Bayt Lahm

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Noël : des origines à nos jours

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Catégorie Société , Dossiers

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Les Chrétiens du monde entier célèbrent, ce samedi 25 décembre 2021, la fête de Noël dans des circonstances bien particulières. Mais quelle est l’origine de cette fête ? Comment sa célébration a-t-elle évolué au fil des siècles ? Et que représente Noël pour les Marocains ?

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Pour la deuxième année consécutive, la célébration de Noël est gâchée par la pandémie de Covid-19. Omicron par-ci, nouvelle vague épidémique par-là… Quoi qu’il en soit, la messe de minuit a bien eu lieu hier aux quatre coins du monde. À Baït Lahm, ville palestinienne occupée, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées, malgré le froid. Le son des tambours et des cornemuses apportait un peu de gaieté à cette place qui jouxte la basilique de la Nativité, lieu de naissance de Jésus selon la tradition chrétienne. Comme en 2020, la messe de minuit a été réservée à un petit cercle de fidèles, sur invitation seulement. Au Vatican, le pape François a commémoré la naissance du Christ lors d’une messe à la basilique Saint-Pierre. Le souverain pontife a appelé à assister les plus démunis et à la dignité au travail. En raison de la pandémie de Covid-19, pas plus de 1.500 personnes étaient présentes lors de l’un des rites les plus importants du calendrier liturgique. C’est quand même mieux que l’année dernière pendant laquelle seulement quelques personnes étaient présentes en raison de la pandémie.



Au Maroc, les résidents étrangers ont fait le déplacement aux différents lieux de culte chrétiens à cette occasion pour fêter la naissance du Christ. La cathédrale Saint-Pierre à Rabat, l’église Notre Dame de Lourdes à Casablanca, la cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption à Tanger et d’autres églises et chapelles à Agadir, Marrakech ou encore El Jadida ont accueilli des centaines d’Européens et de Subsahariens venus célébrer l’une des plus grandes fêtes chrétiennes après Pâques.

 


 



Les origines de Noël



Pour certains anthropologues, avant d’être une fête chrétienne, Noël était un rite païen qui célébrait le solstice d’hiver. Mais pour d’autres, le 25 décembre n’est pas une fête païenne récupérée par les Chrétiens, mais plutôt une date à la symbolique forte. Elle est utilisée de fait par de multiples religions, dont le Christianisme qui ne compte pas laisser le monopole des symboles astronomiques aux païens.



Au IVe siècle, à Rome, le Pape Libère fête l’Incarnation de Jésus le 25 décembre. Et c’est en l’an 425 que l’empereur romain Théodose II codifie cette date. Peu à peu la fête prend de l’ampleur. À la fin du Ve siècle, Clovis, roi des Francs, se fait baptiser le jour de Noël. En 506, une assemblée catholique (le concile d’Agde) en fait une fête d’obligation et en 529 l’empereur byzantin Justinien en fait un jour chômé.



Selon l’histoire catholique, à l’origine, Noël est le jour où l’on fête la Nativité de Jésus, dont la mère est la Vierge Marie. La Nativité est donc fêtée par les Chrétiens lors de la fête de Noël. Ce nom renvoyant à la naissance viendrait du latin ‘’Natalis’’. Mais attention, la date du 25 décembre n’est pas commune à toute la Chrétienté.



 



Les traditions de Noël



Il y a plusieurs traditions chrétiennes qui entourent la fête de Noël. Le soir du 24 décembre a lieu la messe de minuit, qui peut se tenir en milieu de soirée, peu avant 0h. Pendant cette messe, les fidèles catholiques fêtent la naissance du Christ. Cette messe vient en quelque sorte au milieu de la veillée de Noël, généralement passée en famille.



On ne peut parler de Noël sans évoquer les santons que les croyants de confession catholique ne déposent dans la crèche que la nuit de Noël. Toute famille qui tient à fêter Noël dispose d’une crèche en modèle réduit. Ce rituel remonterait au XVIe siècle où les crèches se seraient diffusées sous l’impulsion des Jésuites.



Et puis il y a le côté festif et coloré de Noël. Guirlandes, couronnes et nœuds de Noël sont très prisés pour décorer sa maison et surtout son sapin. Ce dernier n’est pas une innovation chrétienne. Toutefois, il revêt également une tradition chrétienne, premièrement par l’étoile à son sommet, et deuxièmement par sa symbolique de la vie triomphant de la mort que l’on retrouve à travers l’arbre qui reste vert en plein cœur de l’hiver.



Pour les gourmets, Noël est un réel moment de plaisir gustatif. Ancrés dans les coutumes, le foie gras, le saumon fumé, les marrons sont des incontournables des repas de Noël. Au XVe siècle, la tradition voulait que le réveillon du 24 décembre soit agrémenté d’un repas très léger avant la messe de minuit, et que le jour de Noël, le 25, on propose un repas gras, avec un plat à base de volaille. D’où la fameuse dinde de Noël. La bûche est une autre tradition culinaire par excellence de Noël, où le gâteau rappelle la bûche que l’on mettait dans l’âtre et qui devait se consumer lentement durant toute la veillée de Noël.



Et pour agrémenter les soirées et les journées de fête, il y a les chansons de Noël avec leurs refrains fredonnés dans le monde entier et dans toutes les langues. Les chants de Noël sont devenus de véritables tubes planétaires.

 





 



Cadeaux et Père Noël



Les cadeaux qui trônent au pied du sapin viennent de l’Antiquité quand on célébrait le solstice d’hiver. Pour l’occasion, il était coutume d’offrir des étrennes. Les cadeaux seront ensuite rattachés à la Nativité. Aujourd’hui, les cadeaux sont un gage d’amour et de partage. C’est la preuve que l’on connaît l’autre et que l’on anticipe ses envies. C’est pourquoi l’on demande aux enfants d’écrire leur lettre au Père Noël.



C’est en référence à Saint-Nicolas (évêque de la ville turque de Myre au IVe siècle) que les présents sont offerts. On retrouve dans la représentation du Père Noël toute la symbolique de Saint-Nicolas (barbe blanche, manteau rouge…). Au début du XVIIe siècle, des Hollandais émigrent aux États-Unis où ils continuent de célébrer la Saint-Nicolas. Sinter Klaas, le saint patron des enfants, devint alors Santa Claus.

Le père Noël voyage dans un traîneau tiré par des rennes pour distribuer des jouets, une légende racontée depuis aux bambins. Santa Claus subit des transformations vestimentaires et culturelles pour se transformer en un Père Noël plus convivial et apportant des cadeaux aux enfants qui ont été sages durant l’année qui s’achève. En 1863, un journal new-yorkais représenta Santa Claus ventru et jovial, à la barbe blanche et accompagné de rennes. Et en 1885, l’illustrateur de ce journal dessina le parcours du Santa Claus qui va du pôle Nord aux États-Unis. Un an plus tard, l’écrivain Georges P. Webster précisa que la manufacture de jouets ainsi que la maison du Père Noël «étaient cachées dans la glace et la neige du pôle Nord» confirmant par cette affirmation les dessins du journal. De fil en aiguille, le personnage devient un incontournable de la fête de Noël, ce qui n’échappa pas à la firme américaine Coca-Cola. En 1931, la compagnie demande à Haddon Sundblom de dessiner ce vieux bonhomme en train de boire son soda brun pour reprendre des forces pendant la distribution de jouets. Ainsi les enfants seraient incités à en boire durant l’hiver. Le dessinateur l’habilla aux couleurs de la célèbre bouteille de Coca Cola : rouge et blanc. Ce nouveau look et la renommée que lui valut la publicité, firent du vieux bonhomme le maître planétaire de la nuit magique, le Père Noël.

Si au tout début, les fervents croyants catholiques ont vigoureusement protesté contre cette appropriation de la Nativité pour des fins commerciales, ils s’y sont accommodés au fil du temps, faisant croire à leurs enfants que le Père Noël descendra par la cheminée quand ils dormiront pour déposer leurs cadeaux.

 


pere

 



Les Marocains et Noël



Des chercheurs comme le Dr Ismaïli Alaoui rapportent qu’avant l’avènement de l’Islam en terre marocaine, Sidi Yahya ben Younès était un apôtre de Jésus. On parle aussi de la tribu Regraga en pays Haha, professant depuis toujours la foi monothéiste abrahamique. Les Regragas seraient des apôtres (hawâriyyûn), adeptes de Jésus. Mais aucune trace d’une célébration de la Nativité le 25 décembre. Il y a eu aussi un épisode plus récent relatif aux Chrétiens. C’est l’histoire des captifs chrétiens au XVIIe siècle, auxquels le sultan Moulay Ismail autorisait la célébration de quatre fêtes religieuses pendant lesquelles ils étaient dispensés de travail, dont Noël. Mais c’est avec les occupations française et espagnole que Noël sera pleinement célébré par la communauté européenne au Maroc dont la population dépassait le demi-million de personnes. L’Église catholique prendra alors ses quartiers avec plusieurs lieux de culte construits dans les différentes villes marocaines mais tout en s’écartant de tout acte de prosélytisme.

 


riad



Les interactions sociales entre la communauté européenne et la population locale marocaine restaient limitées. De ce fait, les Marocains étaient curieux de voir les décorations de Noël dans les centres des grandes agglomérations et surtout dans les quartiers dits européens ou nouvelles villes coloniales selon l’appellation des architectes. Mais très peu d’entre eux, à part ceux qui étaient en service chez les Européens, prenaient part à ‘‘Aïd Nsara’’ (la fête des Chrétiens).



Contrairement aux préjugés, les Musulmans vouent un profond respect au prophète Aïssa (Jésus). Cela fait partie intégrante de leur foi. Aussi, Maryam (la Vierge Marie) est la seule femme dont le nom est mentionné dans le Coran. Selon la religion musulmane, Sidna Aïssa reviendra avant le jour du Jugement pour restaurer la justice.



 



Un Noël au Maroc



De nos jours, Noël est synonyme de retrouvailles pour les expatriés mais aussi pour certains de nos compatriotes.

 




Selon le sociologue Fouad Benmir, le réveillon de Noël n’est pas célébré au Maroc du fait que 99% des Marocains sont musulmans. «Le peuple marocain célèbre par contre le réveillon du 31 décembre pour accueillir la nouvelle année à l’instar de tous les pays du monde qui ont adopté le calendrier grégorien. Cette date du 31 décembre n’a rien à voir avec la naissance du Christ, c’est la date du dernier jour de l’année selon le calendrier solaire qui concerne plus 7 milliards de personnes», soutient le sociologue.



Toujours est-il que les sapins de Noël sont très prisés chez les fleuristes des grandes villes pendant cette période. Les prix commencent à partir de 900 DH pour un petit sapin naturel. Un arbuste de 1,5 m de hauteur est vendu à 1.200 DH alors qu’un grand arbre peut coûter jusqu’à 4.500 DH.


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Si certaines variétés sont importées, la majorité des sapins vendus au Maroc proviennent de certaines régions de l’Atlas, d’Essaouira, de Bouskoura, de Sbit et Tit Mellil. Et puis il y a ceux qui préfèrent les arbres artificiels. Ces derniers sont accessibles à partir de 150 DH.



Les commerçants profitent pleinement de cette période pour décorer leurs boutiques et attirer une clientèle attirée par la magie de cette fête, loin de toute considération religieuse. Idem pour les hôtels et riads qui ne lésinent pas sur les moyens pour se mettre aux couleurs de Noël. Certains achètent des cadeaux à leurs proches, d’autres font plaisir à leurs enfants. Dans les rues casablancaises, des Pères Noël gonflables sont vendus par des marchands saisonniers.

 


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Pendant les deux dernières semaines de décembre, il n’est pas rare aussi de croiser un bonhomme déguisé en Père Noël et qui se prête volontiers aux crépitements des flashs.



 



On retiendra que la fête de Noël, à travers ses traditions, qu’elles soient religieuses ou non, contribue à un esprit festif, de partage et d’espérance. Alors joyeux Noël à tous les étrangers de confession chrétienne qui célèbrent cette fête et qui vivent parmi nous !


Maroc, Noël

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