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Le Code de la famille pourra-t-il équilibrer entre foi et changement sociétal ?

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Le roi Mohammed VI somme le Conseil supérieur des Oulémas d’examiner les réformes du Code de la famille, marquant une initiative qui cherche à concilier profondeur religieuse et progrès social. Conservateurs et modernistes trouveront-ils un terrain d’entente dans cette révision ?

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Dans le cadre de ses prérogatives en tant qu’Amir Al Mouminine, le roi Mohammed VI a initié une démarche de révision du Code de la Famille. Le Souverain a confié, vendredi dernier, au Conseil supérieur des Oulémas la tâche d’étudier différentes propositions avancées par l’instance dédiée. Annoncée récemment, cette démarche reflète l’engagement du Souverain à ancrer les changements législatifs dans les valeurs de l’islam tolérant. L’objectif est de formuler une fatwa qui sera ensuite soumise à l’approbation du Roi, garant de l’équilibre spirituel de la nation.

Lire aussi : Code de la famille : Aziz Akhannouch a reçu les amendements de l’instance chargée de la révision

Renforcement de la concertation institutionnelle et respect des fondements religieux

Cette consultation illustre parfaitement le rôle d’Imarat Al Mouminine, soulignant la volonté du Roi de renforcer la concertation institutionnelle autour des évolutions du Code de la famille. L’implication du Conseil supérieur des Oulémas témoigne du respect du Roi pour les institutions nationales et répond aux aspirations des citoyens à une réflexion respectueuse des fondements religieux.

En outre, cette initiative met en avant l’importance capitale du Conseil dans l’observation des doctrines religieuses tout en accompagnant les mutations sociétales. Puisque le Code de la famille plonge ses racines dans le terreau religieux, une approche collaborative, éclairée par les avis des Oulémas, est importante pour assurer sa cohérence avec les principes islamiques.

La saisine royale s’inscrit donc dans une perspective de préservation des valeurs religieuses, où le Conseil supérieur des Oulémas, institution unique habilitée à émettre des fatwas selon la Constitution, joue un rôle essentiel. Le Conseil a, par le passé, assumé des responsabilités comparables lorsqu’il s’agissait de prononcer sur des sujets aussi variés que la fermeture des mosquées durant la crise sanitaire, l’accès des femmes à certaines professions juridiques ou encore l’utilisation légale du cannabis.

Vers un ijtihad constructif et une fatwa soutenant la réforme du Code de la famille

L’objectif de cette initiative royale est double : non seulement elle permet de vérifier la solidité juridique des propositions faites par l’instance de révision, mais elle encourage également un ijtihad (effort de réflexion) ouvert et constructif, centré sur les aspects religieux des propositions. La future fatwa du Conseil supérieur des Oulémas servira de support à ces propositions, tout en promouvant un ijtihad novateur destiné à améliorer la condition de chaque membre de la famille.

L’émission de cette fatwa par un collège d’éminents Oulémas mettra un terme aux interprétations isolées qui pourraient ignorer les dynamiques sociales actuelles, tout en s’alignant sur les objectifs de l’islam (Maqasid) et leur évolution au fil du temps. Le Cabinet royal a délimité les contours de cette démarche à travers une communication précise, rappelant les principes fondamentaux de la fatwa, et les finalités énoncées dans la lettre royale adressée au chef du Gouvernement. Cette lettre insiste sur l’importance de la modération et d’un ijtihad réfléchi et progressiste.

La démarche met ainsi en lumière le rôle de l’ijtihad pour s’adapter aux changements sociétaux et démontre la capacité des normes juridiques à caractère religieux à s’ajuster aux nouvelles réalités. Elle encourage l’expression des attentes sociales dans un esprit de consensus et d’innovation, tout en veillant à l’intérêt de la famille, à la stabilité des unions conjugales et au maintien de la sérénité et de l’affection au sein du noyau familial.

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Les islamistes s’appuient sur le Conseil des Oulémas pour valider les nouvelles dispositions

Les islamistes misent sur la décision du roi Mohammed VI afin d’assurer que les nouvelles dispositions soient conformes aux références islamiques. Dans ce contexte, Aziza Al-Baqali, dirigeante du Parti de la justice et du développement (PJD) et membre du Conseil national des droits de l’Homme, a confié que l’initiative royale d’adresser ces propositions au Conseil était prévisible. Elle souligne que plusieurs instances ont avancé des propositions qui, selon elle, «touchent certaines constantes et nécessitaient manifestement un avis scientifique émanant d’une autorité compétente en matière de fatwa et d’ijtihad, à savoir le Conseil supérieur des Oulémas, autorité désignée par la Constitution pour cela».

Al-Baqali ajoute que l’assurance et la confiance en la pertinence de cette démarche sont renforcées par le fait que le Roi a demandé au Conseil, dans l’exercice de cette mission, de tenir compte du contenu de la lettre royale. Cette lettre met en avant l’appel à adopter les vertus de la modération et de l’ijtihad ouvert et constructif, tout en respectant le principe de « ne pas légaliser ce qui est interdit, ni interdire ce qui est permis ».

Al-Baqali considère que la lettre royale apporte une tranquillité quant à la modification du Code de la famille, visant à endiguer les problèmes croissants. Parmi ceux-ci figurent le taux élevé de divorce et les complications liées à la vie familiale. Ceci, dans le respect des valeurs fondamentales qui font de la famille un lieu de compassion et de bienveillance, essentiel à une bonne éducation.

Elle souligne également que prendre en compte les besoins de la société dans la réforme du Code nécessite que l’autorité examinant les propositions soit habilitée à exercer l’ijtihad «afin d’innover à partir des références islamiques». Al-Baqali exprime sa confiance dans le fait que les Oulémas, forts de leur expérience et de leur perspicacité, parviendront à concevoir des solutions en harmonie avec les valeurs et l’identité marocaines pour aborder les questions complexes de la société et aider les familles à se détacher des stéréotypes que certains cherchent à imposer, lesquels ne sont pas adaptés pour résoudre les crises de la société.

Les modernistes voient dans la démarche royale un équilibre entre tradition et innovation sociale

Cette démarche est perçue par les conservateurs comme un retour aux fondements religieux, tandis que les modernistes y voient une avancée positive vers l’innovation sociale.

Des personnalités connues, ferventes partisanes de l’alignement du Code sur le droit international, ont déclaré que cette démarche royale devrait logiquement encourager l’ijtihad sur de nombreux thèmes. Ce renouveau jurisprudentiel devrait mener à des avancées substantielles pour les droits et les libertés, en tranchant les débats avec un regard neuf ancré dans la foi.

Ces experts prévoient que la consultation du Conseil pour la délivrance d’une fatwa favorisera l’acceptation des recommandations portées par les modernistes.

Dans ses commentaires, Nouzha Skalli, activiste des droits de l’Homme, a souligné l’importance de cette initiative royale, illustrant l’engagement du Roi envers une réforme inclusive et respectueuse de la constitution. Skalli, présidente du think tank AWAL, a noté que cette démarche avait permis l’intégration des points de vue de diverses organisations politiques, syndicales et associatives. Ce qui reflète les lignes directrices énoncées par le Roi dans sa lettre au chef du gouvernement. Cette réforme, a-t-elle ajouté, cherche à concilier les exigences de la tradition et les impératifs modernes, avec pour objectif l’amélioration du bien-être familial et social.

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