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Palais royaux : les joyaux de la couronne

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Catégorie Politique , Dossiers

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Hauts lieux du pouvoir, les palais royaux font partie de l’histoire et du patrimoine culturel marocains. Suscitant une grande curiosité, les palais, dans leur majorité, sont un héritage de la dynastie alaouite. D’autres ont été édifiés par des sultans de dynasties plus anciennes. Tous sont gérés par le ministère de la Maison royale, du Protocole et de Chancellerie.

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L’histoire monarchique du Maroc est intimement liée à des lieux particuliers qui ont été au centre de la gloire et des pérégrinations de la nation marocaine. On ne peut dissocier le pouvoir politique au Maroc des palais royaux. Dar El Makhzen a évolué au rythme des dynasties qui se sont succédé et des villes impériales choisies comme capitales au fil des siècles. Fès, Marrakech, Meknès et Rabat ont abrité les palais résidentiels des sultans et rois du Maroc. D’autres palais ont été édifiés dans les grandes cités du Nord au Sud comme Tétouan, Tanger, Casablanca et Agadir. Aujourd’hui, le Maroc compte une dizaine de palais royaux.

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Le palais de la capitale

C’est sans conteste le palais le plus filmé et photographié, parce que c’est le cœur battant des activités royales depuis plus d’un siècle. Résidence officielle du sultan Moulay Youssef dès 1912, le Palais royal de Rabat a été construit vers 1864 sur les ruines d’un ancien palais du XVIIe siècle dont l’emplacement est stratégique. Appelé Dar El Makhzen, ce palais a été occupé par feu Mohammed V et sa famille durant le protectorat. Mais après l’indépendance du Maroc, le Souverain s’installa à Dar Essalam, dans les environs de Rabat et ne se rendait au palais que pour les séances de travail ou les cérémonies protocolaires.

 

 

Idem pour feu Hassan II qui préférait séjourner à Souissi ou Skhirat, et pour le roi Mohammed VI qui séjournait à Dar Essalam avant de prendre ses quartiers à son ancienne résidence de Salé.

 

 

Dar El Makhzen et son Méchouar (parvis des festivités) sont protégés par la grande muraille almohade. Ils abritent aussi le Cabinet royal, le Collège royal, la Mosquée Ahl Fès (les Alaouites), la chefferie du gouvernement et le ministère des Habous et des Affaires islamiques. D’inspiration arabo-andalouse, le palais et ses dépendances sont coiffés de toits en bâtière de tuiles vertes et orientés vers de vastes patios. Le palais de Rabat se distingue par sa grande porte de pierre jaune au toit de tuiles vernissées. Durant le règne de feu Hassan II, le Palais royal de Rabat a fait l’objet de plusieurs opérations d’agrandissement. On peut y accéder par plusieurs portes dont la plus célèbre est Bab Essoufara (porte des ambassadeurs), seule porte de la face nord qui permet l’accès au Méchouar depuis le centre-ville.

Quatre corps d’armes s’occupe de la sécurité des palais : la Garde royale, les paras des Forces armées royales (FAR), la Gendarmerie royale et les éléments de la Sûreté nationale.

 

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Les autres palais

Le régime monarchique implique une présence du chef de l’État dans les quatre coins du Royaume. Le Roi doit être au plus proche des citoyens. De ce fait, plusieurs palais sont entretenus en permanence pour accueillir le Souverain à tout moment. «Le trône des Alaouites est sur les selles de leurs chevaux», disait feu Hassan II pour expliquer l’intérêt de ses déplacements fréquents à l’intérieur du pays. Un séjour royal dans une ville est synonyme de renforcement des mesures de sécurité, d’un embellissement des artères, de lancement de nouveaux projets… Une parenthèse enchantée que les habitants des villes du Nord qualifient de bénédiction. À Tanger, le Roi réside au Palais royal niché dans les hauteurs boisées de la capitale du Détroit. Mais c’est au somptueux Palais Marchane disposant d’une vaste esplanade, au cœur de la métropole tangéroise, que le Souverain préside les cérémonies officielles comme celle de la fête du Trône.

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À Tétouan, le Palais royal se trouve à la Place du Feddan dans la médina de la ville, classée patrimoine universel de l’UNESCO. D’une beauté inimaginable, le Palais royal de Tétouan est doté d’une cour verdoyante autour des édifices hispano-mauresques datant du XVIIe siècle. Normal pour le palais de la plus andalouse des villes marocaines.

 

Palais royal de Tétouan

Le Palais royal de Tétouan et son parvis © DR

 

Au centre du pays, c’est la ville de Fès qui abrite le principal palais et l’un des plus grands en termes de superficie. Construit à l’extérieur de la médina par les Mérinides au XIIIe siècle, il a connu plusieurs extensions et rénovations. La dernière grande opération du genre a été opérée pendant le règne de feu Hassan II qui a veillé à l’aménagement de la façade et de l’esplanade des Alaouites en 1968 devant l’entrée dorée du palais. Ce dernier dispose de multiples portes avec des décorations fascinantes grâce aux matériaux nobles utilisés dont ceux des armatures dorées en bronze qui font la singularité de ce palais. Le reflet des lumières pendant la nuit est spectaculaire.

 

Le Palais royal de Fès

Les portes du Palais royal de Fès illuminées en soirée © DR

 

La ville de Meknès n’est pas en reste. Même s’il est très peu utilisé, le palais d’Al Mhancha est un legs du sultan Moulay Ismaïl. Bâti au cœur de la kasbah sur près d’un hectare, il séduit par sa forme rectangulaire. Protégé par un grand rempart, avec son Méchouar et sa place au grand bassin, il renferme des jardins exotiques et des édifices mariant les styles islamique et européen. Les responsables qui ont pris part à des activités officielles dans l’enceinte de ce palais parlent d’un monument style Versailles, du temps de Louis XV.

 

Le Palais royal de Meknès © DR

 

Très appréciée par feu Mohammed V pour sa situation géographique et son climat alpin, la ville d’Ifrane est la plus petite cité du Maroc abritant un palais royal. Très fréquenté du temps de feu Hassan II, le Palais royal d’Ifrane est le plus récent de tous. Il est sorti de terre dans les années 1930. Malgré son architecture montagnarde, ce palais dispose d’installations modernes qui lui ont permis d’accueillir de grands événements internationaux présidés par le roi Mohammed VI.

 

Le Palais royal sur les hauteurs de la petite ville d’Ifrane © DR

 

Direction la côte atlantique où le palais de Skhirat, en bord de mer, a été l’un des plus utilisés par feu Hassan II. Théâtre de la tentative de coup d’État de 1971, c’était malgré tout le palais préféré du défunt monarque. Par contre, le roi Mohammed VI a très peu séjourné dans ce palais depuis son accession au Trône.

Plus au Sud, le Palais royal de Casablanca est aussi de construction récente puisqu’il date du XXe siècle. Dessiné par l’architecte français Forestier dans les années 1920, ce palais a été bâti au cœur de la ville nouvelle (quartier des Habous) dans un style architectural arabo-musulman avec des jardins de type méditerranéen. Il y a quelques années, une rumeur insistante parlait d’une reconversion de ce palais en musée, mais il n’en est rien.

 

Lors d’une réception au Palais royal de Casablanca © Huffpost

 

Plus au Sud, la ville ocre est aussi réputée pour son palais royal, l’un des plus grands en termes de cadre bâti. Datant de la même époque de la construction de la médina (XIIe siècle), la plus vieille bâtisse du palais de Marrakech a été conçue par les Almoravides mais elle a été démolie par les Almohades quand ils ont érigé la Kasbah. Une partie de la Kasbah abritait le personnel militaire et administratif, mais la plus grande partie était consacrée aux quartiers royaux. Le Palais royal de Marrakech a aussi été agrandi durant la dynastie mérinide avant de connaître de nouveaux aménagements sous le règne des Alaouites. Si la plupart des bâtiments de la médina ont été détruits afin que chaque dynastie puisse apposer son cachet sur la ville, le Palais royal a été épargné et tout simplement agrandi et rénové.

 

 

Enfin, la ville d’Agadir compte deux palais royaux datant du siècle dernier. Le plus ancien est un château fort situé sur l’avenue Mohammed V dans un domaine boisé de la zone touristique. Le deuxième palais se situe sur la route d’Inezgane. Edifié dans les années 1990 au bord de l’océan, ce palais ultramoderne dispose de grandes piscines et d’un golf.

 

Palais d'Agadir

Barrière de sécurité à l’entrée du Palais royal d’Agadir sur la route d’Inezgane © DR

 

Parmi les légendes urbaines qui se murmurent dans la capitale du Souss, celle prétendant que ce palais est hanté et que feu Hassan II l’avait délaissé pour cette raison. Mais les séjours réguliers du roi Mohammed VI dans ce palais ont fait tomber à l’eau ce fantasme gadiri.

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Gestion et budget

C’est le ministère de la Maison royale, du Protocole et de la Chancellerie qui gère l’ensemble des palais royaux avec l’appui du secrétariat particulier du Roi. Contrairement aux idées reçues, les palais royaux sont la propriété de l’État et ne font pas partie du patrimoine de la famille royale, mais elle a le droit de jouissance à titre gratuit. Le décret royal du 21 avril 1967 portant règlement général de comptabilité publique est on ne peut plus clair : «Les palais royaux occupés par la famille royale immédiate sont mis gracieusement à la disposition de Sa Majesté».

Pour le département Cour royale, le budget de fonctionnement alloué par la loi de finances 2023 s’élève à 2,091 milliards de DH (MMDH). Dans le détail, il s’agit de 1,514 MMDH pour le matériel et les dépenses diverses et 577, 257 millions de DH (MDH) pour les crédits du personnel. Ce sont les ressources financières qui permettent entre autres d’entretenir la dizaine de palais royaux. Tout palais royal est géré par un conservateur qui supervise le travail de l’ensemble du personnel chargé d’entretenir le palais. Le conservateur est responsable des biens mobiliers, des objets décoratifs, des articles de luxe (argenterie, cristal, etc), des accessoires raffinés et des bijoux. Plusieurs affaires de vol dans les palais royaux avaient éclaté par le passé, mettant un terme à la mission de conservateurs véreux. La dernière remonte à début 2020. 15 personnes avaient comparu devant la Cour d’appel de Rabat, jugées pour vol de bijoux du palais royal dont des montres précieuses du Roi. Le principal suspect, une femme de ménage de 46 ans qui travaillait au Palais royal de Marrakech, avait tout avoué.

 

Quid des Résidences royales ?

À côté des palais royaux, il y a une vingtaine de résidences et fermes royales réparties dans les quatre coins du Maroc. Si l’on se réfère aux textes réglementant l’urbanisme, il s’agit plus exactement de demeures royales. «Il y a un « horm » (espace respecté) reconnu depuis toujours aux Palais royaux et aux Demeures royales», peut-on lire sur une correspondance commune des ministères de l’Intérieur et de l’Urbanisme datant de 2006. Contrairement aux palais, les demeures du Roi font partie du patrimoine de la royauté et sont héritées de génération en génération. Elles sont moins spacieuses que les palais et plus chaleureuses. Les plus connues sont celles d’Al Hoceima et de M’diq où le Souverain aime bien passer ses vacances d’été. L’année dernière, le Souverain a également résidé à Bouznika qui abrite une Demeure royale.

 

 

À Casablanca, le Roi séjourne souvent dans la Résidence royale d’Anfa ou dans son domaine à Tamaris. D’autres lieux de résidence ou de villégiature sont moins fréquentés par Souverain et sa famille, à l’image de ceux d’Oujda, Nador, Midelt, Douiyet (ferme près de Fès), Oualidia (ancienne résidence de feu Mohammed V à l’abandon) ou encore Safi.

 

Roi Abdallah II à la Résidence Anfa 29 mars 2019 © MAP

Déjeuner officiel avec le roi Abdallah II de Jordanie à la Résidence royale d’Anfa le 29 mars 2019 © MAP

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Les palais royaux font souvent l’objet des rumeurs les plus folles. Dans l’imaginaire collectif, le faste de la cour royale se manifeste par la somptuosité de tel ou tel palais. Il n’en demeure pas moins vrai que ces bâtiments officiels ont abrité des événements importants dans l’histoire du Royaume. Le palais royal demeure le lieu central du pouvoir. C’est l’un des emblèmes de la monarchie et un symbole du Maroc. Mais comme l’a bien dit un journaliste français en 1962, «la splendeur des palais ne masque pas à Sa Majesté la dure réalité des problèmes de chaque jour».

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