Comment le Maroc peut peser dans l’avenir des pays les moins avancés ?
Le tramway de Rabat © Ayoub Jouadi / LeBrief
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Le rapport LDC 2025 met en évidence une réalité tenace : malgré certains progrès enregistrés ces dernières décennies, la majorité des pays les moins avancés demeurent enfermés dans des structures économiques fragiles. Leur dépendance aux matières premières, la faiblesse de leur base industrielle et leur exposition accrue aux chocs extérieurs limitent leurs marges de manœuvre.
La pandémie, suivie des tensions géopolitiques et des crises alimentaires et énergétiques, a accentué ces vulnérabilités. Le document souligne que plusieurs PMA ont vu leur dette publique exploser, réduisant leur capacité d’investissement dans les secteurs stratégiques tels que l’éducation, la santé ou les infrastructures. Parallèlement, le financement climatique reste insuffisant au regard de leur exposition disproportionnée aux risques environnementaux.
Dans ce paysage incertain, la diversification des partenaires économiques apparaît comme un levier central. Les PMA ne peuvent plus compter uniquement sur leurs partenaires traditionnels du Nord. Le rapport insiste ainsi sur l’importance croissante des échanges Sud-Sud et des mécanismes régionaux de coopération.
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Le rôle croissant des partenariats Sud-Sud
C’est dans cette dynamique que le Maroc est évoqué. Sans être concerné par la catégorie des PMA, le Royaume figure dans le rapport comme acteur participant aux nouvelles configurations économiques régionales, notamment en Afrique.
Le document met en avant l’évolution des flux commerciaux et d’investissements entre pays du Sud. Ces échanges intra-africains et interrégionaux permettent aux PMA de réduire leur dépendance à l’égard de marchés volatils. Ils favorisent également le transfert de compétences, le partage d’expériences en matière de réformes structurelles et la mise en place de projets communs dans des secteurs stratégiques.
Le Maroc, engagé depuis plusieurs années dans une politique africaine active, s’inscrit dans cette tendance. L’expansion de ses entreprises sur le continent, le développement de partenariats bancaires et industriels, ainsi que sa participation à des initiatives de coopération technique illustrent cette orientation. Le rapport souligne que ce type d’engagement peut contribuer à renforcer les capacités productives des économies les plus vulnérables.
Au-delà des flux commerciaux, la coopération triangulaire — impliquant un pays émergent, un PMA et un partenaire multilatéral — est présentée comme un modèle prometteur. Elle permet de combiner financement, expertise technique et ancrage régional. Dans cette perspective, les économies intermédiaires comme le Maroc peuvent jouer un rôle de relais.
Industrialisation et transformation structurelle : des leçons à partager
L’un des messages centraux du rapport LDC 2025 concerne l’impératif de transformation structurelle. Pour sortir durablement de la catégorie des PMA, il ne suffit pas d’améliorer les indicateurs macroéconomiques à court terme. Il est nécessaire de développer une base industrielle solide, de diversifier les exportations et de renforcer les chaînes de valeur locales.
Le document insiste sur la faiblesse persistante de l’industrialisation dans de nombreux PMA, dont les économies restent dominées par l’agriculture de subsistance ou l’extraction de ressources naturelles brutes. Cette spécialisation limite la création d’emplois qualifiés et rend ces pays particulièrement vulnérables aux fluctuations des prix internationaux.
Dans ce contexte, l’expérience marocaine en matière de diversification économique est indirectement pertinente. Le Royaume a misé sur des secteurs à plus forte valeur ajoutée, développé des plateformes industrielles et investi dans les infrastructures logistiques. Sans présenter le Maroc comme un modèle à reproduire à l’identique, le rapport suggère que les trajectoires des économies émergentes du Sud peuvent constituer des sources d’inspiration pour les PMA en quête de transformation.
L’intégration régionale est également mise en avant comme moteur de développement. Les marchés nationaux des PMA étant souvent étroits, l’accès à des espaces économiques élargis est crucial. La coopération avec des partenaires africains plus industrialisés peut faciliter l’intégration dans des chaînes de valeur régionales.
Le défi du financement et de la résilience climatique
Autre axe majeur du rapport : le financement du développement. Les PMA font face à un déficit chronique de ressources pour financer leurs transitions économiques et climatiques. L’accès aux capitaux internationaux demeure coûteux, tandis que l’aide publique au développement tend à stagner.
Le rapport appelle à une réforme des mécanismes financiers internationaux afin de mieux prendre en compte la vulnérabilité structurelle des PMA. Il plaide pour un accès simplifié aux fonds climatiques, un allègement du poids de la dette et des instruments innovants de financement.
Dans cette architecture, les partenariats régionaux et les institutions financières africaines sont présentés comme des leviers complémentaires. Les pays du Sud disposant de systèmes bancaires plus développés et d’une capacité d’investissement accrue peuvent contribuer à mobiliser des ressources à l’échelle continentale.
Le Maroc, qui a consolidé sa présence financière en Afrique et multiplié les initiatives liées à la transition énergétique et au développement durable, s’inscrit dans cette dynamique. Le rapport met en lumière le rôle que peuvent jouer ces acteurs intermédiaires dans la diffusion des solutions technologiques et dans la structuration de projets d’infrastructure.
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Vers une solidarité africaine renouvelée ?
Au-delà des données économiques, LDC 2025 pose une question politique : comment éviter que les PMA ne restent en marge de la croissance mondiale ? Le document met en garde contre le risque d’un décrochage durable si les inégalités d’accès au financement, à la technologie et aux marchés persistent.
La montée en puissance des partenariats Sud-Sud est présentée comme une opportunité, mais elle ne saurait se substituer à une réforme plus large du système économique international. Les économies émergentes ont un rôle d’appui, mais la responsabilité demeure collective.
Pour le Maroc, cette configuration ouvre un espace stratégique. En renforçant ses liens avec les PMA africains, le Royaume peut consolider son positionnement continental tout en participant à la construction d’un écosystème économique plus résilient. L’enjeu dépasse la simple coopération bilatérale : il s’agit d’inscrire ces partenariats dans une vision de transformation structurelle partagée.
Le rapport rappelle enfin que la sortie de la catégorie des PMA ne constitue pas une fin en soi. Plusieurs pays ayant franchi ce seuil restent confrontés à des fragilités persistantes. La durabilité des progrès dépend de la capacité à maintenir la diversification économique, à renforcer la gouvernance et à investir dans le capital humain.
Dans un monde fragmenté, où les chaînes d’approvisionnement se reconfigurent et où la transition écologique redéfinit les priorités industrielles, les solidarités régionales prennent une dimension stratégique. À travers les dynamiques mises en évidence par LDC 2025, le Maroc apparaît moins comme un simple observateur que comme un acteur potentiel d’une nouvelle géographie du développement africain.
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