Le Maroc accélère sa montée en puissance militaire
Un hélicoptère Apache AH 64 © DR
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Le Maroc poursuit à un rythme soutenu la modernisation de ses Forces armées royales (FAR), dans un contexte régional sous haute tension marqué par la rivalité avec l’Algérie et l’instabilité croissante dans la bande sahélo-saharienne. C’est ce que souligne en détail le policy brief «Morocco’s Defense Modernization: Strategic Investments in Security», publié par la Global Governance & Sovereignty Foundation et la fondation allemande Konrad-Adenauer-Stiftung (KAS), une fondation allemande réputée pour ses analyses géostratégiques. Selon le document, «le Royaume a entamé une dynamique inédite d’acquisitions militaires qui le propulse parmi les armées les plus modernes du continent».
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Une armée en pleine mutation
Au cœur de cette stratégie, figure la livraison des premiers hélicoptères AH‑64 Apache commandés aux États-Unis, intervenue le 5 mars 2025. Cette livraison symbolise, selon le rapport, «une étape charnière dans la capacité offensive marocaine, notamment dans les missions de reconnaissance, d’appui feu et de lutte antichar».
D’autres acquisitions majeures viennent compléter cet arsenal en cours de renouvellement. Parmi elles, les drones turcs Bayraktar TB2 et surtout Akinci, plus lourds et dotés de capacités de frappe à longue distance, de guerre électronique et de surveillance maritime. Le document précise que «19 TB2 ont déjà été livrés, tandis que des Akinci ont été acquis, en parallèle de l’installation prévue d’une usine de maintenance et d’assemblage au Maroc dès 2025». Cette dimension industrielle, soulignée à plusieurs reprises dans le rapport, est considérée comme un levier stratégique pour «favoriser l’autonomie et l’expertise nationale dans le domaine de la défense».
D’ici à 2027, le Royaume recevra également 25 avions de chasse F‑16 Block 70/72 équipés de radars AESA de dernière génération (APG‑83). À cela s’ajoutent les systèmes de défense anti-aérienne Patriot PAC-3, l’artillerie israélienne Atmos 2000 à longue portée (jusqu’à 41 km), et les lance-roquettes multiples HIMARS capables de frapper à plus de 300 km avec les missiles ATACMS.
Un acteur central de la stabilité régionale
Cette course à la modernisation ne se limite pas à l’accumulation d’équipements. Elle vise, selon le rapport, à inscrire le Maroc dans une logique d’«interopérabilité croissante avec les forces occidentales, en particulier les États-Unis et les membres de l’OTAN». Le dit document rappelle d’ailleurs que le Royaume participe activement à des exercices militaires conjoints tels que l’African Lion, où il met en œuvre ses F‑16, drones et capacités de guerre électronique, aux côtés de ses partenaires transatlantiques.
Par ailleurs, cette montée en puissance répond à un besoin croissant de sécurisation des frontières méridionales et sahariennes, confrontées à la menace des groupes armés et trafics en tout genre. Dans ce contexte, le document mentionne que «le Maroc projette la création d’une base aérienne dans le sud du pays, en soutien aux opérations de surveillance et de projection dans le Sahel».
Le rapport insiste également sur l’importance stratégique du Royaume dans le détroit de Gibraltar et pour la stabilité de l’Afrique du Nord. En tant que partenaire du Dialogue méditerranéen de l’OTAN et acteur de la politique américaine en Afrique, le Maroc se positionne, selon la KAS, comme «un pilier de la sécurité régionale, capable d’agir en relais de confiance pour ses alliés occidentaux».
Mais cette stratégie ambitieuse n’est pas exempte de défis. Le rapport alerte sur la nécessité de «diversifier les fournisseurs», actuellement concentrés autour de Washington, Tel Aviv et Ankara, afin de ne pas tomber dans une dépendance stratégique. Il appelle également à «renforcer les capacités nationales de formation, d’intégration technologique et de maintenance», pour tirer pleinement profit des nouveaux systèmes et éviter l’écueil du simple assemblage.
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Sur le plan naval, des lacunes sont aussi relevées. Le policy brief note que «la marine marocaine accuse un retard relatif en matière de détection sous-marine, de lutte anti-sous-marine et de projection maritime à longue portée», ce qui pourrait limiter son autonomie opérationnelle en cas de conflit étendu.
Enfin, la dimension budgétaire reste un point de vigilance. Bien que les FAR bénéficient d’un budget en hausse, le rapport avertit que «la soutenabilité de ces investissements à long terme dépendra d’une stratégie industrielle cohérente, créatrice de valeur locale et d’emplois qualifiés».
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