PLF 2027 : comment l’État compte-t-il soutenir le pouvoir d’achat ?

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PLF 2027 : comment l’État compte-t-il soutenir le pouvoir d’achat ?Image d'illustration © DR

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Face aux tensions sur les marchés énergétiques internationaux, le Maroc prévoit de consacrer 19,4 milliards de dirhams à la compensation du gaz butane, du sucre et de la farine nationale de blé tendre en 2027. Cette enveloppe s’inscrit dans la continuité des mesures destinées à préserver le pouvoir d’achat, alors que la hausse des cours pétroliers a alourdi la facture publique en 2026.

La compensation demeure un instrument central de la politique de soutien au pouvoir d’achat au Maroc. Dans le cadre du Projet de loi de finances (PLF) 2027, l’État prévoit de maintenir son intervention sur les prix du gaz butane, du sucre et de la farine nationale de blé tendre, avec une enveloppe budgétaire de 19,4 milliards de dirhams. Cette programmation intervient dans un contexte international marqué par une forte volatilité des cours énergétiques et des perturbations des circuits d’approvisionnement.

Le rapport sur la compensation accompagnant le PLF 2027 met en évidence des évolutions contrastées entre les produits subventionnés. Alors que le renchérissement du gaz butane a entraîné une augmentation de la charge supportée par l’État en 2026, le recul des cours internationaux du sucre a contribué à alléger le coût global de son soutien. Sur le marché céréalier, l’amélioration de la campagne agricole 2025-2026 a favorisé la production nationale, sans supprimer la nécessité de recourir aux importations.

Au-delà des montants inscrits dans les prévisions budgétaires, ces évolutions illustrent la difficulté de maintenir un soutien régulier aux produits de première nécessité tout en maîtrisant les dépenses publiques. Elles mettent également en évidence la dépendance de certains mécanismes de compensation aux conditions des marchés internationaux.

Lire aussi : PLF 2027 : 52.644 postes budgétaires prévus au Maroc

Gaz butane : une facture alourdie par la flambée des cours internationaux

Le gaz butane constitue le principal point de tension dans les dépenses de compensation présentées pour 2026. Entre janvier et août, la charge liée au soutien de ses prix devrait atteindre près de 9 milliards de dirhams, contre 8,6 milliards sur la même période de 2025. Cette progression intervient alors que les marchés énergétiques internationaux ont été fortement perturbés par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient.

Selon le rapport accompagnant le PLF 2027, le cours moyen du Brent s’est établi à environ 91 dollars le baril durant les huit premiers mois de 2026, contre 71 dollars un an auparavant, soit une hausse de 27,2%. Le prix du butane calculé selon la formule marocaine a, pour sa part, progressé de près de 14%, passant de 536 à 611 dollars la tonne en moyenne.

Cette évolution s’est directement répercutée sur le montant de l’aide publique. La subvention moyenne accordée à une bonbonne de gaz butane de 12 kilogrammes a atteint 61,79 dirhams entre janvier et août 2026, contre 53,47 dirhams durant la même période de l’année précédente. L’effort unitaire de l’État a ainsi augmenté d’environ 15,6%.

La pression s’est également accentuée au fil des mois. Le rapport fait état d’une hausse de près de 38% de la charge mensuelle moyenne de compensation, passée d’environ 900 millions de dirhams avant les tensions au Moyen-Orient à près de 1,3 milliard de dirhams sous l’effet de leurs répercussions.

Cette situation illustre la sensibilité du dispositif marocain aux fluctuations des marchés extérieurs. Lorsque les cours augmentent, le maintien du soutien nécessite davantage de ressources budgétaires. L’État a ainsi dû mobiliser des crédits supplémentaires afin de limiter les conséquences de cette évolution sur les consommateurs.

Le rapport souligne que la sécurisation des approvisionnements constitue également une priorité. L’anticipation des besoins, la diversification des sources d’achat et l’amélioration des conditions d’approvisionnement figurent parmi les mesures engagées pour limiter les risques de rupture et contenir les coûts.

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Sucre : le recul des cours allège la charge de compensation

La situation du sucre présente une évolution différente. Alors que les produits énergétiques ont subi une forte hausse des cours, le marché international du sucre brut a enregistré un recul sur la période étudiée. Son prix moyen s’est établi à 352 dollars la tonne entre janvier et août 2026, contre 421 dollars un an auparavant, soit une baisse de 16,4%.

Cette détente a contribué à réduire le coût global du soutien public. Au Maroc, la compensation du sucre repose sur deux mécanismes distincts : une aide à la consommation et un dispositif destiné à couvrir, lorsque cela est nécessaire, l’écart entre le coût d’importation du sucre brut et le prix cible fixé par l’administration.

La subvention forfaitaire à la consommation demeure fixée à 3,67 dirhams par kilogramme. Pour la période allant de janvier à août 2026, la charge correspondante devrait atteindre environ 2,7 milliards de dirhams, soit un recul de 10,8% par rapport à la même période de l’année précédente.

Le mécanisme relatif aux importations a également évolué. Selon le rapport, les conditions du marché ont permis d’envisager une restitution au profit de l’État de 700 millions de dirhams au titre des importations de sucre brut sur les huit premiers mois de 2026. Cette situation contraste avec les années précédentes, durant lesquelles les fluctuations des cours avaient entraîné des dépenses importantes pour soutenir les importations.

Au total, la charge nette associée au soutien du sucre raffiné et du sucre brut pourrait s’établir à 2 milliards de dirhams sur la période janvier-août 2026, contre 3,3 milliards un an auparavant. Le recul atteindrait ainsi près de 39%.

La production nationale contribue également à l’évolution de ce marché. L’amélioration des conditions climatiques durant la campagne agricole 2025-2026 a favorisé le redressement de la production sucrière, ce qui a permis de limiter le recours aux importations. Le taux de couverture de la consommation nationale par les importations devrait néanmoins rester élevé, à 76% en 2026, contre 77% en 2025.

Ces résultats montrent que la charge de compensation ne dépend pas uniquement du niveau des subventions accordées aux consommateurs. Elle est aussi influencée par la production nationale, les besoins d’importation et les cours internationaux.

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Blé tendre : une meilleure récolte, mais des besoins d’importation persistants

Le marché céréalier bénéficie, lui aussi, d’une conjoncture nationale plus favorable. Les précipitations enregistrées pendant la campagne agricole 2025-2026 ont contribué à améliorer les récoltes, notamment celle du blé tendre, utilisé dans la fabrication de la farine et du pain.

À la fin du mois d’août 2026, la collecte de blé tendre national par les opérateurs de la filière avait atteint près de 6,5 millions de quintaux. Pour encourager la commercialisation de la récolte et renforcer les capacités de stockage, les autorités ont mis en place un dispositif piloté par l’Office national interprofessionnel des céréales et des légumineuses (ONICL).

Ce mécanisme prévoit notamment un prix référentiel cible de 280 dirhams le quintal pour le blé tendre national répondant aux normes de qualité en vigueur. Il comprend également des primes de stockage destinées à inciter les opérateurs à collecter la production locale et à constituer des réserves stratégiques.

L’amélioration de la récolte n’a toutefois pas supprimé la dépendance du Maroc aux marchés extérieurs. Durant la campagne 2025-2026, les importations des principales céréales ont atteint environ 105,69 millions de quintaux, en progression de près de 7% par rapport à la campagne précédente.

Le blé tendre représentait 51 millions de quintaux, soit près de 48% de l’ensemble des importations céréalières. Le maïs arrivait en deuxième position, avec 36,7 millions de quintaux, notamment en raison de son utilisation dans l’alimentation animale.

Sur le plan budgétaire, la charge globale liée au soutien du blé tendre importé et de la farine nationale de blé tendre s’est établie à environ 800 millions de dirhams entre janvier et août 2026, en baisse de 16,8% sur un an. Le soutien à la farine nationale, qui comprend notamment la prise en charge de frais de stockage et de magasinage, devrait représenter près de 800 millions de dirhams sur cette période.

Le recul des cours internationaux a également permis de maintenir le prix de revient du blé tendre importé en dessous du seuil cible de 270 dirhams le quintal. Le mécanisme de restitution à l’importation n’a donc pas été nécessaire durant les huit premiers mois de l’année.

La situation reste néanmoins dépendante de facteurs extérieurs, notamment des coûts de transport, de l’énergie et de la logistique. Le maintien d’une production nationale satisfaisante et la constitution de stocks apparaissent ainsi essentiels pour limiter l’exposition du marché aux fluctuations internationales.

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Transport routier : 2,488 milliards de DH mobilisés en 2026

Au-delà des produits directement concernés par la compensation, le gouvernement a réactivé en 2026 le dispositif exceptionnel de soutien aux professionnels du transport routier. Cette mesure répond à la hausse des prix du gasoil, qui pèse sur les coûts d’exploitation des transporteurs.

Entre janvier et septembre 2026, le montant global mobilisé en faveur du secteur a atteint 2,488 milliards de dirhams. L’objectif affiché est d’atténuer les effets de la hausse des carburants sur les entreprises de transport et de limiter sa répercussion sur les tarifs appliqués aux marchandises et aux voyageurs.

Le gouvernement a également poursuivi le soutien des prix de certains produits alimentaires au profit des populations des provinces du Sud. Cette intervention a représenté 64 millions de dirhams au titre des huit premiers mois de 2026.

Ces mesures complémentaires traduisent une approche qui dépasse le seul soutien aux prix à la consommation. La hausse des coûts énergétiques peut en effet affecter plusieurs secteurs de l’économie, notamment le transport et la distribution, avec des conséquences potentielles sur les prix finaux.

PLF 2027 : maintenir le soutien malgré les contraintes budgétaires

Pour 2027, le gouvernement prévoit une enveloppe de 19,4 milliards de dirhams afin de poursuivre le soutien des prix du gaz butane, du sucre et de la farine nationale de blé tendre.

Cette programmation intervient après l’ouverture de crédits supplémentaires de 8 milliards de dirhams en 2026. Selon le rapport, ces ressources additionnelles ont porté à 21,77 milliards de dirhams le total des crédits ouverts pour la compensation.

L’enjeu consiste à préserver les mécanismes de soutien tout en faisant face à une conjoncture internationale difficile. Les dépenses liées au gaz butane restent particulièrement exposées aux fluctuations des cours pétroliers, tandis que le sucre bénéficie d’une évolution plus favorable des prix mondiaux. Le blé tendre, de son côté, demeure tributaire des résultats des campagnes agricoles et des besoins d’importation.

Le gouvernement entend également renforcer le contrôle des prix et la lutte contre la spéculation, tout en assurant la disponibilité des produits sur le marché national.

Le montant prévu pour 2027 témoigne ainsi de la place maintenue par la compensation dans la politique économique du Royaume. Sa mise en œuvre reste toutefois liée à l’évolution des marchés internationaux et aux besoins de financement des différents dispositifs. Le rapport présente une enveloppe prévisionnelle, qui devra être appréciée au regard de l’exécution budgétaire et de l’évolution des cours au cours des prochains mois.

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