SIDATTES 2026 : comment la recherche peut-elle renforcer la durabilité des oasis ?
Photo prise au SIDATTES 2026, le 28 octobre 2026 © Ayoub Jouadi / LeBrief
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La filière phoenicicole marocaine fait face à plusieurs défis qui dépassent désormais les seules questions de production agricole. La raréfaction des ressources hydriques, la hausse des températures, la dégradation des écosystèmes et les mutations socio-économiques des territoires oasiens imposent de repenser les modèles de développement. C’est dans cette perspective que s’est tenue, à Erfoud, la journée scientifique du Salon international des dattes au Maroc (SIDATTES 2026), autour du thème « Recherche et innovation au service d’une filière phoenicicole durable et d’un développement territorial intégré ».
Cette rencontre a constitué un espace d’échange entre les acteurs scientifiques, institutionnels et professionnels autour des solutions susceptibles d’accompagner l’évolution du secteur. Les discussions ont notamment porté sur deux grands domaines : la mobilisation et la gestion durable des ressources naturelles, ainsi que la valorisation des sous-produits issus du palmier dattier.
Au-delà des performances agricoles, l’enjeu consiste à construire une approche intégrée dans laquelle les différents intervenants du territoire contribuent à des objectifs communs. La recherche scientifique et l’innovation technologique apparaissent ainsi comme des leviers pour améliorer les pratiques, renforcer la productivité et accompagner les exploitations face aux changements climatiques.
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Recherche scientifique : préserver les ressources et valoriser le palmier dattier
L’un des axes abordés lors de cette journée concerne l’exploitation des ressources disponibles dans les territoires oasiens et l’amélioration de leur utilisation. La question hydrique occupe une place centrale dans cette réflexion, compte tenu de la pression croissante exercée sur les ressources en eau.
Les échanges ont également mis l’accent sur les possibilités offertes par la valorisation des sous-produits du palmier dattier. L’objectif est notamment de développer des solutions permettant de mieux exploiter les différentes composantes de cette ressource et de limiter les pertes.
La rencontre a également accordé une place aux nouvelles méthodes scientifiques et aux technologies émergentes. L’intelligence numérique et les applications industrielles figurent parmi les pistes susceptibles d’améliorer les processus de production, l’utilisation des ressources et les capacités d’adaptation des exploitations agricoles.
Dans cette perspective, la recherche ne se limite pas à l’amélioration des rendements. Elle doit aussi contribuer à une meilleure gestion des ressources naturelles et à la construction de systèmes agricoles capables de résister aux aléas climatiques.
Réserve de biosphère des oasis : dix années de transformations passées au crible
Un autre temps fort de la journée a été consacré à la présentation des conclusions de l’examen périodique de la Réserve de biosphère des oasis du Maroc. Cette évaluation décennale permet de mesurer les avancées réalisées depuis la précédente période d’examen et d’apprécier la contribution des différents secteurs au développement de ce territoire.
Le principe des réserves de biosphère repose sur la conciliation de trois fonctions : la conservation des écosystèmes, le développement humain et l’appui à la recherche scientifique. Leur organisation repose sur trois types d’espaces complémentaires. Les zones centrales sont destinées à la protection de la biodiversité, les zones tampons accueillent des activités compatibles avec les objectifs de conservation, tandis que les zones de transition concentrent les activités humaines et économiques.
Le Maroc compte quatre réserves de biosphère, dont celle des oasis. Cette dernière se distingue par son étendue et la diversité de ses milieux naturels. Elle couvre près de sept millions d’hectares et englobe plusieurs territoires provinciaux, notamment dans le Sud-Est du Royaume.
La diversité de ses écosystèmes constitue l’une de ses principales caractéristiques. Des espaces montagneux du Haut Atlas aux plaines arides et aux milieux désertiques, le territoire abrite une variété d’espèces végétales et de formations naturelles. Cette richesse implique des efforts permanents de préservation, notamment face aux effets du changement climatique.
L’examen présenté lors de la rencontre a permis de distinguer deux séquences dans l’évolution de la réserve. Entre 2016 et 2020, les efforts ont principalement porté sur le rattrapage des déficits en matière d’équipements territoriaux, la structuration des filières et l’expérimentation de nouvelles approches. La période 2021-2025 a ensuite été marquée par la consolidation des acquis, la valorisation des ressources et les opérations de restauration, avec une attention accrue portée aux conséquences du changement climatique.
VIDEO – SIDATTES 2026 : les coopératives mettent en avant leur savoir-faire
Stress hydrique : les oasis confrontées à une pression croissante
La question climatique s’est imposée comme l’un des principaux constats de cette évaluation. La baisse des précipitations et l’augmentation des températures fragilisent les équilibres naturels des territoires oasiens et compliquent les conditions de production agricole.
Les données présentées font état d’une diminution des précipitations de 32% dans la province de Zagora, de 23% à Ouarzazate et de 17% à Errachidia au cours des dernières années. Ces évolutions illustrent l’ampleur des pressions exercées sur les ressources hydriques.
Face à cette situation, les politiques de gestion de l’eau ont progressivement évolué. Alors que les interventions antérieures étaient davantage orientées vers la mobilisation de la ressource, les approches développées au cours de la dernière décennie accordent une importance croissante à la sécurité hydrique intégrée. L’économie d’eau, l’amélioration de son utilisation et la réutilisation des ressources figurent parmi les orientations privilégiées.
Les efforts de restauration des milieux naturels constituent un autre volet de cette adaptation. Près de 30.000 hectares ont ainsi fait l’objet d’opérations de reboisement, selon les éléments présentés. Parallèlement, des études menées sur la biodiversité ont permis d’identifier de nouveaux sites d’intérêt biologique et écologique, renforçant la nécessité de poursuivre les actions de conservation.
Développement territorial : des progrès, mais des déséquilibres persistants
L’évaluation décennale ne s’est pas limitée aux aspects environnementaux. Elle a également examiné les transformations démographiques et socio-économiques enregistrées dans le périmètre de la réserve.
La population est passée d’environ 1,46 million d’habitants en 2015 à 1,465 million en 2025, traduisant une relative stabilité à l’échelle globale. Cette évolution masque toutefois des disparités territoriales. Certaines communes connaissent des pertes de population, tandis que d’autres concentrent progressivement les habitants et les activités.
Cette polarisation exerce une pression supplémentaire sur les infrastructures et les équipements collectifs. Elle contribue également à accentuer les difficultés rencontrées par certaines oasis, confrontées à des dynamiques de dépeuplement.
Sur le plan social, la présentation a également fait état d’un recul de la pauvreté multidimensionnelle de 7,7%. Les progrès réalisés dans l’accès à l’eau, à l’électricité, à l’assainissement et aux services éducatifs ont été évoqués parmi les indicateurs permettant d’apprécier l’évolution du territoire.
Le secteur agricole a, lui aussi, connu une transformation de ses priorités. L’approche ne repose plus uniquement sur l’augmentation des volumes produits, mais accorde davantage d’importance à la productivité, à la qualité, à la structuration des filières et à la valorisation des produits territoriaux. La reconnaissance et la labellisation de plusieurs productions locales s’inscrivent dans cette dynamique.
Le tourisme constitue un autre levier de développement. L’orientation présentée consiste à dépasser une logique de visite ponctuelle des sites pour développer une offre davantage ancrée dans le patrimoine naturel et culturel des oasis. Les circuits agrotouristiques, les approches écotouristiques et la valorisation du patrimoine local sont notamment concernés.
VIDEO – SIDATTES 2026 : le ministre de l’Agriculture lance la 15e édition du salon des dattes
Quel avenir pour les oasis marocaines à l’horizon 2035 ?
Les conclusions de l’examen périodique ont également permis de définir les grandes orientations de la prochaine décennie. Un nouveau plan d’action couvrant la période 2026-2035 a ainsi été présenté, avec une ambition résumée par la vision d’« oasis vivantes, résilientes et prospères au cœur d’un territoire solidaire ».
Cette feuille de route s’articule autour de six axes stratégiques, déclinés en objectifs spécifiques et accompagnés d’une programmation financière. Elle vise à poursuivre les efforts de conservation, à renforcer les capacités économiques des territoires et à améliorer leur résilience face aux changements climatiques.
La question de la gouvernance figure également parmi les priorités identifiées. La proposition présentée consiste à mettre en place une unité permanente de gestion de la réserve de biosphère. Cet organe technique aurait pour mission d’assurer la coordination entre les différents intervenants et de constituer un secrétariat opérationnel dédié à la mise en œuvre des orientations retenues.
Il ne s’agirait pas de se substituer aux administrations compétentes ni de reprendre leurs prérogatives juridiques, mais de disposer d’un mécanisme permanent facilitant la coordination et le suivi des actions.
À travers cette journée scientifique, le SIDATTES 2026 a ainsi mis en évidence la nécessité de rapprocher davantage les travaux de recherche des réalités du terrain. L’ambition est de faire de l’innovation un outil concret au service de la filière phoenicicole, tout en intégrant les impératifs de préservation environnementale et de développement territorial. Les échanges doivent notamment permettre de dégager des recommandations et des initiatives collectives pour accompagner durablement les oasis marocaines.
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