Tomates : le Maroc part à la conquête de nouveaux marchés

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Tomates : le Maroc part à la conquête de nouveaux marchésTomates. © DR

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Fortement dépendante des marchés européens, la filière marocaine de la tomate amorce un tournant stratégique. Avec une nouvelle subvention destinée aux exportations vers des destinations hors Union européenne et Royaume-Uni, Rabat veut encourager la diversification des débouchés et consolider la croissance de l’un des secteurs agricoles les plus dynamiques du pays.

Troisième exportateur mondial de tomates derrière le Mexique et les Pays-Bas, le Maroc cherche aujourd’hui à redéfinir la géographie de ses débouchés. Alors que l’essentiel des expéditions de la filière est dirigé vers l’Union européenne et le Royaume-Uni, les autorités marocaines souhaitent désormais encourager une diversification des marchés afin de limiter les risques liés à cette forte dépendance commerciale.

Dans cette perspective, un nouveau dispositif d’appui aux exportations agricoles vient d’être mis en place par le gouvernement. Publié au Bulletin officiel le 5 mars, l’arrêté prévoit l’octroi d’une subvention de 750 dirhams par tonne pour les volumes de tomates fraîches exportés vers des destinations situées en dehors de l’Union européenne et du Royaume-Uni. Cette mesure vise à stimuler la conquête de nouveaux marchés, notamment en Afrique et dans d’autres régions du monde.

Lire aussi : Exportations vers l’UE : pas de suspension pour les tomates cerises marocaines

Une incitation ciblée sur la croissance des exportations

Le mécanisme d’aide repose sur une logique d’incitation à la performance. La subvention ne concerne pas l’ensemble des exportations, mais uniquement les volumes supplémentaires réalisés au-delà d’un seuil de référence. Celui-ci correspond à la moyenne des expéditions enregistrées entre septembre 2010 et août 2020.

Concrètement, seules les quantités exportées au-delà de ce niveau historique pourront bénéficier de l’aide financière. L’objectif est d’encourager une expansion réelle des ventes sur de nouveaux marchés plutôt que de soutenir des flux commerciaux déjà bien établis.

La mesure concerne les exportations réalisées par voie maritime ou terrestre vers des destinations situées hors du périmètre européen et britannique. Elle ouvre donc la porte à un renforcement des échanges avec les marchés africains, mais aussi avec certaines régions d’Asie ou du Moyen-Orient.

Cette orientation s’inscrit dans une stratégie plus large visant à consolider la résilience du secteur agricole marocain face aux fluctuations des marchés internationaux.

Une dépendance marquée vis-à-vis de l’Europe

Aujourd’hui, la filière tomate marocaine reste très dépendante du marché européen. Selon les données compilées sur la plateforme Trade Map, le Maroc a exporté environ 767 347 tonnes de tomates fraîches en 2024, pour une valeur totale estimée à 1,15 milliard de dollars.

L’Union européenne a absorbé à elle seule 75,6% de ces volumes, tandis que le Royaume-Uni en a représenté près de 16,6%. Autrement dit, plus de neuf tomates marocaines exportées sur dix sont destinées à ces deux marchés.

Cette forte concentration des débouchés a permis au Maroc de s’imposer comme le premier fournisseur de tomates de l’Union européenne parmi les pays tiers, mais aussi comme un acteur majeur sur le marché britannique.

Si cette position témoigne de la compétitivité de la filière marocaine, elle expose également le pays aux tensions commerciales et aux évolutions réglementaires pouvant affecter l’accès à ces marchés.

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Des tensions croissantes avec les producteurs européens

La montée en puissance des exportations marocaines suscite depuis plusieurs années des critiques de la part de certains producteurs européens. Sur le marché français, qui constitue l’un des principaux points d’entrée des tomates marocaines en Europe, plusieurs organisations agricoles dénoncent régulièrement ce qu’elles considèrent comme une concurrence jugée déloyale.

Ces acteurs pointent notamment du doigt des questions liées à l’étiquetage des produits ou aux conditions de production. Les producteurs marocains sont parfois accusés de bénéficier d’avantages compétitifs qui déséquilibreraient la concurrence sur le marché européen.

En Espagne, la Coordination des organisations d’agriculteurs et d’éleveurs (COAG) a également multiplié les critiques ces dernières années. L’organisation affirme que certaines exportations marocaines vers l’Union européenne feraient l’objet d’irrégularités fiscales.

À ce jour, aucune preuve formelle n’est toutefois venue confirmer ces accusations. Malgré cela, les tensions restent vives au sein du secteur agricole européen.

Une mobilisation du secteur agricole européen

Les préoccupations des producteurs européens se sont récemment manifestées lors d’une rencontre organisée les 10 et 11 février 2026 à Torres Vedras, au Portugal. Des représentants du secteur agricole issus d’Espagne, de France, d’Italie et du Portugal y ont discuté de l’impact des importations de fruits et légumes provenant de pays tiers, dont le Maroc.

À l’issue de cette réunion, les participants ont appelé à une plus grande réciprocité dans les accords commerciaux conclus entre l’Union européenne et ses partenaires. Ils dénoncent notamment les concessions commerciales accordées aux produits agricoles marocains, qu’ils jugent défavorables aux producteurs européens.

Ces critiques reflètent un climat de compétition croissante sur le marché européen des fruits et légumes, où la question de la compétitivité et des normes commerciales occupe une place centrale.

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La diversification comme stratégie d’avenir

Dans ce contexte, la diversification des marchés apparaît comme une stratégie clé pour sécuriser l’avenir de la filière tomate marocaine. En réduisant sa dépendance vis-à-vis du marché européen, le Maroc pourrait limiter l’impact d’éventuelles restrictions commerciales ou de tensions politiques.

Les marchés africains représentent à cet égard un potentiel de croissance important, porté par l’urbanisation rapide et l’augmentation de la demande alimentaire. D’autres régions du monde pourraient également offrir de nouvelles opportunités pour les exportateurs marocains.

L’introduction de cette subvention constitue ainsi un signal clair envoyé aux opérateurs du secteur. En encourageant l’exploration de nouveaux débouchés, les autorités marocaines cherchent à consolider la position internationale du pays tout en renforçant la résilience de l’une de ses filières agricoles les plus dynamiques.

À terme, cette stratégie pourrait permettre au Maroc de maintenir sa place parmi les leaders mondiaux du commerce de la tomate, tout en rééquilibrant progressivement la répartition géographique de ses exportations.

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Un commentaire

  1. Merci pour les efforts fournis dans la rédaction de cet article.
    Cependant, votre article manque de pertinence et de remise em cause et d’analyse réelle économique.
    Vendre de la tomate brute n’a vraiment rien de stratégique loiiiiin de la…
    La vraie valeur ajoutée réside dans sa transformation : création de produits dérivés, la chaîne de valeur créée, emplois, outils technologiques utilisés, recherches et développements pour concurrencer à l’international. En aucun cas, vendre à bas prix ne positionne pas un pays comme leader !
    Des pays comme l’Espagne l’ont compris, mais l’exemple le plus marquant reste les Pays-Bas. Malgré une surface agricole limitée, ils sont le deuxième exportateur mondial grâce à une agriculture hautement technologique.
    Quelques chiffres :
    – Plus de 120 milliards d’euros d’exportations agricoles par an
    – Des rendements jusqu’à 10 fois supérieurs grâce aux cultures sous serre
    – Jusqu’à 90 % d’eau économisée via des systèmes avancés

    L’excellence ne réside pas dans le primaire, mais dans l’innovation et la montée en gamme. Le Maroc a le potentiel, mais doit changer d’approche pour créer de la valeur.

    Pensez à pousser le lecteur à douter pour s’améliorer. Aller chercher un marché pour vendre de la tomate ne changera pas l’avenir du Maroc.
    Merci

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