PLF 2027 : combien les salariés marocains gagneront-ils réellement ?
Image d’illustration PLF 2027 © DR
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L’annonce a suscité de nombreuses interrogations chez les salariés marocains : combien de dirhams supplémentaires apparaîtront effectivement sur leur fiche de paie à partir de janvier 2027 ? Présentant les grandes orientations du Projet de loi de finances (PLF) 2027 devant les deux chambres du Parlement, le ministre de l’Économie, des Finances et de la Performance publique, Fouzi Lekjaa, a annoncé que les salaires mensuels nets inférieurs à 10.000 dirhams seraient totalement exonérés de l’impôt sur le revenu. La mesure concernerait, selon ses estimations, 87% des salariés et permettrait à la majorité des personnes concernées de gagner environ 500 dirhams supplémentaires par mois, pour un coût budgétaire estimé à 5,5 milliards de dirhams en 2027.
Derrière cette annonce, la réforme mérite toutefois une lecture plus précise. Le seuil de 60.000 dirhams prévu par le projet de loi concerne le revenu annuel net imposable, et non le salaire brut ni nécessairement le montant effectivement viré sur le compte bancaire du salarié. Cette distinction est fondamentale pour comprendre les gains annoncés, car le calcul de l’IR dépend de plusieurs paramètres allant des cotisations sociales aux frais professionnels déductibles, ou encore les éventuelles indemnités exonérées et la situation familiale du contribuable.
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60.000 DH de revenu imposable, mais quel salaire réellement exonéré ?
La première disposition de la réforme consiste à relever le seuil annuel d’exonération totale de l’impôt sur le revenu de 40.000 à 60.000 dirhams. En équivalent mensuel, cela correspond à une base imposable de 5.000 dirhams. Autrement dit, les 5.000 premiers dirhams de revenu net imposable mensuel seraient exonérés à partir de 2027.
Ce montant ne correspond cependant pas à un plafond de salaire brut. Pour déterminer l’assiette fiscale d’un salarié, il faut d’abord partir de sa rémunération globale, comprenant le salaire de base ainsi que les primes, gratifications et indemnités. Les éléments bénéficiant d’une exonération légale sont ensuite retranchés, avant l’application des déductions prévues par le Code général des impôts.
Parmi ces déductions figurent notamment les cotisations à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), à l’assurance maladie obligatoire (AMO) et les frais professionnels. Sur ce dernier point, le PLF 2027 prévoit une modification importante ; le taux forfaitaire de déduction des frais professionnels serait porté à 45% pour les salariés concernés, contre 35% pour les rémunérations brutes imposables annuelles ne dépassant pas 78.000 dirhams et 25% au-delà, selon le dispositif actuellement applicable. Le plafond annuel de cette déduction resterait fixé à 35.000 dirhams.
Il faut souligner que cette déduction de 45% ne constitue pas une somme supplémentaire versée au salarié. Elle réduit la base sur laquelle l’administration fiscale calcule l’impôt. Elle ne doit donc pas être confondue avec une augmentation de 45% du salaire net ou une réduction directe de 35.000 dirhams de l’impôt dû.
La situation personnelle intervient également dans le calcul. Les réductions d’impôt liées aux personnes à charge, les cotisations complémentaires et la nature des indemnités perçues peuvent modifier sensiblement le montant de l’IR. Deux salariés touchant le même salaire brut, ou même un montant identique sur leur compte bancaire, ne sont donc pas nécessairement soumis au même prélèvement fiscal.
C’est précisément cette différence entre revenu imposable et salaire effectivement perçu qui explique les difficultés d’interprétation de l’annonce gouvernementale. Ainsi, le seuil de 10.000 dirhams avancé par le ministre constitue un repère indicatif. L’exonération effective dépend de la composition de la rémunération et des déductions applicables à chaque dossier.
Des gains qui varient selon le niveau de rémunération
Pour apporter un éclairage chiffré, le fiscaliste et universitaire Mohamed Rahj a réalisé une simulation couvrant la période 2027-2031. Celle-ci repose sur l’hypothèse d’un salarié célibataire, sans personnes à charge, avec un salaire brut et des prélèvements sociaux maintenus à leur niveau initial. Elle permet ainsi d’isoler l’effet de la réforme fiscale sur le revenu mensuel disponible.
Premier enseignement : les salariés dont la rémunération est déjà exonérée d’IR ne bénéficieront pas nécessairement d’un supplément. Dans cette simulation, un salarié percevant 6.000 dirhams bruts par mois ne gagnerait rien, puisqu’il ne paie déjà pas d’impôt sur le revenu. À l’inverse, celui qui touche 10.000 dirhams bruts bénéficierait d’un gain estimé à 349 dirhams par mois dès 2027. Son salaire net passerait ainsi de 8.457 à 8.806 dirhams.
Pour les rémunérations plus élevées, les gains seraient plus importants et progresseraient au fil des étapes de la réforme. Un salarié percevant 15.000 dirhams bruts par mois gagnerait 500 dirhams supplémentaires en 2027. Ce montant passerait à 868 dirhams en 2028, puis à 1.205 dirhams à partir de 2029, niveau qui serait maintenu en 2030 et 2031.
Pour un salaire brut de 20.000 dirhams, l’économie mensuelle atteindrait également 500 dirhams en 2027. Elle passerait ensuite à 1.286 dirhams en 2028, puis à 1.878 dirhams en 2029, avant d’atteindre 2.044 dirhams en 2030 et de se maintenir à ce niveau en 2031.
La progression serait encore plus marquée pour les rémunérations supérieures. Dans le cas d’un salaire mensuel brut de 30.000 dirhams, le gain estimé serait de 500 dirhams en 2027, de 1.467 dirhams en 2028, de 2.287 dirhams en 2029, puis de 2.837 dirhams en 2030. Il atteindrait 3.604 dirhams en 2031.
Pour un salaire brut de 40.000 dirhams, l’économie mensuelle progresserait de 500 dirhams en 2027 à 1.467 dirhams en 2028, puis à 2.470 dirhams en 2029 et 3.479 dirhams en 2030. À l’issue de la réforme, elle atteindrait 5.163 dirhams par mois.
Enfin, les salariés percevant 50.000 dirhams bruts mensuels bénéficieraient d’un allègement estimé à 500 dirhams en 2027, puis à 1.467 dirhams en 2028, 2.654 dirhams en 2029 et 4.121 dirhams en 2030. Le gain mensuel atteindrait 6.621 dirhams en 2031, soit près de 79.500 dirhams sur une année.
Il convient toutefois de préciser que ces montants correspondent à des économies fiscales mensuelles comparées à la situation de référence de 2026. Ils ne représentent pas des augmentations qui viendraient s’ajouter, année après année, au gain de l’exercice précédent. Ainsi, les 1.205 dirhams annoncés pour un salaire brut de 15.000 dirhams en 2029 constituent le gain total estimé par rapport à 2026, et non un supplément de 1.205 dirhams qui viendrait s’ajouter aux 868 dirhams de 2028.
Une réforme progressive jusqu’en 2031
L’allègement fiscal ne se limitera pas au relèvement du seuil d’exonération en 2027. Le PLF prévoit une révision successive des tranches et des taux d’imposition pendant cinq exercices, avec un barème définitif qui entrerait en vigueur en 2031.
En 2027, les revenus imposables annuels jusqu’à 60.000 dirhams seraient exonérés. La fraction comprise entre 60.001 et 80.000 dirhams serait imposée à 10%, celle entre 80.001 et 100.000 dirhams à 20%, tandis que le taux de 34% s’appliquerait à la tranche de 100.001 à 180.000 dirhams. Au-delà de ce dernier seuil, le taux marginal resterait fixé à 37%.
En 2028, le seuil d’exonération ne changerait pas, mais la tranche imposée à 10% serait élargie jusqu’à 100.000 dirhams. Les revenus compris entre 100.001 et 200.000 dirhams seraient soumis à un taux de 25%, tandis que la fraction supérieure à 200.000 dirhams resterait imposée à 37%.
La baisse se poursuivrait en 2029. La tranche à 10% couvrirait alors les revenus imposables compris entre 60.001 et 130.000 dirhams. Celle comprise entre 130.001 et 200.000 dirhams serait taxée à 20%, tandis que le taux marginal supérieur serait ramené de 37% à 35%.
En 2030, le taux maximal passerait à 30%. La tranche imposée à 10% s’étendrait jusqu’à 150.000 dirhams annuels, contre 200.000 dirhams pour la limite supérieure de la tranche à 20%. Le taux de 30% s’appliquerait à la fraction dépassant 200.000 dirhams.
Le barème définitif prévu pour 2031 conserverait ces deux premières tranches, mais élargirait considérablement celle soumise à 20%. Celle-ci couvrirait les revenus imposables compris entre 150.001 et 500.000 dirhams. Le taux marginal de 30% ne concernerait désormais que la fraction dépassant 500.000 dirhams par an, soit environ 41.667 dirhams de revenu imposable mensuel.
Cette évolution est importante pour comprendre la répartition de l’effort fiscal. En 2027, le taux maximal de 37% resterait applicable aux revenus dépassant 180.000 dirhams annuels. En 2031, le taux de 30% ne concernerait plus que la fraction supérieure à 500.000 dirhams. Il ne faut toutefois pas comprendre ce mécanisme comme une imposition de l’ensemble du revenu à 30%. L’IR reste progressif ; chaque taux ne s’applique qu’à la fraction du revenu située dans la tranche correspondante.
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87% des salariés exonérés : une portée importante, mais des situations différentes
Au-delà des gains individuels, le gouvernement présente la réforme comme une mesure de soutien au pouvoir d’achat des classes moyennes et de rééquilibrage de la fiscalité des revenus du travail. Selon Fouzi Lekjaa, la proportion de salariés exonérés de l’IR atteindrait 87% à partir de janvier 2027. Seuls 13% continueraient donc à acquitter cet impôt, selon les projections du ministre.
Les données de la CNSS pour l’année 2025 donnent également un aperçu de la structure des rémunérations dans le secteur privé. Sur les 4.218.595 salariés déclarés, 91,8% percevaient un salaire mensuel moyen déclaré inférieur ou égal à 10.000 dirhams, tandis que 344.058 salariés se situaient au-dessus de ce niveau. Cette répartition ne peut toutefois pas être directement assimilée à la proportion de salariés exonérés annoncée par le gouvernement puisque les deux chiffres ne reposent pas nécessairement sur le même périmètre ni sur les mêmes critères de calcul fiscal.
Un autre élément à prendre en considération est que la réforme du barème ne concerne pas exclusivement les salariés du privé. Elle s’appliquerait également aux fonctionnaires et à certaines catégories de contribuables dont les revenus professionnels sont soumis au barème progressif de l’IR, notamment les personnes physiques relevant des régimes du résultat net réel ou du résultat net simplifié.
L’effet de la réforme sur le montant effectivement perçu dépendra également du mode de rémunération convenu avec l’employeur. Lorsqu’un salaire est négocié en brut, la diminution de l’impôt doit, toutes choses égales par ailleurs, améliorer le montant net versé au salarié. En revanche, dans le cadre d’un accord sur un salaire net garanti, l’employeur peut ajuster la rémunération brute pour maintenir le montant net convenu. Dans cette configuration, la baisse de l’impôt ne se traduira pas nécessairement par un supplément sur le compte bancaire du salarié.
Le PLF prévoit également une évolution du traitement fiscal de certaines indemnités professionnelles à partir de 2031. L’exonération serait réservée aux remboursements de frais réellement engagés, justifiés et supportés dans l’intérêt de l’employeur. Les indemnités permanentes liées à l’exercice normal de la fonction seraient, quant à elles, assimilées à des compléments de salaire imposables. La déduction forfaitaire pour frais professionnels ne pourrait alors plus être cumulée avec certaines exonérations d’indemnités. Ce changement pourrait également modifier la base imposable de salariés dont la rémunération comprend une part importante de primes et d’indemnités.
La réforme proposée dans le PLF 2027 ne se résume donc pas à une exonération générale des salaires inférieurs à 10.000 dirhams ni à une augmentation uniforme de 500 dirhams. Les gains dépendront du revenu imposable, de la composition de la rémunération, des déductions et de la situation familiale. Si les premières économies apparaîtraient dès janvier 2027, leur progression la plus importante se matérialiserait pour certaines catégories de revenus au fil des changements de barème jusqu’en 2031.
Ces projections restent néanmoins celles d’un projet de loi. Leur application effective dépend de l’adoption définitive du PLF et des éventuelles modifications apportées lors de son examen parlementaire.
La DGI rappelle aux contribuables concernés que la déclaration des délais de paiement du troisième trimestre 2026 doit être déposée au plus tard le 2 novembre.
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