La tentation a été grande, une fois encore, de regarder vers Washington. L’actualité américaine déborde. En témoignent les violences policières de l’ICE couvertes par l’exécutif, l’attaque sans précédent contre l’indépendance de la FED, les séquences grotesques d’un président supposé au bord de la démence, oscillant entre provocation, improvisation et même un doigt d’honneur, le refus des majors pétrolières d’investir au Venezuela, les velléités d’annexion du Groenland, le retrait de 66 organisations internationales ou encore les incertitudes juridiques sur la légalité des droits de douane bientôt tranchées par la Cour suprême… L’oncle Sam reste omniprésent dans le paysage médiatique, tantôt grotesque, tantôt inquiétant. Sur la scène internationale aussi, les États-Unis sont partout, en Ukraine, au Proche-Orient, au Soudan, en RDC. Et depuis près de trois semaines, un autre foyer récurrent s’impose avec force : l’Iran. Un dossier, dont l’évolution pèsera très lourdement sur les équilibres diplomatiques, commerciaux et stratégiques internationaux.
Depuis le 28 décembre, la contestation iranienne a changé d’échelle. Partie des commerçants étranglés par la dévaluation du rial et la flambée des prix, elle a rapidement gagné l’ensemble du pays. En quelques semaines, la colère économique a réveillé le rejet politique qui gronde depuis des décennies. La répression, elle, s’est abattue sans retenue, faisant plus de 2500 morts à ce jour selon l’organisation de défense des droits humains HRANA. Puis le noir. Coupure quasi totale d’internet, neutralisation des accès satellites, disparition des images et des récits. L’État iranien a refermé le couvercle, laissant le monde deviner sans pouvoir vérifier.
Une république tyranique
Pour comprendre ce qui se joue, il faut revenir à l’architecture du pouvoir iranien. Avant 1979, l’Iran du Shah Mohammad Reza Pahlavi était un pilier de l’ordre occidental au Moyen-Orient, allié stratégique de Washington dans le cadre de la guerre froide. Soutenu militairement et économiquement par l’Occident, le régime s’est pourtant effondré sous le poids de l’autoritarisme, des inégalités et d’une répression féroce. La révolution islamique a balayé cette alliance, installé un système hybride où le président élu reste subordonné à l’autorité suprême du Guide, l’ayatollah, détenteur du véritable pouvoir. L’opposition, tolérée en façade, est en réalité contenue, fragmentée ou exilée.
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Depuis les sanctions américaines de 1995, renforcées après le retrait de l’accord nucléaire, l’économie iranienne s’est enfoncée avec une inflation chronique, un chômage massif et une dépendance accrue aux réseaux parallèles. Le nucléaire, présenté comme levier de souveraineté, est devenu un fardeau diplomatique autant qu’un outil de négociation.
Les manifestants d’aujourd’hui ne sont ni une élite urbaine isolée ni une simple contestation générationnelle. Ce sont des classes moyennes paupérisées, des travailleurs, des commerçants, des jeunes sans perspective, qui descendent une fois de plus dans la rue au péril de leur vie.
Si le mouvement semble prendre de l’ampleur et avoir de plus en plus de soutien, reste la question centrale de l’après. Les alternatives au régime actuel existent-elles réellement ? Le fils du dernier Shah, longtemps figure marginale de la diaspora, s’est imposé ces derniers mois comme un point de ralliement symbolique. Pas tant pour ce qu’il propose que pour ce qu’il incarne. Il ne promet pas un retour à la monarchie, affirme ne pas vouloir gouverner, mais se présente comme un catalyseur, un trait d’union possible entre des oppositions éclatées. Son discours, centré sur un référendum, une transition laïque et démocratique, trouve un écho chez une partie de la jeunesse et des classes moyennes urbaines. Mais son ancrage intérieur reste incertain, et son nom demeure clivant. Pour certains, il incarne un renouveau possible, pour d’autres, un passé honni ou une illusion importée. Seulement, les différentes forces d’opposition sont très hétérogènes et peinent à s’accorder sur un projet commun.
Les Américains s’en mêlent
Les États-Unis, eux, n’ont pas tardé à entrer dans la danse. Donald Trump a rapidement saisi l’occasion qu’offrait l’affaiblissement du régime iranien. Menaces d’intervention militaire si la répression se poursuit, annonce de droits de douane punitifs contre tout État commerçant avec Téhéran, évocation à peine voilée d’un scénario à la vénézuélienne, encouragements des manifestations. Même irréalistes à court terme, une grande partie des moyens du Centcom ayant été déplacés pour soutenir l’intervention au Venezuela, les messages sont limpides. Après les frappes de juin et l’épisode de Caracas, les dirigeants iraniens savent qu’il faut désormais prendre le dirigeant américain au sérieux. Ils affichent une posture martiale, tout en se disant ouverts au dialogue. Un accord avec Washington aurait un coût économique, dicté par la Maison-Blanche (ça tombe bien, ils ont du pétrole…), mais surtout un coût politique. Négocier avec le « Grand Satan », reviendrait à sacrifier une part de leur crédibilité idéologique et à fragiliser leurs relations avec Moscou, Pékin ou Ankara. En contrepartie, le régime obtiendrait une garantie implicite. Trump, une fois l’avantage scellé, n’aurait aucun intérêt à favoriser son renversement. Ce serait alors la fin, au moins provisoire, des espoirs de changement de régime. Ces derniers jours pourtant, la répression sanglante et continue, avec de premières exécutions prévues aujourd’hui, semble ne pas permettre ces négociations.
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Pour le moment, la République islamique poursuit sa ligne dure, resserre l’étau, mobilise ses relais de soutien, verrouille l’espace public et place ses pions en vue d’une position avantageuse dans les négociations. Depuis le tournant socio-économique de 2017-2018, les soulèvements s’enchaînent, toujours réprimés dans le sang, contenus politiquement, jamais décisifs. Si un compromis venait à être scellé avec Washington, la contestation actuelle pourrait subir le même sort. Entre un pouvoir décidé à ne rien concéder et un ordre international suspendu aux intérêts américains, les Iraniens n’ont pas fini de danser… toujours au bord du précipice.
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