Rester fidèles à ceux qui nous ont quittés et réhabiliter nos cimetières

Rester fidèles à ceux qui sont morts, ce n’est pas s’enfermer dans la douleur, le regret ou les souvenirs. C’est plutôt contribuer à faire descendre leur âme sur terre pour qu’elle nous guide. Se remémorer les visages de femmes et d’hommes dignes, ayant participé à de nombreuses batailles : d’abord celles de l’indépendance et de l’intégrité territoriale de notre pays, puis celles de son développement. Et surtout transmettre leurs actes et leurs pensées aux nouvelles générations, car tant de sagesse dans leur manière de concevoir la vie nous fait aujourd’hui défaut.

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Tribune

Dr Mustapha Merouane

Médecin-chirurgien et journaliste

Temps de lecture : Publié le 15/10/2025 à 15:17
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Il nous restera d’eux ce qu’ils ont donné, transmis, et qu’ils n’ont pas voulu garder dans des greniers suspendus ou dans des « mémoires soumises à l’oubli », celui du temps et des hommes victimes de leur perfidie. Il restera d’eux ce qu’ils ont souffert pour la liberté de leur pays, pour marquer un nouveau départ, pour rendre le sourire à ceux qui perdent espoir. Il restera d’eux ce qu’ils ont semé et qu’ils n’ont jamais refusé aux mendiants du bonheur.

Ceux qui nous ont quittés ne sont plus sous l’amas de terre où nous les avons enterrés. Leur âme est montée au ciel et habite les étoiles et les cieux de l’ultime éternité. Chaque soir, ils nous regardent, espérant que nous levions la tête pour ranimer le souvenir ou simplement rire : rire des souvenirs partagés, des occasions ratées, ou de nous-mêmes, pour les leçons données et non apprises. Ceux qui nous ont précédés ne sont pas partis : ils sont juste dans la pièce d’à-côté. Nous devons toujours nous souvenir d’eux, rire avec eux comme nous l’avons toujours fait, et surtout leur réserver la meilleure place, comme jadis, en nous levant par respect et en leur offrant notre main pour qu’ils s’installent au meilleur endroit de la pièce.

Il est temps d’honorer leur mémoire comme un dernier signe avant de les rejoindre dans la pièce d’à-côté. Leurs sépulcres sur terre doivent refléter l’ordre et l’éclat des étoiles. Car mourir n’est qu’un processus naturel que nous devrions accepter avec bonheur et lucidité. Ceux qui nous ont quittés seront ravis que l’on se souvienne d’eux, non pas individuellement, mais collectivement, car ils appartiennent désormais à la mémoire de leur région, de leur pays et de l’humanité tout entière.

Comme le rappelle le Très-Haut :

Laissez-vous guider par l’humilité et le respect ; Allah n’aime pas tout arrogant et vaniteux

[Sourate Al-Hadid, 57:23]

L’état des cimetières et l’engagement citoyen

Face à cette mémoire à honorer, un collectif de personnes impliquées dans le domaine social a rallumé le flambeau de l’association « Ahl Alkhair », dédiée à l’entretien des cimetières de la ville de Zaouiat Cheikh, dans la province de Béni Mellal. Créer une telle association est un acte courageux, car il admet notre propre finitude et contribue à inculquer aux jeunes générations le devoir de mémoire envers leurs prédécesseurs.

L’objectif principal de l’association est de redonner aux cimetières un aspect respectable et respectueux de toutes les personnes inhumées, sans distinction de rang social. Lors de l’enterrement d’un ami récemment décédé, j’ai pu constater l’état de délabrement des cimetières de notre ville : il est souvent impossible de circuler sans marcher sur d’autres tombes, grimper sur des piédestaux ou enjambant des sépulcres. Les allées sont envahies par la végétation sauvage, servant d’abri à des reptiles, des animaux et des insectes de tout genre. Certaines tombes sont anonymes et creusées à la hâte, alors que la vie de ces êtres n’était qu’une parenthèse qu’i fallait refermer avec dignité.

Rester fidèles à ceux qui nous ont quittés et réhabiliter nos cimetières
Un modèle tombal esthétique et uniforme, et un engagement solidaire de la société civile, sont les garants d’une inhumation dans la dignité © DR

La situation de nos cimetières reflète le manque de vision stratégique dans la planification urbaine : ces espaces, conçus pour la mémoire et la piété, deviennent souvent des terrains vagues, insalubres et dangereux pour les visiteurs.

De nombreux citoyens se plaignent de ces lieux de recueillement : déchets, mauvaises herbes, bouteilles et autres détritus agressent le visiteur au lieu de lui offrir la quiétude.
Principes et propositions pour l’avenir :
Nos cimetières doivent refléter la bonté du cœur et le respect envers tous les défunts et devraient :
–       Être accessibles et sécurisés avec des allées pour marcher dignement.
–       Offrir un modèle esthétique et uniforme des tombes.
–       Introduire de la verdure, des arbres, un éclairage respectueux de l’environnement, des points d’eau et des bancs de repos pour les personnes âgées.
–       Garantir des conditions d’hygiène et de sécurité conformes aux règles et respecter le droit des familles.

Cadre légal et responsabilité :
L’état de délabrement découle souvent de la multiplicité et du manque de coordination des intervenants. La loi organique n°113-14 stipule : « La commune doit créer et entretenir les cimetières ». Cependant, un plan lancé en 2015 par le ministère de l’Intérieur, doté de 700 millions de dirhams, n’a pas donné les résultats escomptés. Une note circulaire du 19 février 2008 (n°A/08/00038/C) rappelle l’importance de la gestion coordonnée des cimetières.

–       Définir l’assiette foncière pour les cimetières, en tenant compte de la croissance démographique et de l’exode rural.
–       Réhabiliter les anciens cimetières, parfois cernés par des habitations.
–       Impliquer et encadrer la société civile dans la gestion et l’entretien.
–       Appliquer les règles de sécurité, d’hygiène et de respect des défunts.
–       Renforcer le rôle de police des cimetières par les autorités locales (Dahir n°986-68, 1969).
Comparativement à d’autres pays, nos nécropoles doivent garantir un enterrement digne et offrir un espace de recueillement accessible, sûr et agréable pour les proches.

Actions et perspectives :
L’association « Alkhair » a organisé une visite des cimetières le 23 septembre 2025, pour cibler les actions à mener à court, moyen et long terme. L’ampleur des travaux dépendra des moyens disponibles et de l’engagement des membres et des forces vives de la ville.
Un débat public sur les lois et réglementations régissant les cimetières est nécessaire pour permettre à la société civile d’agir efficacement et en toute quiétude.

Au préalable, un débat public sur les lois et réglementations régissant les cimetières est nécessaire pour permettre à la société civile d’agir efficacement et en toute quiétude.

Cimetières : n’oublions pas nos morts

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