Cannabis thérapeutique : les fondements du modèle marocain se consolident

Avatar de Mouna Aghlal

Temps de lecture :

Cannabis thérapeutique : les fondements du modèle marocain se consolidentCannabis © DR

A
A
A
A
A

La réussite du modèle marocain en matière de réglementation de l’usage licite du cannabis repose sur une équation claire, notamment grâce à la diversification des applications thérapeutiques, à un cadre réglementaire rigoureux et au développement d’une industrie adaptée. C’est ce qu’a affirmé, jeudi à Casablanca, le directeur général de l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC), Mohamed El Guerrouj.

Intervenant à l’ouverture d’un colloque scientifique consacré au thème « Le cannabidiol (CBD) : applications cliniques et perspectives thérapeutiques au Maroc », il a souligné que « le vaste chantier de la légalisation encadrée du cannabis avance avec sérénité et responsabilité ». L’objectif, a-t-il précisé, est de concilier les exigences de santé publique avec les opportunités économiques offertes par cette nouvelle filière.

Plus de 100 produits à base de CBD sur le marché

Illustrant cette dynamique, le directeur général de l’ANRAC a indiqué que 109 produits à base de cannabis CBD ont déjà été fabriqués par des industriels pharmaceutiques et des opérateurs autorisés. Ces produits sont enregistrés auprès de l’Agence marocaine du médicament et des produits de santé (AMMPS) et commercialisés sur le marché national.

Dans le détail, cette offre comprend notamment 50 compléments alimentaires et 50 produits cosmétiques contenant du CBD, aujourd’hui disponibles dans plus de 600 points de vente à travers le Royaume. Une progression graduelle, mais strictement encadrée, qui témoigne de la structuration progressive de la filière.

Lire aussi : Cannabis licite : bilan 2024 et ambitions pour 2025

De son côté, le directeur général du site Casablanca de la Fondation Mohammed VI des sciences et de la santé (FM6SS), Khalid Sair, a mis en avant l’évolution des perceptions autour du CBD. Longtemps associé à des représentations négatives, celui-ci s’impose désormais comme un domaine de recherche scientifique crédible, structuré et en constante expansion à l’échelle internationale.

Selon lui, les molécules issues du cannabis sont aujourd’hui abordées à travers une approche résolument scientifique, pharmacologique et thérapeutique, marquant une rupture avec les visions antérieures.

Des perspectives cliniques multiples, mais encadrées

Les champs d’exploration clinique sont variés, a relevé Khalid Sair, citant notamment la prise en charge de la douleur chronique, certaines formes d’épilepsie résistante, les troubles neurologiques, l’oncologie de support ou encore les soins palliatifs.

Il a toutefois insisté sur la nécessité d’adosser cette évolution à des preuves scientifiques solides, à des protocoles cliniques rigoureux, à un cadre réglementaire clair et à une formation adéquate des professionnels de santé, appelant les institutions concernées à assumer pleinement leurs responsabilités.

Pour le président du Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM), Muhammadin Boubekri, « le succès de cette filière repose sur un trépied institutionnel unique ». Celui-ci associe la légalité et la souveraineté assurées par l’ANRAC, l’excellence académique incarnée par l’Université Mohammed VI des Sciences et de la Santé (UM6SS) et la vigilance éthique garantie par le CNOM.

Lire aussi : Cannabis : croissance explosive et initiatives de régulation

Muhammadin Boubekri a rappelé le rôle central du Conseil dans l’encadrement de cette innovation médicale, afin d’assurer le respect de l’éthique, des bonnes pratiques et la protection tant du prescripteur que du patient. Il a également souligné l’apport déterminant des sociétés savantes, estimant que « la science doit rester la seule boussole ».

Un cadre légal strict et une industrie en mutation

Cette initiative intervient dans un contexte marqué par une avancée significative du Maroc dans la réglementation du cannabis à usage médical. Elle ouvre la voie à une intégration maîtrisée de ses applications thérapeutiques, tout en consolidant la position du Royaume parmi les pays ayant adopté l’usage médical du CBD et du THC dans un cadre juridique strict.

Dans ce dispositif, l’industrie pharmaceutique nationale est désormais autorisée à produire des médicaments à base de cannabis, principalement composés de CBD et de THC, destinés à des indications thérapeutiques précises et soumis à prescription médicale.

Enfin, le CBD, molécule non psychoactive, peut également être utilisé dans la composition de compléments alimentaires, à condition de respecter des normes strictes concernant les dosages, la concentration en CBD et l’absence ou quasi-absence de THC, conformément à la législation en vigueur définie par l’ANRAC. Cette vigilance réglementaire reste au cœur du modèle marocain.

Dernier articles
Les articles les plus lu
Eau, énergie, alimentation : le HCP lance une prospective nationale à l’horizon 2040

Economie - Le HCP lance une étude prospective à l’horizon 2040 sur le Nexus Eau–Énergie–Alimentation. Associant plusieurs ministères et Bank Al-Maghrib.

Mouna Aghlal - 11 février 2026
Maroc-Croatie : des opérateurs économiques explorent les opportunités d’investissement et de coopération

Economie - La Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) a accueilli, mercredi à Casablanca, une délégation d'entrepreneurs de la Chambre d'Économie de Croatie pour identifier des opportunités concrètes d'investissement et de partenariat dans des domaines à fort potentiel.

El Mehdi El Azhary - 11 février 2026
Une délégation américaine à Dakhla pour explorer les opportunités d’investissement

Economie - Une délégation américaine a visité Dakhla pour explorer les opportunités d’investissement, notamment dans la santé.

Mouna Aghlal - 11 février 2026
Loi de Finances 2026 : la TGR précise les règles d’exécution budgétaire

Économie - La TGR précise les modalités d’application de la Loi de Finances 2026, avec un accent sur la dématérialisation, le suivi budgétaire et le respect des délais de paiement pour une gestion publique plus efficace.

Ilyasse Rhamir - 11 février 2026
Protection du consommateur : le ministère de l’Industrie lance un appel à projets

Économie-Le ministère de l’Industrie et du Commerce a annoncé le lancement d’un appel à manifestation d’intérêt à destination des fédérations de protection du consommateur.

Wissal Bendardka (stagiaire) - 10 février 2026
CDM 2030 : la CGEM appelle à un cadre de collaboration entre les entreprises des 3 pays organisateurs

Économie – Chakib Alj a appelé à mettre en place un cadre de collaboration entre les entreprises des pays organisateurs de la CDM 2030.

El Mehdi El Azhary - 10 février 2026
Voir plus
Visa Schengen : le cauchemar européen à prix d’or

Dossier - Entre les délais interminables, les coûts exorbitants et les parcours semés d’embûches, obtenir un visa Schengen c’est devenu…

Sabrina El Faiz - 26 juillet 2025
Coût, impact… tout savoir sur la nouvelle LGV Kénitra-Marrakech

Économie - Le Maroc lance l’extension de sa LGV vers Marrakech, un projet structurant qui transformera durablement la mobilité, l’économie et la connectivité entre les grandes villes.

Hajar Toufik - 25 avril 2025
Où en est l’avancement du gazoduc Nigeria-Maroc ?

Économie - Le projet de gazoduc Nigeria-Maroc progresse : 13 pays engagés, signature intergouvernementale à venir et lancement d’un premier tronçon entre Nador et Dakhla.

Hajar Toufik - 14 juillet 2025
BTP : le Maroc bétonne ses règles

Dossier - Pas d’attestation, pas de chantier. C’est simple, non ? Pas de couverture décennale, pas de livraison. N'y réfléchissons pas trop !

Sabrina El Faiz - 19 juillet 2025
Régions : qui profite vraiment du Maroc des grands chantiers ?

Économie - Le Maroc construit partout, mais se développe-t-il partout ? Analyse région par région…

Sabrina El Faiz - 25 octobre 2025
Indemnités CNSS 2025 : nouveaux plafonds et conditions d’exonération

Économie - Un arrêté du 19 mai 2025 redéfinit les règles d’exonération des indemnités liées au transport, à la représentation ou aux aides sociales. La CNSS est désormais dotée d’un cadre harmonisé avec la fiscalité, garantissant plus de clarté pour les employeurs.

Ilyasse Rhamir - 20 octobre 2025
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire