Moment historique, dit-on. Un cessez-le-feu a enfin été établi entre Israël et le Hamas, scellant la libération des vingt derniers otages israéliens en échange de deux mille prisonniers palestiniens. L’image est forte, des familles réunies, des drapeaux, des promesses de paix. Oui, mais qui, aujourd’hui, s’intéresse vraiment à l’avenir des Gazaouis ?
Le déclic est venu de l’attaque israélienne sur un immeuble de Doha, qui a fait vaciller les certitudes américaines. Donald Trump, jusque-là occupé à mener d’autres combats internes, a soudain compris qu’il devait reprendre la main avant que son allié israélien ne lui échappe. En quelques jours, la mécanique s’est emballée, pressions sur Netanyahou, médiations du Qatar, ultimatums diplomatiques. Et voilà qu’un « plan de paix » a pris forme, aussi précipité qu’opportun, à la veille de la semaine des Nobel.
Aussitôt accepté par Benjamin Netanyahou, la pression s’est portée sur le Hamas, qui y a d’abord vu un piège tant les zones d’ombre étaient nombreuses. Puis, après trois jours de pourparlers indirects au Caire sous l’égide de l’Égypte et du Qatar, les négociateurs des deux camps ont fini par accepter un accord signé dans l’urgence, plus par lassitude que par conviction, où chacun espère gagner du temps sans rien céder de fondamental.
C’est dans cette atmosphère de soulagement fragile, marquée par la libération simultanée des otages israéliens et des prisonniers palestiniens, et par le retrait progressif de l’armée israélienne vers les lignes de déploiement prévues dans le plan de paix, que s’est ouvert à Charm el-Cheikh le sommet pour Gaza. Présidé par Trump et Abdel Fattah al-Sissi, il a réuni une vingtaine de dirigeants, du Roi de Jordanie à Emmanuel Macron, en passant par Erdogan, Mahmoud Abbas et le secrétaire général de l’ONU. Officiellement, il s’agissait de « mettre fin à la guerre et d’ouvrir une nouvelle page de stabilité régionale ». En réalité, chacun avait son agenda, les États-Unis pour sanctuariser leur influence, les Européens pour sauver la façade humanitaire, les pays arabes pour ne pas laisser Washington seul aux commandes.
Ni Israël, ni le Hamas n’étaient présents. Un détail qui dit tout, on parle de paix sans les belligérants. Les garants autoproclamés, à savoir États-Unis, Égypte, Qatar, Turquie, s’apprêtent à signer un « document de fin de guerre », mais aucun ne semble se soucier de la suite. Qui dirigera Gaza demain ? Qui désarmera le Hamas ? Et surtout, qui rendra aux Palestiniens leur souveraineté ? Ces questions, essentielles, sont reléguées à plus tard, comme toujours.
La France plaide pour que l’Autorité palestinienne reprenne pied à Gaza, mais ni Washington ni Tel-Aviv n’en veulent. Les États-Unis préfèrent miser sur une « force internationale de stabilisation » dont le mandat, les moyens et la légitimité restent flous. Tony Blair, pressenti pour en superviser la mise en place, symbolise à lui seul cette diplomatie du recyclage (et le temps où le territoire était sous mandat britannique) : les mêmes visages, les mêmes promesses, les mêmes impasses.
80 ans pour ça !
A Charm el-Cheikh, les puissants ont paradé au nom de la paix, mais peu ont parlé des Gazaouis, de leur avenir politique, de leur reconstruction, de leur dignité. Et une fois les photos prises et les discours prononcés, les dirigeants sont repartis aussi vite qu’ils étaient venus. L’émotion du cessez-le-feu et des retrouvailles ne doit pas masquer l’essentiel : un cessez-le-feu n’est pas une paix. La solution à deux États n’est même plus évoquée. Sans vision, sans projet collectif, sans reconnaissance de leurs droits, les habitants de Gaza resteront les otages d’un statu quo fragile.
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