Le monde peut-il rattraper son retard dans la lutte contre le réchauffement ?

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Le monde peut-il rattraper son retard dans la lutte contre le réchauffement ?Affiche du rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) © DR

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Le rapport 2026 du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) estime que le dépassement du seuil de 1,5 °C de réchauffement climatique est désormais inévitable. Pour limiter cette hausse et revenir à ce niveau d’ici à 2100, les émissions mondiales de gaz à effet de serre doivent diminuer rapidement, alors que les engagements actuels des États restent insuffisants.

Le constat dressé par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) dans son Emissions Gap Report 2026, intitulé The Point of Return, marque un tournant dans l’évaluation des politiques climatiques. Selon l’organisation onusienne, il n’est plus possible de maintenir le réchauffement mondial sous la barre de 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels sans dépassement significatif et prolongé de ce seuil.

Cette évolution résulte de plusieurs décennies d’efforts insuffisants pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les engagements pris par les gouvernements et les mesures effectivement mises en œuvre n’ont pas permis de diminuer les rejets à un rythme compatible avec l’objectif climatique le plus ambitieux de l’Accord de Paris.

Le dépassement de 1,5 °C ne signifie toutefois pas que toutes les possibilités d’action ont disparu. L’enjeu consiste désormais à limiter l’ampleur du réchauffement maximal, à réduire la durée pendant laquelle les températures resteront au-dessus de ce seuil et à favoriser un retour à 1,5 °C d’ici à la fin du siècle.

Lire aussi : Climat : le monde dépassera bientôt le seuil de 1,5°C. Que prévoit le nouveau rapport du PNUE ?

Le rapport souligne que chaque fraction supplémentaire de degré augmente les risques associés au changement climatique. Les phénomènes extrêmes, notamment les vagues de chaleur, les incendies et les inondations meurtrières, illustrent les conséquences possibles de la poursuite du réchauffement.

D’autres risques concernent des systèmes naturels particulièrement vulnérables, comme les calottes glaciaires, le pergélisol, les systèmes océaniques et les récifs coralliens. Certaines transformations pourraient être irréversibles à l’échelle humaine.

Le PNUE appelle donc les États à ne pas considérer le dépassement du seuil comme une raison de renoncer à leurs objectifs. Les décisions prises au cours des prochaines années détermineront l’ampleur des dommages climatiques et les possibilités de stabilisation à long terme.

Pourquoi les émissions mondiales restent-elles trop élevées ?

Les estimations présentées dans le rapport indiquent que les émissions mondiales nettes de gaz à effet de serre ont atteint environ 58,4 milliards de tonnes équivalent CO₂ en 2025. Ce niveau est proche de celui enregistré en 2024, avec un léger recul estimé à 0,1 milliard de tonnes.

Cette variation reste cependant insuffisante pour conclure à une stabilisation durable des émissions. La marge d’incertitude des estimations ne permet pas d’affirmer que le monde a atteint un pic définitif. Les rejets mondiaux avaient progressé en moyenne de 0,8% par an entre 2016 et 2025, après une hausse annuelle moyenne de 1,7% entre 1990 et 2015.

Les tendances diffèrent selon les gaz et les secteurs économiques. En 2025, les émissions de CO₂ issues de la combustion du charbon, du pétrole et du gaz ont continué d’augmenter. Les rejets de protoxyde d’azote et de gaz fluorés ont également progressé, tandis que les émissions de méthane sont restées globalement stables.

Cette évolution a été partiellement compensée par une baisse des émissions liées à l’utilisation des terres, au changement d’affectation des terres et à la foresterie. Le recul, estimé à environ 0,5 milliard de tonnes équivalent CO₂, a notamment été favorisé par une diminution des émissions liées à la combustion de biomasse et aux incendies de forêt, après une année 2024 particulièrement active.

Les pays du G20, hors Union africaine, représentent collectivement environ 76% des émissions mondiales. Or, leurs émissions hors secteur de l’utilisation des terres ont augmenté de 0,7% en 2025.

Le rapport relève également des évolutions contrastées. Si 63 pays ont réduit leurs émissions au cours de la dernière décennie, pour une baisse cumulée de 1,8 milliard de tonnes équivalent CO₂, 124 autres les ont augmentées, pour une hausse cumulée de 7,2 milliards de tonnes.

Le bilan global reste donc défavorable. Les progrès enregistrés dans certains pays ne compensent pas encore l’augmentation des émissions dans d’autres économies.

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Quels efforts faut-il engager d’ici à 2040 ?

Le rapport du PNUE établit des objectifs de réduction particulièrement exigeants pour limiter le dépassement de 1,5 °C. Dans le scénario de dépassement le plus limité encore envisageable, les émissions mondiales de gaz à effet de serre devraient diminuer de 18% d’ici à 2030, de 45% d’ici à 2035 et de 69% d’ici à 2040, par rapport aux niveaux de 2025.

Ces réductions supposent une action immédiate, profonde et durable. Pour atteindre ces objectifs, le rythme annuel moyen de baisse des émissions devrait avoisiner 5,7% entre 2025 et 2035, selon l’estimation centrale du rapport.

La trajectoire envisagée prévoit également que les émissions mondiales nettes de CO₂ atteignent zéro autour de 2050, avec une fourchette comprise entre 2046 et 2058 selon les scénarios examinés.

Ces objectifs impliquent une transformation rapide des systèmes énergétiques, des transports, de l’industrie et des modes d’utilisation des terres. Ils nécessitent aussi une meilleure coordination des politiques publiques afin que les réductions enregistrées dans un secteur ne soient pas annulées par des augmentations dans un autre.

L’écart entre les trajectoires requises et les engagements actuels demeure considérable. Selon le PNUE, même si les contributions déterminées au niveau national (CDN) sont intégralement mises en œuvre, les émissions mondiales ne diminueraient que de 5 à 8% d’ici à 2030 et de 11 à 15% d’ici à 2035, par rapport à 2025.

En 2040, leur baisse atteindrait entre 20 et 27%, selon le degré de réalisation des engagements conditionnels. Ces niveaux restent très éloignés des réductions nécessaires pour suivre la trajectoire de dépassement limité de 1,5 °C.

Le rapport estime ainsi que l’écart entre les émissions prévues par les engagements nationaux et celles compatibles avec cette trajectoire atteindrait environ 5 milliards de tonnes équivalent CO₂ en 2030 et 16 milliards de tonnes en 2035, dans le scénario intégrant les engagements conditionnels et inconditionnels.

L’enjeu ne se limite donc pas à annoncer des objectifs plus ambitieux. Les gouvernements doivent également adopter des mesures concrètes, financer leur mise en œuvre et s’assurer que les politiques nationales produisent effectivement les réductions annoncées.

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Pourquoi les engagements climatiques des États restent-ils insuffisants ?

Les contributions déterminées au niveau national constituent l’un des principaux instruments de l’Accord de Paris. Elles présentent les objectifs et les mesures par lesquels les pays entendent contribuer à la lutte contre le changement climatique.

Au 1ᵉʳ septembre 2026, 124 parties à l’Accord de Paris avaient soumis de nouvelles contributions, couvrant environ 76% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Un an auparavant, 57 contributions représentaient 63% des émissions mondiales.

Le problème concerne également l’écart entre les promesses et les politiques effectivement appliquées. Pour 2030, les émissions projetées sur la base des politiques actuelles dépassent d’environ 2 milliards de tonnes équivalent CO₂ les niveaux correspondant aux engagements inconditionnels, et de 4 milliards de tonnes ceux associés au scénario intégrant les engagements conditionnels.

Autrement dit, même si les pays respectaient leurs objectifs déclarés, les mesures déjà en place ne garantissent pas nécessairement leur réalisation. Une accélération des politiques publiques demeure indispensable.

Le rapport relève également que l’apparente réduction de l’écart de mise en œuvre depuis l’édition précédente ne traduit pas forcément une amélioration des politiques climatiques. Elle s’explique en grande partie par le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris, qui a conduit à exclure leur objectif national des agrégations mondiales et à le remplacer par des projections fondées sur les politiques en vigueur.

Le PNUE appelle ainsi à renforcer la transparence, la cohérence des objectifs et les dispositifs de mise en œuvre. Les nouvelles contributions nationales devront s’accompagner de politiques suffisamment ambitieuses pour rapprocher les émissions réelles des trajectoires compatibles avec l’Accord de Paris.

Les énergies renouvelables progressent, mais les énergies fossiles résistent

Le rapport souligne que la transition énergétique a enregistré des avancées significatives depuis l’adoption de l’Accord de Paris en 2015. Le développement de l’énergie solaire photovoltaïque et de l’énergie éolienne a dépassé les prévisions établies une décennie plus tôt.

La capacité mondiale de production d’électricité renouvelable a progressé trois fois plus rapidement que ne le prévoyaient les scénarios fondés sur les politiques en vigueur en 2015. Le déploiement du solaire photovoltaïque a, à lui seul, été sept fois plus rapide que les projections de l’époque.

Ces progrès démontrent que les transformations technologiques peuvent s’accélérer lorsque les conditions économiques, les investissements et les politiques publiques convergent. La baisse des coûts de certaines technologies bas carbone renforce également leur attractivité, au-delà des seuls objectifs environnementaux.

Cependant, cette progression ne suffit pas à faire baisser les émissions mondiales au rythme requis. L’approvisionnement énergétique mondial continue de reposer largement sur le charbon, le pétrole et le gaz naturel. Si le rythme de croissance de ces combustibles est inférieur aux prévisions formulées en 2015, leur consommation totale continue d’augmenter.

Dans les scénarios fondés sur les politiques actuelles, l’utilisation du charbon pourrait amorcer un recul avant 2030. En revanche, la consommation de pétrole et de gaz devrait continuer de progresser au cours de cette décennie.

Le PNUE souligne ainsi la nécessité d’aller au-delà du simple développement des énergies propres. La transition doit également entraîner une diminution effective de la place des combustibles fossiles dans les systèmes énergétiques, selon des modalités équitables et organisées.

Le premier bilan mondial de l’Accord de Paris avait notamment fixé des objectifs collectifs visant à tripler les capacités mondiales d’énergies renouvelables et à doubler le rythme annuel moyen d’amélioration de l’efficacité énergétique d’ici à 2030.

La poursuite de la croissance du solaire et de l’éolien, accompagnée de politiques supplémentaires, pourrait permettre d’atteindre l’objectif relatif aux capacités renouvelables. Mais les émissions liées aux systèmes énergétiques, aux transports routiers et au méthane restent orientées dans une direction incompatible avec les objectifs climatiques.

La réduction des émissions nécessite donc une action coordonnée : accélérer le déploiement des technologies bas carbone, améliorer l’efficacité énergétique, développer les transports moins émetteurs et réduire progressivement la dépendance aux énergies fossiles.

Climat : l’heure n’est plus aux promesses, mais à l’action

Peut-on revenir à 1,5 °C d’ici à la fin du siècle ?

Le PNUE estime qu’un retour à 1,5 °C d’ici à 2100 reste envisageable, mais qu’il dépend d’une réduction rapide des émissions et d’un recours important au retrait du CO₂ présent dans l’atmosphère.

Dans le scénario de dépassement limité encore considéré comme accessible, le réchauffement pourrait atteindre un maximum compris entre 1,7 et 1,8 °C vers le milieu du siècle, avant de diminuer progressivement pour revenir à 1,5 °C ou moins d’ici à 2100. Ce scénario présente une probabilité de 66 % de limiter le réchauffement maximal à 1,7-1,8 °C, tandis que la probabilité de revenir à 1,5 °C d’ici à la fin du siècle est estimée à environ 50%.

Cette trajectoire repose sur une hypothèse exigeante : retirer de l’atmosphère puis stocker durablement de très grandes quantités de dioxyde de carbone. Le rapport estime qu’environ 320 milliards de tonnes de CO₂ devraient être éliminées au cours du siècle pour permettre ce retour à 1,5 °C.

La faisabilité de cette opération reste incertaine. Les technologies de captage direct du CO₂, les solutions de stockage et les autres méthodes d’élimination du carbone devront être développées à une échelle considérable. Elles soulèvent des difficultés technologiques, économiques et sociales.

Le rapport ne présente donc pas le retrait du carbone comme un substitut à la réduction immédiate des émissions. Au contraire, plus les émissions restent élevées aujourd’hui, plus la quantité de CO₂ qu’il faudra retirer ultérieurement augmente.

À défaut d’une action rapide, les températures pourraient continuer à dépasser durablement 1,5 °C, avec des conséquences croissantes pour les populations et les écosystèmes. Le scénario le plus favorable repose sur une diminution rapide des émissions mondiales, suivie d’un retrait du carbone permettant de faire redescendre les températures.

Une trajectoire compatible avec un réchauffement inférieur à 2 °C demeure également possible. Selon le rapport, un scénario de ce type pourrait limiter le réchauffement maximal à environ 1,9 °C avec une probabilité de 66%, à condition d’engager dès maintenant des réductions substantielles.

L’ampleur des efforts nécessaires montre que les décisions de la prochaine décennie seront déterminantes. Retarder les réductions reviendrait à augmenter le réchauffement maximal et à rendre le retour vers les objectifs climatiques plus difficile.

Climat et énergie : un double défi mondial urgent

Quelles politiques peuvent accélérer la transition climatique ?

Le PNUE souligne que les politiques climatiques peuvent produire des réductions mesurables des émissions lorsqu’elles sont conçues et appliquées efficacement. L’analyse de plusieurs centaines de mesures montre que des changements importants sont possibles dans différents secteurs et contextes nationaux.

Les gouvernements peuvent notamment agir sur l’efficacité énergétique des bâtiments, le développement des véhicules électriques, les transports collectifs et le déploiement des énergies renouvelables. L’électrification des économies et le soutien aux technologies bas carbone constituent également des leviers importants.

Les politiques industrielles peuvent contribuer à accélérer cette évolution en favorisant les investissements dans des procédés moins émetteurs. Mais leur efficacité dépend de leur capacité à modifier durablement les infrastructures, les choix énergétiques et les décisions économiques.

Le rapport met aussi en évidence le retard des efforts destinés à stopper la déforestation. Malgré un ralentissement des pertes forestières permanentes, le rythme actuel de réduction devrait s’accélérer de plus de dix fois pour atteindre l’objectif collectif fixé à l’horizon 2030.

La lutte contre les émissions de méthane représente un autre chantier prioritaire. Ce gaz, qui contribue au réchauffement climatique, nécessite des mesures ciblées en complément de celles visant le CO₂.

Enfin, le PNUE préconise de préciser les objectifs mondiaux au-delà de 2030, notamment pour 2035 et 2040. Le prochain bilan mondial de l’Accord de Paris pourrait permettre de renforcer les objectifs sectoriels, d’améliorer leur suivi et de mieux identifier les besoins en financement, en technologies et en renforcement des capacités.

L’organisation estime que le monde dispose encore de moyens d’action, mais que leur déploiement doit changer d’échelle. Les progrès accomplis dans les énergies renouvelables montrent que des transformations rapides sont possibles. Ils ne pourront toutefois produire les résultats attendus sans une baisse durable des émissions et une mise en œuvre cohérente des engagements nationaux.

Le message central du rapport est donc clair : le dépassement de 1,5 °C ne doit pas conduire à l’inaction. La priorité est désormais de limiter le réchauffement maximal, de réduire le temps passé au-dessus de ce seuil et de préserver les possibilités de retour vers 1,5 °C d’ici à la fin du siècle.

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