Où en est le projet de loi sur la grève ?

Mbaye Gueye

Temps de lecture :

CDT: une marche nationale de protestation à Casablanca prévue le dimanche 23 févrierLors d'une marche de la CDT. DR

A
A
A
A
A

C’est dans un contexte économique tendu, marqué par l’inflation et le chômage, que les syndicalistes et le ministre de l’Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l’Emploi et des Compétences, Younes Sekkouri, ont engagé un bras de fer autour du projet de loi organique n°97.15 portant sur le droit de grève. Déterminé à mener cette initiative à terme, le ministre fait face à l’opposition des syndicats, partis politiques et une partie de la société civile.

Syndicalistes, associations, partis politiques et une partie de société sont vent debout contre le projet de loi organique n°97.15 portant sur le droit de grève proposé par le gouvernement. Le texte est actuellement en examen à la Chambre des représentants. Tous se sont réunis autour d’une coalition appelée «Front de défense du droit de grève». Elle regroupe 18 entités syndicales, politiques et des droits humains.

Pour les membres du front, cette initiative constitue une réponse au projet de loi qui limite sévèrement leur droit constitutionnel de grève. Ils estiment que les dispositions de ce texte ne respectent pas la Constitution dans la mesure où seuls les syndicats et les salariés sont concernés.

Lire aussi : CDT : une mobilisation nationale pour défendre les droits sociaux

Par ailleurs, le front explique que le texte interdit plusieurs types de grève, notamment la grève politique et la grève de solidarité. En plus de cela, les conditions requises pour mener une grève sont irréalisables dans le secteur privé, ainsi que dans le secteur public, en raison de la lenteur du processus dans ce dernier.

Le front critique la méthode entreprise dans l’élaboration du projet de loi. Ils déplorent l’absence d’une démarche participative avec les acteurs sociaux et autres forces vives concernées. Ils soulignent l’importance de ce texte législatif qui touche l’ensemble des citoyens marocains. Selon eux, durant la dernière session du dialogue social, ils avaient convenu de la reprise des discussions autour de cette loi, à condition qu’elle fasse l’objet d’un dialogue élargi, et d’arriver au consensus avant qu’elle ne soit présentée au Parlement. Mais, le gouvernement en a décidé autrement, marquant ainsi une rupture avec l’engagement qu’il avait pris.

Une atteinte flagrante aux droits des travailleurs

Pour sa part, l’Union marocaine du travail (UMT) dénonce une atteinte flagrante aux droits des travailleurs. Le groupement syndicaliste reproche également au gouvernement d’avoir avancé ce projet sans un dialogue approfondi avec les partenaires sociaux. L’UMT considère ce texte comme une tentative de vider le droit de grève de son essence, en le transformant en un processus bureaucratique contraignant. Même si l’UMT n’a pas encore adhéré au front, le syndicat s’inscrit dans la même logique.

Pourtant les parlementaires avaient invité le gouvernement à tenir compte des recommandations du Conseil économique social et environnemental (CESE) et du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) sur le projet de loi encadrant le droit de grève. Ces institutions critiquent des mesures jugées restrictives, telles que l’interdiction des grèves de solidarité, des grèves tournantes ou encore de l’occupation des lieux de travail. En réponse, le ministre de l’Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l’Emploi et des Compétences, Younes Sekkouri, a exprimé sa volonté d’intégrer les observations des élus, suggérant que des amendements pourraient être apportés.

Lire aussi : Les avocats reprennent le chemin des tribunaux

Le gouvernement, lui, vise à encadrer le droit de grève pour garantir la continuité des services essentiels. Mais cette loi est jugée restrictive par les syndicats et soulève de sérieuses inquiétudes sociales. Le texte propose de nouvelles mesures, notamment l’obligation pour les syndicats de notifier à l’avance les autorités et les employeurs en cas de grève, et d’épuiser les voies de résolution des conflits avant de recourir à ce droit. De plus, des sanctions sévères, incluant des amendes et des peines d’emprisonnement, sont prévues en cas de non-respect des règles. Les grèves dites «sauvages» seraient déclarées illégales, accentuant les tensions.

En dépit des recommandations émises de part et d’entre, l’exécutif semble déterminer à mener à bout ce projet de loi.

Dans un contexte économique tendu, marqué par l’inflation et le chômage, cette réforme est perçue comme un signal de défiance envers les revendications des travailleurs. Les syndicats appellent à un retrait immédiat du projet et à un retour à la table des négociations. Ils insistent sur la nécessité d’un équilibre entre les droits des salariés et les exigences de l’État, tout en préservant le cadre démocratique. Ce désaccord illustre la fracture croissante entre le gouvernement et les syndicats, mettant en lumière la complexité de réconcilier réforme législative et justice sociale.

Dernier articles
Les articles les plus lu
Hajj 1447H : nouvelle période pour récupérer le reliquat

Société - Une période exceptionnelle est ouverte du 6 au 16 avril pour permettre aux pèlerins n’ayant pas récupéré leur reliquat du Hajj 1447H de le faire. Le montant de 1.979 dirhams pourra être retiré auprès des agences Al Barid Bank.

Ilyasse Rhamir - 1 avril 2026
Le PJD plaide pour le retour à l’heure légale

Société - Le PJD annonce son soutien officiel à la suppression de l’heure additionnelle et au retour à l’heure légale.

El Mehdi El Azhary - 1 avril 2026
Science Week 2026 : la faim invisible, un défi stratégique pour le développement humain

Société - La faim invisible touche deux milliards de personnes et affecte à la fois la santé et la productivité. Une nutrition adéquate et la biofortification des cultures sont essentielles.

Mouna Aghlal - 1 avril 2026
Lune rose : un spectacle printanier visible au Maroc

Société - Phénomène céleste associé au printemps, la lune rose sera observable au Maroc début avril. Malgré son nom, elle ne change pas de couleur. Ce rendez-vous astronomique symbolise le renouveau et attire les passionnés du ciel.

Ilyasse Rhamir - 1 avril 2026
Lutte anticorruption : le Maroc fort en lois, faible en résultats, selon l’OCDE

Société - Malgré un cadre anticorruption avancé, le Maroc peine à appliquer ses lois, freinant efficacité, transparence, confiance institutionnelle et attractivité économique.

El Mehdi El Azhary - 1 avril 2026
Recruter les meilleurs, faire confiance aux talents : comment atteindre l’excellence académique ?

Société - Lors de la Science Week 2026 à l’UM6P, le professeur Willy Zwaenepoel a partagé sa vision pour bâtir une institution d’excellence.

Mouna Aghlal - 1 avril 2026
Voir plus
Aïd Al-Fitr 1447 pourrait tomber le samedi 21 mars

Société - Selon les calculs astronomiques, Aïd al-Fitr 2026 pourrait tomber le samedi 21 mars au Maroc. La visibilité du croissant lunaire est prévue vendredi soir, mais la date officielle sera confirmée par le ministère des Habous.

Ilyasse Rhamir - 9 mars 2026
Ramadan : horaires spéciaux du tramway de Casablanca

Société - Le réseau CASA Tramway adopte des horaires spéciaux durant le mois de Ramadan.

Mouna Aghlal - 17 février 2026
8 mars : 8 Marocaines qui bousculent les lignes

Société-A l’occasion du 8 mars, LeBrief rend hommage à 8 femmes que nous avons rencontrées et interviewées ces derniers mois.

Sabrina El Faiz - 8 mars 2026
Manifestations de la « GenZ 212 » : 60 personnalités marocaines exhortent le Roi à engager des réformes profondes

Société - Soixante figures marocaines appellent le roi Mohammed VI à lancer des réformes profondes en phase avec les revendications de la jeunesse.

Hajar Toufik - 8 octobre 2025
Travaux : les Casablancais n’en peuvent plus !

Dossier - Des piétons qui traversent d’un trottoir à l’autre, des voitures qui zigzaguent… À croire que les Casablancais vivent dans un jeu vidéo, sans bouton pause.

Sabrina El Faiz - 12 avril 2025
Ramadan 2026 : la Zakat Al Fitr fixée à 25 dirhams

Société - Le Conseil supérieur des oulémas annonce la valeur de la Zakat Al Fitr pour 2026 à 25 dirhams pour l'année 1447 de l'Hégire.

Mouna Aghlal - 12 mars 2026
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire