NEET au Maroc : derrière les 2,9 millions, des réalités qui n’ont rien en commun

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NEET au Maroc : derrière les 2,9 millions, des réalités qui n’ont rien en communPage de couverture de l’étude du HCP et de l’Organisation internationale du Travail (OIT) consacrée aux jeunes NEET au Maroc ©HCP

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Près de trois millions de jeunes Marocains ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. C’est ce que désigne l’acronyme NEET, issu de l’anglais Not in Education, Employment or Training. Mais derrière ce chiffre se cachent des situations très différentes : des jeunes qui cherchent du travail depuis plus d’un an, des femmes éloignées de l’activité professionnelle et des personnes confrontées à des problèmes de santé ou à un handicap. Publié en 2026, un rapport du Haut-Commissariat au Plan (HCP) et de l’Organisation internationale du travail (OIT) distingue ces profils et met en évidence les obstacles auxquels ils sont confrontés.

Le chômage ne raconte qu’une partie de l’histoire

En 2023, le Maroc comptait 2,94 millions de jeunes de 15 à 29 ans en situation de NEET, soit 33,6% de cette tranche d’âge. Le phénomène ne se limite toutefois pas aux jeunes sans emploi qui en recherchent un. Selon le rapport, 68,1% des NEET étaient inactifs, c’est-à-dire qu’ils ne travaillaient pas et ne recherchaient pas activement un emploi. Les 31,9% restants étaient au chômage.

Cette distinction change la lecture du phénomène. Une politique axée uniquement sur la création d’emplois ou le placement des demandeurs d’emploi ne répond pas nécessairement aux besoins de tous les jeunes concernés. Certains doivent pouvoir accéder à un emploi, tandis que d’autres rencontrent des obstacles qui les tiennent à distance du marché du travail. 

Des diplômés qui attendent toujours un emploi

Le premier profil est celui des jeunes au chômage de longue durée, en recherche d’emploi depuis au moins un an. Ils représentaient 22,8% de l’ensemble des NEET en 2023, contre 19,4% en 2017. À cette catégorie s’ajoutent les chômeurs depuis moins d’un an, dont la part est passée de 6,4% à 9,1% sur la même période.
Le profil des chômeurs de longue durée se distingue de celui des autres NEET. En 2023, 58,1% étaient des hommes, 60,5% avaient entre 25 et 29 ans et 65,2% vivaient en milieu urbain. Le niveau secondaire était le plus représenté dans ce groupe, avec 61,3% de ses effectifs.

Leur situation illustre une difficulté particulière : l’accès à l’emploi ne dépend pas seulement du niveau de formation, mais aussi des possibilités d’insertion. Le rapport relève notamment le risque de chômage prolongé chez les jeunes diplômés qui cherchent activement un emploi. En 2023, 72,5% des NEET au chômage étaient sans emploi depuis au moins un an.

Les femmes au foyer, première composante des NEET

En 2023, les femmes au foyer inactives représentaient 59,5% de l’ensemble des NEET, même si leur part a reculé par rapport à 2017, où elle atteignait 68,7%. Elles constituent ainsi la catégorie la plus importante de cette population.

Au sein de ce groupe, 61,3% des femmes avaient entre 25 et 29 ans. Le niveau d’éducation est également un facteur de différenciation : 58,2% n’avaient pas dépassé le primaire. Ces données mettent en évidence le cumul possible de plusieurs obstacles, entre responsabilités familiales et accès limité aux qualifications.

Il convient néanmoins de ne pas assimiler automatiquement toutes ces femmes à des personnes souhaitant travailler mais en étant empêchées. Le rapport précise que la catégorie statistique « femmes au foyer » ne permet pas, à elle seule, de distinguer l’inactivité choisie de celle qui est subie. Cette limite est importante pour comprendre la diversité des situations et éviter les conclusions hâtives.

Lire aussi : La 11e édition du Prix Tamayuz dédiée à la créativité et au leadership des femmes marocaines

Quand la santé ou le handicap s’ajoutent au manque de qualification

Un troisième groupe est constitué des jeunes inactifs pour des raisons de maladie ou de handicap. Ils représentaient 7,1% de l’ensemble des NEET en 2023, contre 5,3% en 2017. Dans cette catégorie, 51,7% avaient entre 15 et 24 ans et 71,3% n’avaient pas dépassé le primaire.

Ces chiffres font ressortir une autre difficulté : l’insertion professionnelle peut être compliquée par des problèmes de santé ou un handicap, auxquels s’ajoute parfois un faible niveau de qualification. Les réponses ne peuvent donc pas se limiter à une formation ou à une offre d’emploi standard. L’accompagnement doit aussi tenir compte des besoins particuliers de ces jeunes.

Des disparités régionales qui dépassent le chômage

En 2023, Béni Mellal-Khénifra affichait le taux de NEET le plus élevé du pays, à 39,7%, alors que son taux de chômage atteignait 12,8%, légèrement sous la moyenne nationale de 13%. À l’inverse, l’Oriental cumulait un taux de NEET de 37,6% et un taux de chômage de 19,6%. Les deux indicateurs ne se confondent pas : le chômage concerne les personnes actives sans emploi qui en recherchent un, tandis que la catégorie NEET inclut également les jeunes inactifs qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation.

L’accès à la formation, les possibilités d’insertion et les situations d’inactivité doivent donc aussi être pris en compte. Ces données permettent de constater des disparités territoriales, mais ne suffisent pas à établir, à elles seules, les causes des écarts entre régions.

Une même catégorie, des réponses différentes

Ces trois profils ne résument pas à eux seuls toute la population NEET, mais ils illustrent l’ampleur de ses disparités. En 2023, 31,3% des jeunes concernés n’avaient aucun diplôme et 44,7% n’avaient pas dépassé le secondaire collégial. Au total, plus des trois quarts ne disposaient donc pas d’un diplôme qualifiant.

Dans ses recommandations, le rapport préconise notamment de renforcer la prévention du décrochage scolaire, de développer les passerelles vers l’emploi pour les jeunes diplômés et d’adapter l’accompagnement des femmes inactives à leurs besoins. Il souligne également l’importance de dispositifs spécifiques pour les jeunes confrontés à des problèmes de santé ou à un handicap.

La question des NEET ne se réduit donc pas à celle du chômage des jeunes. Elle renvoie à des parcours différents, qui ne nécessitent ni les mêmes dispositifs ni le même accompagnement. Comprendre ces écarts constitue une étape essentielle pour mieux cibler les politiques d’insertion.

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