Aujourd’hui mardi 13 octobre 2026 le Fonds monétaire international a publié la 2ème édition de 2026 du World Economic Outlook, comprenant l’actualisation des PIB mondiaux. Avec la Banque mondiale, les chiffres établis annuellement par le FMI permettent d’évaluer la dynamique économique globale mais surtout de classer les pays en fonction du volume de la somme de leurs valeurs ajoutées.
Sans surprise, au niveau du Maghreb, l’Algérie continue de caracoler en tête avec un PIB de 331 milliards de dollars. S’ensuit le Maroc avec 195 milliards, ensuite vient la Tunisie avec 62 milliards et enfin la Libye 57 milliards et la Mauritanie avec 14 milliards. En termes de PIB par habitant, la Libye passe en premier avec approximativement 7.500 dollars par habitant en cette année 2026, suivie de l’Algérie avec 6.900, 5.300 au Maroc, 5.200 en Tunisie et enfin 2.600 en Mauritanie.
Ce classement est important à bien des égards. D’abord, sur le plan international, il est l’indicateur le plus important pour évaluer la puissance d’un pays. Plus précisément, la croissance du PIB est particulièrement scrutée par les investisseurs car elle permet de mesurer l’opportunité d’investir dans un pays. Mais c’est sur le plan régional que les choses prennent une tout autre dimension.
Au niveau du Maghreb, la lecture des rapports du FMI et notamment le classement des PIB prend une dimension autrement plus politique. Pour El Mouradia surtout, ce classement permet d’asseoir la rhétorique qui consiste à présenter l’Algérie comme le géant régional entouré de petits satellites. Ce narratif est d’ailleurs un prolongement de la vision coloniale. Il correspond au récit des pieds-noirs français d’Algérie qui pensaient cet ex-département comme le futur cœur économique et politique du Maghreb, un Maghreb lui-même imaginé en périphérie permanente de la France. Un récit que ni l’Histoire ni la géographie de la région ne valident, mais ce n’est pas le propos de cette chronique.
Je reviens donc sur les chiffres du jour, mais pour les aborder de la perspective marocaine. Tout d’abord il convient de constater que pour nous Marocains, pleinement conscients des ressources pétrolières et gazières dont jouit l’Algérie, il n’y a rien d’exceptionnel à avoir un PIB par habitant 30% plus élevé que celui du Maroc, pays dépourvu de ces richesses sous-sol. Il s’agit plus là d’une contre-performance que d’autres choses.
Ensuite je rappelle que le PIB de l’Algérie varie au gré des variations du cours du baril de l’OPEP. En 2021 il était de 160 aujourd’hui il est de 330. N’y voyez aucun miracle économique, les Algériens seront les premiers à vous confirmer qu’il n’y en a pas.
J’ajoute également que le PIB algérien est libellé en dinars algériens dont le cours officiel est artificiellement maintenu à un niveau élevé. Le véritable cours que l’on trouve au square Port Saïd à Alger, consultable sur internet, indique une valeur deux fois inférieure au taux officiel. Par conséquent, le PIB algérien véritable se situerait autour de 150 milliards de dollars.
Enfin, et c’est le plus important, que vaut véritablement le PIB d’une économie quasiment mono-exportatrice. 95% des exportations algériennes restent tributaires des hydrocarbures, et les exportations hors hydrocarbures peinent à décoller. La question est légitime, car si le PIB permet de classer les économies, il permet surtout d’évaluer la création de richesses. Et c’est bien là où le raisonnement atteint ses limites. Car, avec un salaire minimum au plus bas, un chômage endémique, un nombre de fonctionnaires record, et un secteur bancaire à l’abandon, disons-le franchement, l’Algérie ne renvoie pas l’image d’un pays à revenu intermédiaire supérieur.
Pour se faire une idée, comparons l’Algérie à un pays au PIB similaire, exportateur d’hydrocarbures et dans le même continent, le Nigeria. Avec 380 milliards de dollars, le Nigeria reste une des économies les plus dynamiques du continent. Son indice boursier regroupe 380 entreprises cotées, contre 5 pour la Bourse d’Alger et 80 pour la place casablancaise. Son secteur bancaire est florissant, son leadership économique dans la sous-région du golfe de Guinée est avéré, et son économie présente une diversification bien plus marquée, portée notamment par les télécommunications, les services financiers, l’agriculture et l’industrie manufacturière.
En d’autres termes, voilà une vraie économie à 300/400 milliards de dollars. Car l’écriture comptable compte, mais la réalité économique compte davantage. Et si sur le papier, l’Algérie est la première économie du Maghreb, le Maroc reste, en termes de volume de ses exportations, de diversité de sa production économique, et de vitalité de son secteur bancaire, loin devant. Et vu de Rabat, c’est la capacité d’une économie à créer de la valeur, à attirer les capitaux, à produire et à exporter durablement qui détermine sa solidité. Et sur ce plan-là, et à n’en point douter, nous ne sommes peut-être pas encore les premiers, mais nous sommes certainement les plus solides de la région.
Hafid Boutaleb est journaliste spécialiste des affaires internationales. Chroniqueur télévision et radio, il est également co-fondateur de "Intiatives pour la communauté économique du Maghreb".
Depuis 2014, Hafid Boutaleb travaille comme consultant en médias. En 2022, afin de perfectionner ses compétences en journalisme et médias, il a intégré et obtenu avec succès un Master of Letters (MLitt) en journalisme numérique à l'Université de Strathclyde Glasgow. Tout au long de sa carrière, Hafid Boutaleb a collaboré étroitement avec des institutions internationales prestigieuses telles que la CCNUCC, l'AIE, l'IPEEC, la BAD et la BERD.
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