Il a choisi le week-end pour annoncer sa décision de ne pas rempiler. Une décision qu’il aurait prise il y a quelques jours, au début de l’année. Une sorte de bonne résolution pour cette année 2026. Que ninni ! Il a été sommé de partir et de souffler l’info à la presse, commentent ses détracteurs. Quoi qu’il en soit, l’annonce du départ du président du RNI n’a pas été faite lors du conseil national tenu samedi à Rabat. Il a assisté comme si de rien n’était à la réunion du parlement du parti, dressant au passage un bilan positif de son gouvernement, avant de réunir les membres du bureau politique le lendemain pour les informer de sa décision. Il a ensuite communiqué l’information à la presse.
En annonçant qu’il ne briguera pas de troisième mandat à la tête du parti de la colombe, et qu’il ne participera pas aux prochaines élections législatives, le chef du gouvernement acte, de facto, sa sortie progressive de la scène politique. Il terminera ses mandats actuels à la tête de l’exécutif jusqu’au scrutin législatif puis en tant que maire d’Agadir jusqu’à la tenue des élections communales en 2027. L’homme invoque le respect du règlement interne du parti, la limitation à deux mandats, la vertu démocratique du renouvellement. Le discours est propre, bien ficelé, presque exemplaire. Peut-être trop.
Car personne, ou presque, ne doute que cette décision soit aussi le produit d’une usure profonde. Usure du pouvoir, usure de l’image, usure d’un parti devenu au fil des années indissociable d’un seul homme, devenu le chef du gouvernement le plus impopulaire. Le RNI s’est transformé en machine électorale disciplinée, performante, mais aussi excessivement personnalisée. La « marque du chef » a longtemps fait gagner. Elle a fini par encombrer.
Le plus révélateur n’est d’ailleurs pas l’annonce du retrait, mais ce qu’elle révèle en creux : un parti qui a peiné à exister en dehors de son chef. Lorsque le patron affirme devant ses interlocuteurs que « le parti n’est pas un héritage personnel », il dit vrai mais un peu tard. Cette personnalisation extrême n’est pas née par accident ; elle a été construite, encouragée, assumée tant qu’elle produisait des résultats électoraux.
Autre paradoxe troublant : alors même que le numéro 1 de la formation composée essentiellement de technocrates et de notables affirme vouloir passer la main, le RNI prolonge exceptionnellement le mandat de ses instances dirigeantes, y compris la présidence, au nom de la « spécificité de la phase ». Le président sortant restera aux commandes jusqu’après les élections, tout en assurant qu’il n’est candidat à rien. Une sortie sans sortie, un retrait sous contrôle, pensé pour éviter toute vacance du pouvoir interne.
Nonobstant, cette annonce de retrait a surpris du fait que depuis plusieurs semaines, les RNIstes se préparaient pour un congrès du 3ᵉ mandat. Dans les cercles politiques comme dans les rédactions, les fins connaisseurs estiment que cette décision est logique et permet à l’homme d’affaires devenu leader politique d’avoir une sortie honorable.
Le contexte social tendu, la pression politique, les critiques sur le bilan gouvernemental et la difficulté à renouveler le discours ont fini par rendre la figure du « chef de la phase » moins rassembleuse qu’auparavant. Partir maintenant, c’est éviter de devenir un poids pour son propre parti. Mais l’annonce a fait trembler les nouveaux membres du parti libéral ayant rejoint cette formation politique pour son président et qui pensent déjà à changer de camp en vue des prochaines échéances électorales.
Reste une question centrale, que le congrès du 7 février à El Jadida ne pourra pas esquiver : le RNI est-il capable de survivre politiquement sans son parrain ? Peut-il produire une nouvelle figure fédératrice, crédible, autonome ? Ou découvrira-t-il que, derrière l’efficacité organisationnelle, le parti manquait d’âme collective ? La fin annoncée du « cher président » n’est pas seulement celle du leader. C’est le test grandeur nature d’un parti confronté à sa propre maturité. Et, peut-être, à ses limites.
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