Égalité femmes-hommes : le Maroc se classe 139e sur 145 pays
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Le Maroc occupe la 139e place sur 145 économies dans l’édition 2026 du Rapport mondial sur la disparité des genres 2026 du Forum économique mondial (WEF), publiée en septembre. Avec un score de 63,2%, le Royaume enregistre une légère progression par rapport à 2025, mais demeure confronté à des écarts importants dans la participation économique des femmes et leur accès aux revenus. Les résultats en matière d’éducation et de santé sont nettement plus élevés, faisant ressortir des disparités entre les différentes dimensions de l’égalité femmes-hommes.
Sur les 145 économies évaluées, le Maroc se positionne au 139e rang, avec un score de 0,632 sur une échelle allant de zéro à un, où un correspond à la parité entre les femmes et les hommes. Ce résultat traduit un écart global de 36,8% par rapport à la parité, selon la méthodologie de l’institution internationale.
Par rapport à l’édition 2025, le score marocain s’améliore légèrement, passant de 0,628 à 0,632. Cette progression de 0,4 point ne s’accompagne toutefois pas d’une amélioration du classement relatif du pays, qui recule de deux places, de la 137e à la 139e position. Cette évolution doit être interprétée en tenant compte des résultats des autres économies évaluées et des éventuelles variations de la couverture statistique.
Le rapport, publié en septembre 2026, constitue la vingtième édition de cet indice, lancé en 2006. Il évalue les écarts entre les femmes et les hommes dans quatre domaines : la participation et les opportunités économiques, le niveau d’éducation, la santé et la survie, ainsi que l’autonomisation politique. Il ne mesure donc pas directement l’ensemble des conditions de vie des femmes, mais compare les résultats obtenus par les deux sexes à partir d’indicateurs définis.
Lire aussi : Genre et éducation : un regard sur les disparités scolaires au Maroc
L’emploi et les revenus, principaux points de fragilité
C’est sur le terrain économique que le Maroc affiche ses résultats les plus faibles. Le Royaume se classe au 141e rang mondial dans la dimension « participation et opportunités économiques », avec un score de 0,424. Cet indicateur agrégé recouvre notamment la participation au marché du travail, les revenus estimés et l’égalité salariale pour un travail similaire.
La participation des femmes au marché du travail constitue l’un des principaux facteurs de cette performance. Le Maroc se situe au 143e rang mondial pour cet indicateur, avec un score de parité de 0,284. Selon les données présentées dans le profil national du rapport, le taux de participation des femmes s’établit à 19,8%, contre 69,6% pour les hommes, soit un écart de 49,8 points.
Ces chiffres mettent en évidence une différence considérable entre les deux sexes dans l’accès au marché du travail. Ils soulignent également que les avancées en matière de scolarisation ne se traduisent pas automatiquement par une participation équivalente des femmes à l’activité économique.
L’écart est également marqué en matière de revenus. Pour l’indicateur du revenu du travail estimé, le Maroc occupe le 143e rang, avec un score de parité de 0,223. Le revenu annuel estimé s’élève à 3.330 dollars internationaux pour les femmes, contre 14.900 pour les hommes, selon les données du rapport. Il s’agit de revenus estimés exprimés en dollars internationaux, et non de salaires moyens nominaux directement observés en dirhams.
En revanche, l’indicateur relatif à l’égalité salariale pour un travail similaire présente un résultat différent. Le Maroc se classe au 65e rang, avec un score de 0,656. Cette position ne signifie pas que les écarts de rémunération sont inexistants, mais elle montre que cet indicateur spécifique aboutit à un résultat sensiblement moins défavorable que ceux portant sur la participation au marché du travail et les revenus estimés.
Le profil national du WEF fournit également des données complémentaires sur la place des femmes dans les entreprises. Celles-ci détiennent majoritairement 12,3% des entreprises recensées dans l’indicateur de propriété féminine majoritaire, tandis que les entreprises dirigées par des femmes représentent 5,44% du total considéré.
Des résultats plus élevés en matière d’éducation
Le contraste est particulièrement marqué dans le domaine de l’éducation. Le Maroc obtient un score de 0,958, correspondant à la 118e place mondiale. Si ce résultat se rapproche de la parité, il masque néanmoins des différences importantes selon les indicateurs retenus.
Le Maroc atteint la parité dans les inscriptions au primaire, au secondaire et dans l’enseignement supérieur, avec un score de 1 pour chacun de ces trois indicateurs. Le profil national indique notamment un taux de scolarisation de 96,54% pour les filles dans le primaire, contre 97,18% pour les garçons. Dans le secondaire, les taux s’établissent respectivement à 88,78% et 91,25%. Dans l’enseignement supérieur, les données font état de 43,13% pour les femmes et de 53,48% pour les hommes.
La situation est toutefois moins favorable pour l’alphabétisation. Sur cet indicateur, le Maroc se classe au 123e rang mondial, avec un score de 0,781. Le taux indiqué dans le profil national atteint 64,35% pour les femmes, contre 82,44% pour les hommes, soit un écart de 18,09 points.
Cette différence rappelle que la parité dans les inscriptions scolaires ne suffit pas à rendre compte de l’ensemble des inégalités éducatives. Les écarts d’alphabétisation peuvent notamment refléter des différences entre générations et des disparités dans l’accès passé à l’éducation. Le rapport ne permet toutefois pas, à lui seul, de quantifier la contribution de chacun de ces facteurs.
Santé : un score élevé, mais des écarts persistants
Dans la dimension « santé et survie », le Maroc obtient un score de 0,956, qui le place au 133e rang mondial. Le résultat est identique à celui de l’édition 2025, tandis que le pays gagne trois places dans le classement de cette dimension.
Le score global doit néanmoins être distingué des différents indicateurs qui le composent. Le Maroc atteint le niveau de parité retenu par le WEF pour le rapport entre les sexes à la naissance. En revanche, l’indicateur d’espérance de vie en bonne santé place le Royaume au 138e rang, avec un score de 0,984.
Le profil national comporte également plusieurs données sanitaires complémentaires. Le taux de naissances assistées par du personnel qualifié est estimé à 86,6%, tandis que le taux de mortalité maternelle atteint 70 décès pour 100.000 naissances vivantes.
Le rapport mentionne aussi un taux de fécondité de 2,21 naissances par femme. En revanche, il ne fournit pas de donnée exploitable sur la prévalence des violences fondées sur le genre au cours de la vie des femmes. Cette absence de données ne peut être interprétée comme une absence du phénomène mais constitue une limite à la lecture du profil national.
Représentation politique : des progrès à mesurer dans la durée
La dimension de l’autonomisation politique constitue un autre volet important de l’évaluation. Sur cet indicateur, le Maroc obtient un score de 0,188 et se classe au 90e rang mondial. Le résultat est identique à celui de 2025, malgré une progression d’une place dans le classement.
Le WEF prend notamment en compte la proportion de femmes au Parlement, leur représentation dans les postes ministériels et la présence de femmes à la tête de l’État au cours des cinquante dernières années.
Pour la représentation parlementaire, le Maroc se classe au 81e rang mondial, avec un score de 0,321. Le profil national indique une proportion de 24,3% de femmes, contre 75,7% d’hommes. Dans les fonctions ministérielles, les femmes représentent 26,32% des effectifs pris en compte, contre 73,68% pour les hommes. Le Maroc se situe au 57e rang pour cet indicateur, avec un score de 0,357.
Le troisième indicateur, relatif aux années durant lesquelles une femme ou un homme a occupé la fonction de chef de l’État au cours des cinquante dernières années, obtient un score nul pour le Maroc. Le rapport classe le pays au 82e rang pour cette composante.
Un classement à replacer dans son contexte régional
À l’échelle régionale, le Maroc figure dans un ensemble où les écarts de genre restent importants. Le rapport attribue au Moyen-Orient et à l’Afrique du Nord un score moyen de 62,5%, ce qui place cette région au huitième et dernier rang des huit régions étudiées. Depuis 2006, la parité globale y a progressé de 4,2 points de pourcentage. Au rythme observé, le WEF estime qu’il faudrait encore 182 ans pour atteindre la parité complète dans la région.
L’institution relève que les progrès régionaux en matière de participation économique ont notamment été soutenus par une amélioration de la représentation des femmes parmi les travailleurs professionnels et techniques, ainsi que parmi les cadres, les hauts responsables et les dirigeants. Ces avancées ont toutefois été partiellement compensées par une baisse de la parité dans la participation à la population active.
Dans l’éducation, la région a atteint la parité dans les inscriptions au primaire et dans l’enseignement supérieur, selon les indicateurs du rapport. En matière d’autonomisation politique, elle demeure en revanche la région la moins avancée, avec seulement 11,5% de l’écart comblé.
Le rapport relève aussi une intensification des réformes juridiques relatives à l’égalité femmes-hommes au Moyen-Orient et en Afrique du Nord au cours de la décennie actuelle. Il souligne toutefois que l’adoption de réformes ne garantit pas leur application effective, laquelle dépend notamment des capacités de mise en œuvre et de coordination des institutions.
Lire aussi : ONU : le Maroc défend son approche juridique et sociale pour l’égalité femmes-hommes
Au-delà du classement, l’enjeu de la participation économique
La lecture croisée des résultats marocains fait ressortir un contraste où le pays affiche des scores proches de la parité dans les inscriptions scolaires et dans certains indicateurs sanitaires, mais reste nettement en retrait en matière de participation au marché du travail et de revenus estimés.
Cette configuration souligne les limites d’une approche de l’égalité fondée uniquement sur l’accès à l’éducation. La progression de la scolarisation constitue un élément important, mais elle ne garantit pas, à elle seule, l’accès à l’emploi, l’autonomie financière ou une représentation équivalente dans les postes de responsabilité.
Le Rapport mondial sur la disparité des genres 2026 ne permet pas d’établir un lien de causalité direct entre les différents indicateurs. Il met cependant en évidence les domaines dans lesquels les écarts entre femmes et hommes restent les plus prononcés et où des données complémentaires sont nécessaires pour comprendre les mécanismes en jeu.
Par ailleurs, le classement mondial mesure la situation relative du Maroc par rapport aux autres économies couvertes. Une variation de rang peut donc résulter aussi bien de l’évolution du score national que des changements enregistrés ailleurs. Le score global, qui progresse légèrement entre 2025 et 2026, reste à cet égard un indicateur distinct du rang occupé.
Pour le Maroc, les données du WEF dessinent ainsi un tableau contrasté, caractérisé par des résultats relativement élevés dans certaines dimensions sociales et par des écarts persistants dans l’accès des femmes aux opportunités économiques. Le rapport fournit un état des lieux comparatif, mais l’identification des causes et l’évaluation des politiques publiques nécessitent de le compléter par des statistiques nationales récentes sur l’emploi, les revenus, l’éducation et la représentation dans les institutions.
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