Témoignage 2025, quand la planète a brûlé et que le masque est tombé
Tribune
Mohammed TafraoutiActiviste environnemental, spécialiste des questions oasiennes et du développement durable
Quel sens peut avoir la défense de la nature si l’être humain lui-même est effacé de l’équation ? C’est un cri lancé à la face d’un monde qui a perdu sa boussole morale. Car l’environnement ne commence pas avec les arbres et ne s’achève pas avec les autres formes de vie, il commence par l’être humain lui-même. Tout discours environnemental qui ignore l’extermination, la faim et la privation forcée perd sa substance et se transforme en un exercice technique froid, détaché du cœur même de la justice et de la dignité humaine.
Comment les mots peuvent-ils rester cohérents lorsque nous réclamons la protection des tortues, des poissons et des forêts, tandis que des enfants sont privés de leurs droits les plus élémentaires à l’eau, à la nourriture et à la chaleur ? Comment défendre la mer contre la pollution alors que les villes sont bombardées, les sols empoisonnés et les populations assiégées jusqu’à leur dernier souffle ?
L’année 2025 n’a pas été un simple repère sur le calendrier mondial. Elle n’est pas seulement arrivée chargée de catastrophes climatiques et de déséquilibres environnementaux accumulés, elle a aussi porté en elle de profondes interrogations éthiques sur le sens de la protection de l’environnement dans un monde qui continue de justifier la destruction simultanée de l’homme et de la nature. En 2025, la Terre a semblé envoyer une succession de signaux d’alarme. Des vagues de chaleur record, des sécheresses étouffantes sur de vastes territoires, des inondations dévastatrices, des incendies de forêts dévorant la biodiversité, et un recul inquiétant de la capacité des écosystèmes à se régénérer. Malgré ce tableau sombre, le discours environnemental international est resté prisonnier des conférences et des déclarations, incapable de transformer les engagements en actions concrètes.
Ce qui rend toutefois 2025 exceptionnelle, voire choquante, c’est que la destruction n’a pas été uniquement le fait du climat, mais aussi celui de l’être humain.
Gaza, quand la guerre devient un crime environnemental
Au cœur de cette année éprouvante, la guerre à Gaza a constitué l’une des images les plus effroyables de l’effondrement du lien entre l’être humain et son environnement. La destruction y a été à la fois humaine et profondément environnementale. Dévastation massive des sols agricoles, pollution des sources d’eau, érosion du littoral, asphyxie de l’air et effondrement d’un système écologique entier qui abritait des millions de personnes. Ce qui s’est produit à Gaza pose une question fondamentale au discours environnemental mondial. Comment parler de durabilité, de justice climatique et de protection des ressources alors que l’environnement lui-même est utilisé comme arme de guerre ? Comment défendre la planète tout en gardant le silence face à la destruction délibérée de l’être humain et de la terre à la fois ? L’environnement n’est pas détruit uniquement par les émissions et le réchauffement climatique, il l’est aussi par les bombardements, les sièges, les déplacements forcés et la privation des droits fondamentaux à l’eau, à la nourriture et à un air sain.
La duplicité du discours environnemental mondial
L’année 2025 a révélé avec une clarté troublante une profonde duplicité du discours international. Une rigueur extrême est imposée aux pays vulnérables en matière d’engagements environnementaux, tandis qu’une indulgence, voire un silence complice, prévaut lorsqu’il s’agit de crimes environnementaux liés aux conflits armés. Comme si la protection de la nature pouvait être fragmentée, sélectionnée et soumise aux rapports de force plutôt qu’aux principes de justice. Défendre l’environnement sans défendre l’être humain n’est rien d’autre qu’un discours technique dépourvu d’âme. La justice environnementale commence par la reconnaissance du droit à un environnement sain comme un droit humain indivisible et non politisable.
Le Maroc et la Méditerranée, une vulnérabilité partagée et une responsabilité accrue
Ni le Maroc ni le bassin méditerranéen n’ont été épargnés par la dureté de l’année 2025. Les mutations climatiques accélérées ont mis en lumière la fragilité de cet espace vital, considéré comme l’une des régions du monde les plus affectées par le réchauffement climatique. La succession des années de sécheresse, la pression croissante sur les ressources en eau, le recul de la production agricole et la menace qui pèse sur les écosystèmes côtiers sont autant d’indicateurs confirmant que la Méditerranée est devenue un foyer d’alerte précoce pour ce qui pourrait toucher des régions bien plus vastes du globe. Au Maroc, les effets du changement climatique se sont entremêlés aux contraintes du développement, faisant de la gestion de l’eau, de la protection des sols et de la préservation des forêts et de la biodiversité des défis quotidiens qui ne supportent plus aucun report. Malgré les efforts déployés et les stratégies adoptées, l’enjeu réel demeure le passage d’une logique de gestion conjoncturelle à une logique de résilience environnementale à long terme, fondée sur la justice territoriale, l’implication des communautés locales et l’articulation des politiques environnementales avec la dimension sociale et humaine.
Quant à la mer Méditerranée, cet espace commun entre deux rives inégales, elle a continué en 2025 de payer le prix de la pollution, de la surpêche et de l’urbanisation incontrôlée, auxquels se sont ajoutées des tensions géopolitiques reléguant l’environnement au dernier rang des priorités. Cela impose une nouvelle approche méditerranéenne qui redonne à l’environnement son rôle de pont pour la coopération et la paix, et non celui de victime silencieuse des conflits.
Message à notre lecteur
Cet article n’est pas un simple inventaire chronologique de ce qui s’est produit en 2025, mais le témoignage d’une année. Le témoignage d’un constat clair, la planète ne peut plus supporter davantage de reports, davantage de silences, ni davantage de séparations artificielles entre les causes environnementales et les causes humaines. L’environnement n’est ni un luxe intellectuel ni un dossier secondaire, il est au cœur même du combat pour la dignité humaine. Tout discours sur un avenir vert qui ne passe pas par la paix et la justice restera une promesse différée.
Vers 2026, avec un espoir conditionné
Nous entrons dans une nouvelle année sans optimisme naïf et sans pessimisme paralysant. Nous y entrons avec une conscience plus aiguë que la protection de la Terre commence par la protection de l’être humain, et que la planète ne sera pas sauvée par des déclarations seules, mais par le courage moral et par le recentrage des valeurs au cœur des politiques environnementales. C’est à cette condition seulement que l’espoir pourra retrouver son sens.
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