Environnement : combien coûte la pollution plastique au Maroc annuellement ?

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Pollution plastique : une facture de 12 MMDH par anPhoto d'illustration © DR

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La pollution plastique coûterait près de 12 milliards de dirhams par an au Maroc, selon un rapport de Greenpeace Middle East and North Africa. L’estimation, qui représente environ 0,8% du PIB, ne porte toutefois que sur les dommages causés aux écosystèmes marins de la Méditerranée. La façade atlantique et plusieurs coûts économiques directs restent exclus du calcul. Les détails.

La facture économique de la pollution plastique pourrait être bien plus lourde que ne le laissent entrevoir les dépenses consacrées à la gestion des déchets. Dans son étude « Counting the Cost of Plastic Pollution in Egypt, Morocco and Tunisia », Greenpeace MENA estime le coût annuel des dommages liés au plastique au Maroc à 1,2 milliard de dollars, soit environ 12 milliards de dirhams. La fourchette retenue s’établit entre 750 millions et 2,5 milliards de dollars.

Cette estimation repose sur l’évaluation des dommages causés par chaque tonne de plastique rejetée en mer, appliquée aux volumes qui atteignent la Méditerranée. Elle ne constitue donc pas un bilan exhaustif de l’ensemble des conséquences économiques de la pollution plastique. Les pertes éventuelles dans le tourisme, la pêche et le transport maritime, ainsi que les coûts sanitaires directs, ne sont pas comptabilisés. La côte atlantique marocaine est également exclue, ce qui fait de ce montant une estimation partielle.

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422.000 tonnes de déchets plastiques par an

Le rapport chiffre à 3,97 millions de tonnes la quantité annuelle de déchets municipaux produite au Maroc, dont 422.000 tonnes de plastique. Environ 250.000 tonnes de ces déchets plastiques sont mal gérées, tandis que 75.000 tonnes atteignent la mer, soit près de 17,8% du volume de plastique généré.

La pression environnementale concerne directement l’économie nationale. Selon les données de Greenpeace, les zones côtières contribuent à hauteur de 59% au PIB et représentent 52% des emplois. En outre, 81% de l’industrie marocaine est implantée sur le littoral, tandis que 65% de la population vit à moins de 100 kilomètres de la mer. Les conséquences de la pollution ne se limitent donc pas à la dégradation des plages et des fonds marins mais concernent également des territoires qui concentrent une part importante de l’activité économique.

L’étude souligne par ailleurs les fortes disparités dans la collecte des déchets. En 2019, le taux de collecte atteignait environ 96% en milieu urbain, contre seulement 10% en milieu rural. Cette dernière proportion laisse une partie importante des déchets hors des circuits organisés, favorisant les dépôts sauvages et le brûlage à l’air libre.

Le tri, principal obstacle au recyclage

Au-delà de la collecte, l’insuffisance des capacités de tri limite la valorisation des déchets plastiques. Selon le rapport, environ 15% des déchets plastiques échappent à la collecte, mais 73% de ceux qui sont collectés ne sont pas recyclés.

Sur les 26 centres de tri prévus à l’échelle nationale, neuf ont été construits et seulement trois sont opérationnels. Vingt-trois centres ne sont donc pas encore en service. Pour Greenpeace, la priorité consiste à rendre ces infrastructures pleinement opérationnelles et à financer leur fonctionnement, tout en étendant la collecte aux zones rurales.

La gestion des déchets pèse aussi sur les finances locales. Dans l’échantillon de communes étudié, les services concernés absorbaient 34% des budgets de fonctionnement et 28% des budgets totaux. À la fin de 2020, les arriérés dus aux opérateurs de collecte atteignaient environ 1,26 milliard de dirhams.

Quinze ans de réglementation, mais des limites persistantes

Le Maroc dispose pourtant d’un cadre réglementaire consacré aux sacs plastiques. La loi 22-10 de 2010 a interdit la fabrication, l’importation, la vente et la distribution des sacs en plastique non dégradables. La loi 77-15 de 2015 a instauré une interdiction plus large des sacs plastiques, tandis que la loi 57-18 de 2020 a renforcé les obligations de déclaration et précisé les missions de contrôle.

Les bilans officiels des deux premières années ont recensé 104 unités industrielles formelles dans la filière des sacs et 3.840 emplois directs et indirects. Un fonds de reconversion doté de 200 millions de dirhams a accompagné cette transition. Malgré ces mesures, le rapport relève que des sacs interdits continuent de circuler dans les souks et le commerce de rue.

Greenpeace invite ainsi à ne pas limiter la réponse à l’application de la législation existante. L’ONG recommande d’étendre la responsabilité des producteurs à l’ensemble des emballages, afin que les entreprises qui mettent ces produits sur le marché contribuent davantage au financement de leur collecte et de leur traitement. Elle préconise également de formaliser progressivement l’activité des récupérateurs informels, en s’appuyant sur une feuille de route en trois phases déjà élaborée pour le Maroc.

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Une facture susceptible d’atteindre 220 MMDH d’ici 2040

Sans évolution du système actuel, le coût cumulé des dommages pourrait atteindre entre 13,4 et 44,3 milliards de dollars à l’horizon 2040. L’estimation centrale s’élève à environ 22 milliards de dollars, soit quelque 220 milliards de dirhams. Là encore, ces projections concernent le périmètre retenu par l’étude, principalement les dommages aux écosystèmes marins méditerranéens.

Le rapport présente plusieurs leviers d’action et estime leurs bénéfices potentiels. Des restrictions sur certains plastiques à usage unique, notamment les sacs, les pailles et les microbilles, permettraient de réduire les fuites de plastique vers la mer d’environ 23% et d’éviter entre 170 et 580 millions de dollars de dommages annuels. L’amélioration de la gestion des déchets dans les localités les plus polluantes pourrait réduire ces fuites d’environ 25%, pour des dommages évités estimés entre 190 et 620 millions de dollars par an. La généralisation de la collecte et de l’élimination contrôlée des déchets représenterait, selon les scénarios étudiés, un coût annuel de 230 à 540 millions de dollars.

Pour Greenpeace, ces transformations peuvent aussi ouvrir des perspectives économiques. Le rapport souligne que l’industrie marocaine du plastique importe environ 70% de ses intrants et n’exporte que 9% de sa production. L’ONG estime donc qu’une réduction de l’utilisation du plastique pourrait diminuer la dépendance aux importations sans menacer un important secteur exportateur de matières plastiques. Elle met également en avant le potentiel de l’économie circulaire dans le textile, évalué à environ 1,9 milliard de dollars d’investissements et à plus de 30.000 emplois.

Les recommandations portent enfin sur les négociations du traité mondial contre la pollution plastique. Le Maroc est appelé à défendre des mesures de réduction de la production, tout en soutenant le financement des systèmes de collecte et de traitement. L’enjeu, selon l’étude, est de combiner prévention, infrastructures, responsabilité des producteurs et accompagnement des travailleurs pour réduire une facture environnementale qui risque de s’alourdir au fil des années.

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