Le Mouvement populaire face à ses vieux démons
El Mansouri et Ouzzine, au siège du PAM, le 30 septembre 2026 © PAM
A
A
A
A
29 sièges contre 28 en 2021. Sans les neuf sièges obtenus sur la liste régionale, qui ont limité la casse, le parti fondé en 1957 autour de Mahjoubi Aherdane et Abdelkrim El Khatib aurait pu afficher un bilan plus lourd. Plusieurs militants du parti ont rapporté à LeBrief sous couvert d’anonymat, que dans les sections locales, nombreux sont ceux qui estiment que cette bouée de sauvetage ne suffit pas à masquer les difficultés de la formation. Pour eux, le problème dépasse les chiffres et touche aussi à la confiance de la base.
Un communiqué qui ne dit pas tout
Le bureau politique du MP a tenu une réunion le mercredi 14 octobre. Quarante-huit heures plus tard, un communiqué est publié. On y apprend quelques détails sur les tractations politiques avec la cheffe du gouvernement désignée, Fatima Ezzahra El Mansouri. Ces discussions se sont déroulées en deux tours de table, sans déboucher sur une entente en vue d’une participation gouvernementale.
Selon les déclarations de la direction du parti, notamment de son secrétaire général Mohamed Ouzzine et de son président Mohand Laenser, les échanges ont essentiellement porté sur des considérations générales. Aucune offre concrète de participation n’aurait été formulée, et le parti n’en aurait pas non plus exigé. Face à l’absence de propositions tangibles pour intégrer la coalition, le MP a acté sa décision de s’orienter vers l’opposition.
Mais derrière cette décision, les interrogations sur le fonctionnement interne du parti restent entières.
Un leadership qui peine à changer les pratiques
Le secrétaire général, Mohamed Ouzzine, possède des qualités de dirigeant que peu de cadres contestent. Ses interlocuteurs lui reconnaissent une capacité à fédérer, une certaine aisance dans la conduite des réunions, une maîtrise des joutes orales et une réelle capacité à haranguer les foules.
Pourtant, il peine à imprimer sa marque après Mohand Laenser. Une partie des militants espérait une rupture nette avec les méthodes de son prédécesseur, marquées, selon eux, par des décisions prises dans un cercle restreint et une gestion très consensuelle des relations avec l’ancienne garde. Ils constatent aujourd’hui que le changement reste limité et que les pratiques héritées continuent de peser sur les choix stratégiques comme sur la distribution des responsabilités.
Des accréditations contestées
Le dossier qui cristallise le plus de critiques concerne l’attribution des accréditations pour les élections. Selon plusieurs témoignages recueillis par LeBrief, les investitures auraient privilégié des profils aisés, capables de financer leur campagne, au détriment de militants qui font vivre le parti sur le terrain depuis des années.
Des responsables de section racontent avoir vu des candidats parachutés, parfois sans lien avec leur circonscription, tandis que des militants historiques restaient sur le banc de touche. Pour beaucoup, le message envoyé est problématique : la fidélité militante pèserait moins lourd que les moyens financiers.
Que ce sentiment soit fondé dans chaque cas ou qu’il relève parfois de la frustration, il alimente un ressentiment profond et risque de peser sur la mobilisation des prochains mois. Ces critiques posent surtout une question à la direction : comment renouveler les candidatures sans donner le sentiment que l’engagement de longue date compte moins que la capacité à financer une campagne ?
Une direction qui évite le conflit
Le reproche le plus souvent entendu vise la difficulté d’Ouzzine à trancher. Face aux anciennes figures du parti, qui conservent une influence réelle dans les instances régionales, il aurait tendance à privilégier l’apaisement pour ne froisser personne. Cette stratégie a pourtant un coût. Elle donne le sentiment que les arbitrages se font en coulisses et que personne n’assume pleinement les décisions impopulaires.
Les militants les plus engagés y voient un manque de fermeté politique. Certains regrettent qu’une direction qui se veut rassembleuse finisse par ménager avant tous les équilibres internes.
Mouvement populaire : 69 ans d’histoire, de scissions et de renaissances
Pourtant, le parti compte des cadres de haut niveau et dispose d’un nouveau think-tank qui a élaboré un programme électoral ambitieux, avec un travail de ciblage, de chiffrage et d’identification de ressources budgétaires mobilisables indépendamment de la croissance. De quoi nourrir des ambitions élevées. Mais, selon des témoignages recueillis auprès de militants, le travail de ce groupe de réflexion aurait été remanié pour tenir compte des équilibres internes, au risque d’en diluer les propositions. Le refus de publier le programme sur le site officiel du parti est également pointé du doigt.
Quand un programme élaboré pendant plusieurs mois est remanié pour ne pas froisser une ancienne figure du parti, puis reste absent de la communication officielle, c’est aussi le moral de ceux qui l’ont préparé qui en pâtit. Pour ces militants, cet épisode illustre les difficultés du MP à faire coïncider ses ambitions de renouvellement avec ses pratiques internes.
Un groupe parlementaire en manque de voix
A la Chambre des représentants, la situation n’est guère plus favorable. Le groupe du Mouvement populaire dispose de peu d’orateurs identifiés comme capables de porter un débat avec force et précision. Dans un hémicycle où la qualité de l’argumentation pèse autant que le nombre de voix, cette faiblesse peut limiter la visibilité du parti, notamment lors des débats consacrés aux textes sensibles.
Elle prive la formation d’un levier qui aurait pu compenser ses difficultés électorales et renforce, aux yeux de certains observateurs internes, l’impression d’un parti qui subit l’agenda plutôt que de le définir. Rim Chabat, nommée à la tête du groupe parlementaire, et Mohamed Ouzzine lui-même, quatrième vice-président de la Chambre basse, figurent parmi les personnalités appelées à porter davantage la parole du MP. Reste à savoir si le groupe parviendra à renforcer ses interventions et à donner davantage de visibilité à ses positions dans l’opposition.
Des négociations engagées avec un rapport de force diminué
Le contexte n’a pas non plus été favorable aux discussions politiques. Alors que la cheffe du gouvernement désignée avait entamé les négociations pour former la majorité gouvernementale, Ouzzine et sa formation abordaient cette phase avec un rapport de force amoindri par les urnes. Un parti qui sort fragilisé d’un scrutin dispose de moins de poids dans les discussions, et les concessions peuvent devenir plus difficiles à négocier.
Dans les couloirs du parti, certains craignaient que les postes éventuellement proposés ne soient pas à la hauteur des attentes de la base, ce qui aurait ajouté une nouvelle source de tension. L’absence de participation du MP à la majorité pourrait finalement éviter une partie des contestations internes liées au partage des portefeuilles ministériels. Elle ne règle toutefois pas les questions de fond sur la place du parti dans le nouvel échiquier politique.
Un parti appelé au sursaut
Pour une partie des militants, l’enjeu dépasse désormais le scrutin qui vient de se tenir. Le Mouvement populaire doit se réinventer s’il veut retrouver le devant de la scène à l’horizon 2031. Cela suppose de revoir les modes de désignation des candidats, de renouveler la parole publique du parti et de donner aux militants de terrain la place qu’ils réclament depuis longtemps.
Le parti dispose encore de relais locaux, de cadres et d’une histoire politique qui lui confèrent une identité propre. Mais ces atouts ne suffiront pas si les frustrations exprimées à la base continuent de s’accumuler. Le temps presse. La prochaine échéance électorale ne laissera guère de marge à l’erreur, et une question demeure : la direction saura-t-elle engager les arbitrages nécessaires pour que le renouvellement du discours s’accompagne enfin d’un changement des pratiques ?
Le roi Mohammed VI a présidé à Rabat la cérémonie de nomination du nouveau gouvernement dirigé par Fatima Ezzahra El Mansouri.
Ilyasse Rhamir - 16 octobre 2026Sebta revient au cœur de la polémique après la diffusion d’un enregistrement accusant des soldats espagnols de violences contre des migrants. Les détails.
Rédaction LeBrief - 16 octobre 2026Le nouveau gouvernement doit être reçu ce vendredi à Rabat pour sa nomination officielle. Ce qu’il faut retenir avant l’annonce de l’équipe gouvernementale.
Rédaction LeBrief - 16 octobre 2026La DGSN a accueilli à Rabat des magistrats de 24 pays pour présenter ses infrastructures, ses dispositifs de sécurité et ses avancées technologiques.
Ilyasse Rhamir - 16 octobre 2026La Quatrième Commission de l’ONU adopte la résolution sur le Sahara par 152 voix, avec une référence inédite à la résolution 2797 du Conseil de sécurité.
Ilyasse Rhamir - 15 octobre 2026Massad Boulos échange avec le chef de la MINURSO sur une solution durable au Sahara marocain, avant l’examen du renouvellement du mandat de la mission.
Rédaction LeBrief - 15 octobre 2026Politique - Le gouvernement fait le point sur la réforme de l'enseignement supérieur et son impact sur la recherche scientifique.
Mouna Aghlal - 12 mars 2026Politique - Le prince héritier Moulay El Hassan est nommé coordinateur des bureaux et services de l’État-Major Général des FAR par le roi Mohammed VI.
Ilyasse Rhamir - 2 mai 2026Politique - Le Conseil de gouvernement approuve des décrets sur la pêche continentale et les OPCVM pour une meilleure organisation sectorielle.
Mouna Aghlal - 12 mars 2026Politique - Le CCG réaffirme son appui à la marocanité du Sahara lors de la 8e réunion ministérielle conjointe.
Mouna Aghlal - 12 mars 2026Politique – Comment la télémédecine transforme l’accès aux soins, notamment dans les zones rurales ou enclavées ?
Sabrina El Faiz - 12 mars 2026Élections législatives 2026 : suivez en direct le vote, la participation, les principaux faits de la journée et l’annonce des résultats.
Ilyasse Rhamir - 23 septembre 2026