Fabrication de vaccins : le Maroc se lance dans un immense challenge

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Le Maroc veut assurer une suffisance nationale et éventuellement continentale © DR

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Le roi Mohammed VI a présidé, ce lundi au Palais royal de Fès, la cérémonie de lancement et de signature d’un grand projet, celui de la fabrication et de mise en seringue au Maroc de vaccins anti-Covid-19. Un mégaprojet national qui nécessitera une enveloppe de 500 millions de dollars. Le Maroc n’est d’ailleurs pas l’unique pays d’Afrique du Nord qui se lance dans chantier. L’Égypte a produit la semaine dernière 300.000 doses du vaccin chinois Sinovac, l’Algérie commencera la production du vaccin russe Sputnik V en septembre prochain et la Tunisie a d’ores et déjà fait part de ses ambitions de faire de même. Les détails.

C’est une nouvelle qui pourrait mettre fin à tous nos maux en termes de livraisons de vaccins. Le Maroc a officiellement porté pour ambition de fabriquer des vaccins anti-Covid19. Une cérémonie présidée par le roi Mohammed VI s’est tenue ce lundi à Fès et a connu le lancement et la signature de plusieurs conventions relatives au projet de fabrication et de mise en seringue de vaccins anti-Covid19 au Maroc.

Ainsi, trois importants accords ont été signés devant le roi Mohammed VI:

1- Mémorandum relatif à la coopération pour le vaccin anti-Covid19 entre l’État marocain et le Groupe pharmaceutique national de Chine (SINOPHARM). Ce mémorandum a été signé par le ministre de la Santé, Khalid Ait Taleb et Liu Jingzhen, président du Groupe Sinopharm.

2- Mémorandum d’accord concernant l’établissement de capacités de fabrication de vaccins au Maroc signé entre l’État marocain et la société Recipharm. Ce mémorandum a été signé par Mohamed Benchaâboun, ministre de l’Économie, des Finances et de la Réforme de l’administration, Marc Funk, PDG de la Société Recipharm et Othmane Benjelloun, représentant du consortium de banques marocaines.

3- Contrat de mise à disposition de l’État marocain des installations de remplissage aseptiques de la Société de thérapeutique marocaine (Sothema) pour la fabrication du vaccin anti-Covid19, propriété de la société Sinopharm entre l’État marocain et la société Sothema. Le contrat a été signé par Khalid Ait Taleb, ministre de la Santé et Lamia Tazi, PDG de la Sothema.

Lire aussi :Covid-19 :entre inquiétudes et espoir

Le projet, qui mobilisera un investissement global de l’ordre de 500 millions de dollars, vise à démarrer à court terme la production avec une capacité de 5 millions de doses par mois, avant de démultiplier progressivement cette capacité à moyen terme. L’objectif premier est de développer des vaccins « made in Morocco »et assurer l’autosuffisance du pays tout en approvisionnant le continent africain.

Contacté par LeBrief, Abdelmajid Belaiche, analyste et expert des marchés pharmaceutiques souligne que le royaume vit un moment historique : «Le Maroc dispose des ressources humaines compétentes, d’unités industrielles très développées et de la volonté d’investir lourdement dans ce projet», souligne notre interlocuteur qui souligne néanmoins que ceci ne se met pas en place du jour au lendemain et qu’il va falloir être patient avant d’assister aux premiers résultats : «Les premiers vaccins made in Morocco ne seront disponibles que d’ici une année au minimum», juge Abdemajid Belaiche.

L’expert nous explique qu’il y a tellement de tests à faire dans la fabrication de vaccins qu’il est difficile de donner une date pour la disponibilité de ce vaccin. Selon l’analyste des marchés pharmaceutiques, les incertitudes autour de cette pandémie maintiennent le flou autour des recherches scientifiques «C’est un domaine dont on connaît si peu de choses, et en deux années, il n’y a jamais eu autant de découvertes scientifiques en la matière. Bien malin est celui qui peut dire comment évoluera cette pandémie. Peut-être qu’on s’en débarrassera en 2022, peut-être qu’elle reviendra de manière cyclique comme une grippe. On n’en sait rien», souligne Belaiche.

Lire aussi :Vaccination anti-Covid-19 : les personnes de 35 à 40 ans désormais incluses

Pour sa part, Samir Machour, vice-président de Samsung Biologics et expert international en biotechnologie industrielle souligne que la vision s’articule autour de trois étapes importantes. La première étape est une phase d’urgence, qui démarrera immédiatement. Dr Machour soutient que cette étapepermettra au Maroc d’utiliser la capacité de remplissage en flacons ou en seringues préremplies déjà existantes dans le pays (usine Ain Aouda… etc), précisant que cette phase consiste plus spécifiquement à enclencher une coopération technique entre Sinopharm et la société Sothema.

La deuxième phase consiste à créer en partenariat avec la société Recipharm (5e fabricant de médicaments dans le monde), un site de production de vaccins et de biothérapies ayant un niveau qualitatif et des standards réglementaires reconnus mondialement. La troisième et dernière étape porte sur la création des conditions à même de permettre au Maroc de faire partie des grands de ce monde, reconnu comme plateforme sérieuse et crédible de développement et de production de vaccins et biothérapies vrac et produits finis, a-t-il ajouté.

L’Égypte a démarré sa production du vaccin Sinovac, l’Algérie prévoit une production Sputnik V en septembre

Le 29 juin dernier, l’Égypte a produit 300.000 doses du vaccin Sinovac. L’Égypte est le premier pays sur le continent à concrétiser cet objectif. Mis à part le Maroc qui a exprimé officiellement sa volonté de produire des vaccins ce lundi, l’Afrique du Sud, le Sénégal et la Tunisie ont annoncé des projets similaires. Pour sa part, l’Algérie avait fait savoir qu’elle produirait le vaccin russe à partir de septembre 2021. Une information que Abdelmajid Belaiche a du mal à croire : «Il y a beaucoup d’intox et de désinformation à ce sujet. L’Algérie vit une grande crise économique et politique. Ils sont en train de prétendre qu’ils seront prêts à le faire en septembre, c’est juste impossible de mettre en place une fabrication en l’espace de deux mois. Il ne suffit pas de vouloir, il faut être capable de travailler dur avec les partenaires», souligne Abdelmajid Belaiche.

Ce challenge lancé par plusieurs pays réussira-t-il à mettre fin aux maux du continent africain? À titre d’info, plus d’un an et demi aprèsl’apparition de la Covid-19, l’Afrique ne représente pas plus de 2% du total des doses vaccinales administrées dans le monde (3,2 milliards de doses).

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