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Maroc-Allemagne : escalade des tensions entre les deux pays

Une lettre, datée du lundi 1er mars, adressée par Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, au Chef du gouvernement et à l’ensemble des membres de l’exécutif a fuité sur les réseaux sociaux. Cette correspondance souligne la «suspension de tout contact avec l’ambassade d’Allemagne à Rabat», et ce «en raison des malentendus profonds avec la République fédérale d’Allemagne au sujet des questions fondamentales du Royaume». Le ministre de tutelle a également décidé de suspendre toute interaction avec les organismes de coopération et les fondations politiques liés à la représentation diplomatique allemande.

Par Nora Jaafar, Publié le 02/03/2021, mis à jour le 02/03/2021          Temps de lecture 5 min.
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Maroc-Allemagne : escalade de tension entre les deux pays

Coup de froid entre le Maroc et l’Allemagne. En effet, dans une lettre officielle signée ce lundi 1er mars par Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères et adressée au Chef du gouvernement ainsi qu’à l’ensemble des membres de l’exécutif, il a été annoncé la suspension de tout contact avec l’ambassade d’Allemagne à Rabat. Cette correspondance, qui a fuité et a été largement partagée sur les réseaux sociaux, précise que cette décision intervient «en raison des malentendus profonds avec la République fédérale d’Allemagne au sujet des questions fondamentales du Royaume». Elle somme ainsi tous les départements ministériels et toutes les instances qui sont sous leur tutelle de «suspendre tout contact, interaction ou action de coopération aussi bien avec l’Ambassade d’Allemagne au Maroc qu’avec les organismes de coopération et les fondations politiques allemandes qui lui sont liés». Le document prévient aussi que «toute dérogation à cette suspension ne pourra se faire que sur la base d’un accord préalable explicite du ministère des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger». La lettre affirme que le département de Nasser Bourita est également concerné par cette décision, et que lui aussi a suspendu ses contacts avec la partie allemande. Bien que la presse nationale ait repris ce document et l’ait massivement publié, aucune communication officielle de la tutelle ni du gouvernement n’a encore expliqué les raisons de cette rupture.

 

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Le Maroc et l’Allemagne entretiennent de bonnes relations

En décembre 2020, l’Allemagne a fourni au Maroc un soutien financier de 1,387 milliard d’euros pour l’aider à faire face à la crise sanitaire de la Covid-19, à stimuler son économie nationale et à relancer les initiatives de développement. Au cours de ce même mois, Nasser Bourita s’était entretenu avec son homologue allemand Gerd Muller pour approfondir la coopération maroco-allemande dans différents domaines, notamment la lutte contre le nouveau coronavirus. Peu de temps après ce coup de fil, les deux gouvernements ont discuté du développement de l’énergie verte. L’Allemagne a exprimé sa détermination à soutenir davantage le Royaume dans ce secteur et de lui fournir l’aide nécessaire pour concrétiser ses ambitions dans ce domaine.

 

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Les sujets de frictions entre les deux pays

Malgré leurs bonnes relations au niveau des secteurs économique, social, de l'énergie renouvelable et de l'agriculture, les deux pays ne partagent pas les mêmes positions politiques et géopolitiques. Les tensions politiques entre les deux parties ont commencé en janvier 2020, lorsque l’Allemagne a décidé de ne pas inviter le Maroc à prendre part à la Conférence sur la Libye, organisée à Berlin. Depuis plusieurs années, le Royaume contribue activement à la résolution du dossier libyen, notamment à travers la conclusion des accords de Skhirat de 2015 et la tenue de différents rounds de pourparlers à Bouznika sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Ainsi, l’écartement du Maroc du sommet de Berlin a poussé Bourita à remettre en cause et à dénoncer les critères et «les motivations qui ont présidé au choix des pays participants à cette réunion».

 

Lire aussi : Le Maroc, grand absent du sommet de Berlin sur la Libye

 

Autre point de divergence politique entre Rabat et Berlin : la souveraineté du Maroc sur ses provinces du Sud. Au lendemain de la signature de la proclamation de l’ex-président américain Donald Trump, reconnaissant la marocanité du Sahara, plusieurs responsables allemands, dont un membre du gouvernement fédéral, se sont ouvertement prononcés contre cette décision. Puis en décembre 2020, l’Allemagne a convoqué une réunion à huis clos du Conseil de sécurité pour contester l’initiative américaine.

Par ailleurs, selon les sources de Morocco World News, la cause du désaccord entre les deux pays est le refus de l’Allemagne d’extrader Mohamed Hajib, un ancien détenu marocain condamné pour terrorisme et qui vit depuis 2017 dans ce pays européen. Hajib s’est installé en Allemagne après avoir purgé une peine de sept ans dans une prison marocaine pour son implication dans des actes terroristes. Après la fin de sa sentence et son départ du Maroc, il a publié une série de vidéos sur YouTube où il accuse les services de sécurité marocains de l’avoir soumis à la torture.

Outre le dossier libyen, la marocanité du Sahara et l’extradition de Mohamed Hajib, le récent rapport de Transparency International a également été évoqué comme raison des tensions entre le Maroc et l’Allemagne. L’ONG internationale d'origine allemande a violemment critiqué le Maroc dans son étude portant sur la lutte contre la corruption. Rejetant les efforts déployés par le Royaume au cours de l’année écoulée pour lutter contre la pandémie de la Covid-19 et atténuer son impact social et économique ainsi que le succès du lancement de sa campagne de vaccination à l’échelle nationale, le rapport dresse un tableau très sombre des perspectives économiques du Maroc, qu’il attribue à la corruption et à l’«incapacité» de l’État à y mettre fin.

 

Enfin, pour le moment les spéculations se multiplient quant aux raisons de cette suspension. Reste maintenant à attendre une sortie officielle des diplomaties marocaine et allemande pour mettre fin aux rumeurs et pour expliquer les motivations de cette décision. Une chose est sûre, cette suspension aura des répercussions non négligeables tant au niveau politique qu’économique.

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