explique que la réussite de cette adoption massive réside dans la valorisation du mètre cube d’eau. Pour les cultures maraîchères à haute valeur ajoutée, telles que les tomates, les agrumes ou les fruits rouges, la rentabilité dépend davantage de l’efficacité de l’utilisation de l’eau que de son coût unitaire. Ainsi, avec des techniques d’irrigation de précision et une gestion rigoureuse, les exploitants agricoles parviennent à rentabiliser les 5 dirhams payés pour chaque mètre cube d’eau dessalée. Cette eau devient alors un facteur de sécurité économique et de compétitivité, surtout pendant des périodes cruciales comme le Ramadan, lorsque la demande nationale en produits frais explose.

Lire aussi : SIAM 2025 : l’eau au cœur des débats pour une agriculture résiliente

Mais au-delà de la rentabilité immédiate, c’est la dimension stratégique du dessalement qui justifie son déploiement à grande échelle. Le Maroc, confronté à un recul alarmant de ses nappes phréatiques, se dote ainsi d’une ressource renouvelable, moins vulnérable aux aléas climatiques.

Le Royaume est frappé par un stress hydrique qui dure depuis plusieurs années. Face cette situation, le dessalement apparait comme une alternative vitale.  L’eau dessalée permet non seulement de soutenir l’activité agricole, mais aussi de soulager la pression sur les eaux souterraines. Elle s’intègre à une gestion globale des ressources hydriques, aux côtés des eaux de surface et de l’eau de barrage, selon un modèle intégré et adaptatif.

Gouvernance, investissements et savoir-faire local

Ce modèle s’accompagne d’innovations importantes en matière de gouvernance. Dans la région pilote du Souss, trois avancées majeures sont en cours de mise en œuvre : la régularisation des points d’eau privés pour un meilleur contrôle des prélèvements ; l’instauration d’un système de quotas annuels tenant compte des niveaux des nappes et des barrages ; et l’installation généralisée de compteurs intelligents pour un suivi en temps réel de la consommation. À cela s’ajoute une gestion déléguée à un partenaire privé, dans le cadre d’un contrat structuré sur dix ans, avec le soutien de la Banque mondiale, a listé le directeur, ORMVA Souss-Massa, Nouredinne Kessa.

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L’ampleur des investissements nécessaires témoigne de l’ambition du projet 4,4 milliards de dirhams ont été mobilisés pour la première station, et une enveloppe de 25 milliards est prévue pour les extensions futures, qui porteront la capacité à 400.000 m³ par jour, répartis équitablement entre l’irrigation et l’eau potable. Ces projets d’envergure visent également à sécuriser l’approvisionnement de villes comme Agadir, où déjà 75% de l’eau potable provient du dessalement.

Par ailleurs, la dynamique du dessalement s’accompagne d’un transfert de compétences notable. Plus de 80 entreprises marocaines ont participé à la construction de la station, contribuant à l’émergence d’un véritable savoir-faire national dans le domaine de l’ingénierie du dessalement, avec des retombées sur d’autres régions du royaume, comme Dakhla, où huit stations sont en cours d’étude.

 

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