Résolution sur la Russie : la non-participation du Maroc au vote de l’ONU décryptée par des politologues

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L’Assemblée générale des Nations Unies a adopté, mercredi 2mars, une résolution qui«exige que la Russie cesse immédiatement de recourir à la force contre l’Ukraine», lors d’un vote approuvé massivement par 141des 193 pays membres que compte l’organisation internationale.
Votée après plus de deux jours de débats et d’interventions, cette résolution réclame que la Russie«retire immédiatement, complètement et sans conditions toutes ses forces militaires»d’Ukraine, et«condamne la décision de la Russie d’accentuer la mise en alerte de ses forces nucléaires». Cinq pays ont voté contre (Russie, Biélorussie, Corée du Nord, Érythrée, Syrie) et 35 se sont abstenus, parmi lesquels la Chine et le Maroc.
Le ministère des Affaires étrangères marocain a justifié sa décision par le biais d’un communiqué publié mercredi soir, dans lequel le Royaume affirme que «la non-participation du Maroc ne saurait faire l’objet d’aucune interprétation par rapport à sa position de principe concernant la situation entre la Fédération de Russie et l’Ukraine, telle que réaffirmée dans le Communiqué du ministère des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’Étranger, en date du 26 février 2022».
Deux jours après le déclenchement de la guerre par Moscou le 24 février, la diplomatie marocaine avait en effet réagi via un communiqué, soutenant que «le Royaume du Maroc suit avec inquiétude l’évolution de la situation entre la Fédération de Russie et l’Ukraine. Le Royaume du Maroc réitère son soutien à l’intégrité territoriale et à l’unité nationale de tous les États membres des Nations Unies».
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Le Maroc soucieux de maintenir un équilibre diplomatique
Pour Hicham Berjaoui, politologue à l’université Cadi Ayyad de Marrakech, le Maroc fait preuve d’un «équilibre prudent» en s’abstenant de voter. «Dans cette affaire, il est très difficile de trouver un point équidistant vis-à-vis de l’axe sino-russe d’un côté et de l’axe occidental de l’autre», analyse l’expert en sciences politiques. «Je suis convaincu que cette position d’abstention est le résultat de négociations et d’échanges avec les différents partenaires du Maroc, des deux axes».
Le politologue estime notamment qu’un vote positif à cette résolution de l’ONU aurait pu «impacter négativement» le partenariat du Maroc avec la Chine, alliée de la Russie. «Nous avons certes des relations très avancées avec les Occidentaux, les Américains et les Français notamment, mais nous avons également développé des relations de plus en plus importantes avec les Russes et les Chinois», soutient Hicham Berjaoui. «Les investissements directs menés par la Chine au Maroc sont très importants. Dernièrement, Pékin a également fait évoluer sa position sur le Sahara de manière positive aux yeux de la diplomatie marocaine. Il y a un échange d’intérêts entre les deux pays, et le Maroc en a tenu compte en s’abstenant de voter».
Une position neutre acceptable ?
Aux vues de la situation, la neutralité du Maroc est-elle recevable ? Oui, pour Hafid Boutaleb, expert en relations internationales, qui estime que le Maroc a déjà tenu cette position impartiale dans des guerres antérieures.
«Le Maroc n’a pas à élaborer une posture diplomatique plus complexe et plus engagée qu’il ne l’a fait par le passé avec la multitude de conflits qui ont émaillé le monde», analyse le spécialiste. «Comme pour plusieurs autres conflits, dont certains bien plus sanglants et meurtriers, le Maroc garde une position prônant l’apaisement et le dialogue, sans pour autant chercher à développer un positionnement plus élaboré».
Même son de cloche chez Hicham Berjaoui, qui estime que cette position prudente ne signifie pas pour autant que le royaume cautionne les agissements russes. «Le Maroc ne ferme pas les yeux sur les soi-disant atrocités qui sont commises par l’armée russe en Ukraine», exprime-t-il. «Concernant ce conflit, le Maroc a clairement rappelé son attachement au principe de l’intégrité territoriale des États».
Si les autorités marocaines ont effectivement affirmé après le début de la guerre en Ukraine «soutenir l’intégrité territorialeet l’unité nationale de tous les États membres des Nations Unies», elle ne se positionne pas clairement contre l’ingérence de la Russie, qui menace pourtant ouvertement l’intégrité du territoire ukrainien depuis plus d’une semaine.
«Oui, le Maroc constate qu’il y’a eu une pénétration de l’armée russe sur le sol ukrainien, et suit avec inquiétude l’évolution du conflit», affirme Hafid Boutaleb. «Mais la diplomatie réagit à cette donnée factuelle sans pour autant condamner expressément la Russie, car cela aurait pour conséquence de faire basculer le Maroc en tant que partie prenante dans un conflit, qui est très loin de son agenda diplomatique».
«Les pays occidentaux n’ont pas à interpréter outre mesure la position qui est celle du royaume aujourd’hui», poursuit-il. «Le Maroc reste très loin des tenants et des aboutissants de ce conflit».
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Une majorité de pays africains parmi les abstentionnistes
Le Maroc n’est d’ailleurs pas le seul pays d’Afrique à ne pas avoir participé au vote: parmi les 35 états absents ce mardi, 17 sont des pays africains.
«Les relations bilatérales avec la Chine, alliée de la Russie, expliquent en grande partie les positions abstentionnistes prises par ces pays», analyse Hicham Berjaoui. «La Chine est un acteur économique important au niveau de l’Afrique, et entretient des relations commerciales avec de nombreux États africains. Certains responsables ont même solennellement déclaré que le partenariat avec la Chine était plus équilibré que celui établi avec la France».
Face à la stratégie occidentale de mise au ban de la Russie, les pays africains semblent donc encore peu enclin à se prononcer ouvertement contre les décisions prises par Moscou. Des positions prudentes, mais qui ne rafraîchiront pas les relations avec les Occidentaux, selon Hicham Berjaoui.
«Il y a deux niveaux, les relations multilatérales au niveau de l’ONU, et les relations bilatérales entre les pays. Mais cela ne veut pas dire que les relations bilatérales se répercutent machinalement sur le plan multilatéral», explique le politologue. «Prenons l’exemple des États-Unis et du Maroc : les Américains reconnaissent l’indépendance du Sahara auprès du royaume, mais au niveau de l’ONU, ils ne tranchent pas sur cette question, et continuent d’inciter les acteurs concernés à développer une solution juste et négociée. Pourtant, les relations entre les USA et le Maroc restent solides».
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