TPME : une politique d’investissement taillée à leur mesure ?

Avatar de Sabrina El Faiz
Temps de lecture :

TPME : une politique d’investissement taillée à leur mesure ?Le ministre délégué chargé de l’Investissement, de la Convergence et de l’Évaluation des politiques publiques, Karim Zidane et le président de la CGEM, Chakib Alj, le 11 mars 2025 © LeBrief

A
A
A
A
A

L’investissement ne saurait se concevoir sans les très petites, petites et moyennes entreprises (TPME). Longtemps reléguées au second plan, ces structures, qui composent tout de même près de 95% du tissu entrepreneurial national, font enfin l’objet d’une attention particulière. La mise en œuvre d’un dispositif spécifique dans le cadre de la nouvelle Charte de l’investissement, dévoilé ce mardi 11 mars au siège de la CGEM à Casablanca, met le doigt sur un changement attendu depuis longtemps.

Le constat ne date pas d’hier. Dans un pays où l’accès au crédit reste un casse-tête pour une majorité d’entreprises (seules 17% des TPE y accèdent, contre 35% dans des économies comparables), le besoin d’un cadre rassurant, adapté aux petites structures, se fait de plus en plus pressant. La Charte de l’investissement, dans son premier volet, avait déjà permis l’approbation de 326 milliards de dirhams de projets entre 2022 et 2024, mais l’essentiel de ces investissements était porté par de grandes entités privées ou publiques, notamment dans les filières industrielles lourdes ou les projets dits « stratégiques » sur le long terme.

Dans son discours d’ouverture du Conseil d’administration de la CGEM, le président de l’institution, Chakib Alj, a planté le décor : « L’élargissement du dispositif de la charte d’investissement aux TPME, que nous attendons avec impatience à la CGEM, devrait aussi permettre d’amplifier cette dynamique. Nous espérons que le mécanisme adopté et l’enveloppe qui y sera consacrée pourront renforcer la résilience de notre tissu de TPME, pierre angulaire de notre économie ». De son côté, le ministre délégué chargé de l’Investissement, Karim Zidane, invité à l’occasion du CA, a livré une présentation détaillant la mécanique de ce nouveau plan d’accompagnement ciblé, pensé pour revitaliser la colonne vertébrale de l’économie réelle !

Lire aussi : TPME, CRI, CRUI : la feuille de route du gouvernement dévoilée à la CGEM

Dès lors, la création d’un dispositif TPME, officiellement intégré dans l’architecture juridique de la Charte de l’investissement via un décret-loi adopté fin février, ne représente pas qu’un ajustement technique : c’est avant tout une tentative de rééquilibrage de la politique d’investissement. Cela devrait logiquement mener vers plus d’inclusivité territoriale, et donc, plus d’emploi.

Parlons petits investissements

Concrètement, ce nouveau mécanisme cible les entreprises dont le chiffre d’affaires se situe entre 1 et 200 millions de dirhams, pour des projets d’investissement compris entre 1 et 50 millions de dirhams. Alors, le mot petit investissement, est tout à fait relatif ! Un seuil bas qui vise justement à démocratiser l’acte d’investir, là où les mécanismes classiques restaient souvent inaccessibles aux petites structures.

L’un des points forts du dispositif abordé par Zidane est sa gouvernance régionalisée. Les projets seront désormais pilotés au niveau des Centres Régionaux d’Investissement (CRI), avec l’appui des Commissions Régionales Unifiées d’Investissement (CRUI).

De plus, l’obligation pour l’investisseur de financer au moins 10% du projet en fonds propres ancre le dispositif dans une logique de responsabilisation entrepreneuriale, sans pour autant le rendre dissuasif. À noter également que les filières éligibles seront définies en concertation avec les départements sectoriels, permettant ainsi une meilleure cohérence avec les priorités nationales.

Lire aussi : CGEM : Fouzi Lekjaa revient sur la coopération gouvernement-secteur privé

L’élément peut-être le plus stratégique du dispositif est bien sûr le potentiel de création d’emplois stables, à l’heure où le gouvernement ambitionne de ramener le chômage sous la barre des 9% à l’horizon 2030. Une enveloppe de 15 milliards de dirhams a d’ailleurs été consacrée à cette nouvelle politique, dont 12 milliards directement fléchés vers le soutien à l’investissement TPME, révèle Karim Zidane.

Derrière l’ambition apparente

Mais la trajectoire esquissée ne sera pas sans embûches. Il reste beaucoup à faire pour simplifier réellement le parcours de l’investisseur. Si la volonté de remplacer 80% des autorisations par des cahiers des charges contrôlés a posteriori est saluée, la lenteur administrative, la complexité des procédures et le manque de coordination interinstitutionnelle continuent d’entraver la fluidité de l’investissement.

Par ailleurs, la question de la formation professionnelle demeure un talon d’Achille. Seulement 1% des entreprises marocaines bénéficient actuellement d’une formation continue, selon les chiffres évoqués par la CGEM. Or, sans une montée en compétences du capital humain, les TPME resteront confinées à des activités à faible valeur ajoutée.

Enfin, l’accès au financement hors circuit bancaire classique, via les fonds d’investissement ou les marchés financiers, reste embryonnaire. La bourse ou les fonds de private equity restent encore perçus comme des voies d’élite, alors qu’ils devraient au contraire devenir des relais naturels de croissance pour les PME.

C’est à ce prix que le Maroc pourra réellement faire émerger une génération d’entrepreneurs régionaux, capables de créer de l’emploi local et de porter une vision plus résiliente de la croissance. L’investissement productif ne saurait rester l’apanage des grands groupes. Il doit devenir une ambition collective.

Dernier articles
Les articles les plus lu
États-Unis : le Congrès notifié d’un projet de vente de missiles Stinger au Maroc

Économie - Les États-Unis enclenchent une nouvelle étape de coopération militaire avec le Maroc en notifiant le Congrès d’un projet de cession de missiles Stinger.

Ilyasse Rhamir - 12 janvier 2026
Soldes d’hiver 2026 : les Marocains consomment moins, mais mieux

Économie - Cette année, les soldes d’hiver révèlent un changement d’attitude : moins d’impulsivité, plus de décisions stratégiques.

Hajar Toufik - 12 janvier 2026
Intelligence artificielle et mobilité verte : les enjeux au cœur du WAM Morocco

Le Maroc lance WAM Morocco à Casablanca pour devenir un hub régional de l’industrie 4.0 et de la mobilité du futur.

Wissal Bendardka (stagiaire) - 12 janvier 2026
Bank Al-Maghrib : plusieurs billets retirés de la circulation dès 2026

Économie - Bank Al-Maghrib annonce le retrait de certaines anciennes coupures dès le 1er janvier 2026, avec possibilité d’échange jusqu’au 31 décembre 2030.

Rédaction LeBrief - 12 janvier 2026
Le Stade Prince Moulay Abdellah : une vitrine monumentale pour le tourisme marocain

Rabat s’illumine avec la campagne « Maroc, Terre de Lumière », transformant le Stade Prince Moulay Abdellah en vitrine touristique et technologique du Royaume.

Wissal Bendardka (stagiaire) - 12 janvier 2026
Hassan Ouriagli, PDG d’Al Mada, s’est éteint à Paris

Économie-Hassan Ouriagli, président-directeur général d’Al Mada, est décédé samedi après-midi à Paris, des suites d’une embolie pulmonaire.

Rédaction LeBrief - 11 janvier 2026
Voir plus
Visa Schengen : le cauchemar européen à prix d’or

Dossier - Entre les délais interminables, les coûts exorbitants et les parcours semés d’embûches, obtenir un visa Schengen c’est devenu…

Sabrina El Faiz - 26 juillet 2025
Coût, impact… tout savoir sur la nouvelle LGV Kénitra-Marrakech

Économie - Le Maroc lance l’extension de sa LGV vers Marrakech, un projet structurant qui transformera durablement la mobilité, l’économie et la connectivité entre les grandes villes.

Hajar Toufik - 25 avril 2025
Où en est l’avancement du gazoduc Nigeria-Maroc ?

Économie - Le projet de gazoduc Nigeria-Maroc progresse : 13 pays engagés, signature intergouvernementale à venir et lancement d’un premier tronçon entre Nador et Dakhla.

Hajar Toufik - 14 juillet 2025
BTP : le Maroc bétonne ses règles

Dossier - Pas d’attestation, pas de chantier. C’est simple, non ? Pas de couverture décennale, pas de livraison. N'y réfléchissons pas trop !

Sabrina El Faiz - 19 juillet 2025
Régions : qui profite vraiment du Maroc des grands chantiers ?

Économie - Le Maroc construit partout, mais se développe-t-il partout ? Analyse région par région…

Sabrina El Faiz - 25 octobre 2025
Indemnités CNSS 2025 : nouveaux plafonds et conditions d’exonération

Économie - Un arrêté du 19 mai 2025 redéfinit les règles d’exonération des indemnités liées au transport, à la représentation ou aux aides sociales. La CNSS est désormais dotée d’un cadre harmonisé avec la fiscalité, garantissant plus de clarté pour les employeurs.

Ilyasse Rhamir - 20 octobre 2025
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire