Les pharmaciens montent au créneau
Près de 2.000 pharmaciens manifestent à Rabat contre les pénuries et la politique des prix, réclamant un dialogue urgent pour protéger leur profession et les patients, le 10 septembre 2025 © DR
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Près de 2.000 pharmaciens venus de différentes régions du Maroc se sont réunis, hier à Rabat, devant le siège du ministère de la Santé et de la Protection sociale, à l’appel de la Confédération nationale des syndicats de pharmaciens. Objectif : dénoncer une politique de régulation des prix des médicaments jugée défavorable à la profession et susceptible de mettre en danger la santé des citoyens.
Les représentants syndicaux ont mis en cause le ministre de la Santé, Amine Tahraoui, qu’ils accusent de « refus persistant de dialogue » avec les instances représentatives du secteur. Selon Amine Bouzoubaâ, secrétaire général de la Confédération, plus de 4.000 officines risqueraient aujourd’hui la faillite, ce qui menace non seulement l’avenir des pharmaciens, mais également la continuité d’un service public essentiel.
Les contestataires dénoncent aussi les pénuries récurrentes de certaines spécialités médicales et reprochent au ministère de concentrer sa politique sur les médicaments à faible valeur thérapeutique, laissant de côté les traitements coûteux destinés aux maladies chroniques ou aux cancers.
Durant ce rassemblement, les slogans et pancartes traduisaient la gravité du malaise : « Honte, honte, la pharmacie est en danger », « Où sont vos promesses, M. le ministre ? », ou encore « Stop à l’ignorance et à l’absurdité ! ». L’objectif de cette mobilisation était clair : alerter sur les conséquences économiques et sanitaires d’une politique jugée inadéquate et réclamer un dialogue effectif avec la tutelle.
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La réforme des prix contestée : ambitions vs réalité
Le ministère de la Santé souhaite moderniser la fixation des prix via un projet de décret qui remplacerait le texte de 2013. Parmi les mesures envisagées : révisions tarifaires plus fréquentes, indexation obligatoire des génériques à un prix inférieur de 30% au princeps, plafonnement du nombre de génériques par molécule, introduction de prix négociés pour les traitements coûteux et droit de substitution pour les pharmaciens. La tutelle explique que l’objectif est double : réduire le coût pour les patients et sécuriser la soutenabilité financière de l’assurance maladie.
Pour les pharmaciens, la réforme ne tient pas compte de la réalité économique des officines. Les textes réglementaires fixent des marges brutes élevées, allant de 30 à 50% pour les médicaments peu coûteux et jusqu’à 400 DH pour les plus onéreux. En pratique, après déduction des loyers, salaires et charges fiscales, la marge nette ne dépasse pas 6 à 10%. Ce décalage fragilise considérablement l’équilibre économique des pharmacies, en particulier celles situées dans les zones à faible pouvoir d’achat.
La controverse se concentre sur les traitements coûteux, comme les anticancéreux ou les médicaments pour maladies chroniques, souvent importés et peu disponibles dans les officines de quartier. Les pharmaciens estiment que ces exceptions ne peuvent pas servir de référence pour évaluer l’ensemble de la profession, surtout que le médicament représente 34% des dépenses de la CNSS. Selon eux, la réforme devrait s’inscrire dans une vision globale, intégrant les autres composantes du coût des soins, telles que la radiologie, les analyses ou les hospitalisations.
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Des enjeux au-delà des prix
Le malaise des pharmaciens ne se limite pas aux marges et aux prix. La profession dénonce également des problèmes structurels persistants : vente de médicaments hors circuit légal, commercialisation de compléments alimentaires sans contrôle, arrestations jugées injustifiées et absence d’élections des conseils de l’Ordre depuis huit ans. Ces dysfonctionnements nourrissent le sentiment d’un secteur laissé à lui-même et fragilisent la sécurité médicamenteuse des citoyens.
La Confédération nationale des syndicats de pharmaciens impute au gouvernement la « pleine responsabilité des conséquences de ce blocage », rappelant que fragiliser le secteur pharmaceutique revient à compromettre un enjeu relevant de la souveraineté nationale en matière de santé publique. Pour les professionnels, la politique de santé ne peut se réduire au prix du médicament et doit s’inscrire dans une approche globale qui garantit l’accès aux soins pour tous, tout en préservant la viabilité économique des officines.
D’ailleurs, les pharmaciens se disent ouverts au dialogue et souhaitent participer activement à la réforme. Ils revendiquent une concertation réelle et constructive, avec des propositions concrètes pour concilier intérêt des patients et viabilité économique des officines.
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