Dirham numérique : Bank Al-Maghrib explore les enjeux d’une monnaie digitale
Siège de Bank Al-Maghrib © DR
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La transformation numérique des services financiers relance les réflexions sur la création de monnaies numériques émises par les banques centrales. Dans leur étude intitulée « Monnaie digitale de banque centrale : enjeux et enseignements pour le Maroc », publiée par Bank Al-Maghrib, Chaymae Chaoui, économiste-chercheuse, Kamal Lahlou, économiste-chercheur principal, et Mohammed Mikou, responsable du service de recherche financière, examinent les implications économiques et financières d’un éventuel dirham numérique.
Les trois auteurs présentent la MDBC comme une forme numérique de monnaie de banque centrale destinée à compléter les moyens de paiement existants. Contrairement aux crypto-actifs, dont les caractéristiques et les risques diffèrent de ceux de la monnaie officielle, elle serait émise sous l’autorité de la banque centrale.
Son introduction ne signifierait pas pour autant la disparition de l’argent liquide. Les espèces continueraient de circuler parallèlement à cette nouvelle forme de monnaie. Cette complémentarité revêt un intérêt particulier pour le Maroc, où la circulation fiduciaire est passée d’environ 70 milliards de dirhams en 2001 à plus de 500 milliards en 2025.
L’inclusion financière au cœur des perspectives
Pour Chaymae Chaoui, Kamal Lahlou et Mohammed Mikou, le dirham numérique pourrait participer à l’élargissement de l’accès aux services financiers, notamment auprès des populations qui rencontrent des difficultés à utiliser les circuits bancaires traditionnels.
Selon les données présentées dans leur document, le taux de détention de comptes bancaires par les particuliers résidents atteignait 62% en 2025. Cette situation laisse subsister des marges de progression, en particulier pour certaines catégories de la population et dans les zones où l’accès aux infrastructures financières demeure limité.
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Les auteurs estiment qu’une MDBC conçue pour être accessible et peu coûteuse pourrait faciliter les paiements numériques. Des fonctionnalités telles que les paiements hors ligne pourraient également contribuer à réduire les contraintes liées à une connectivité insuffisante.
Une telle solution pourrait aussi améliorer la distribution des aides publiques et simplifier certaines transactions. Toutefois, les effets attendus dépendraient de l’accessibilité des dispositifs, de leur coût et de leur capacité à répondre aux besoins des utilisateurs.
Des expérimentations pour évaluer la faisabilité
Dans leur analyse, les trois chercheurs reviennent sur les travaux engagés par Bank Al-Maghrib pour étudier les conditions techniques et opérationnelles d’une monnaie digitale de détail.
La banque centrale a notamment développé une preuve de concept avec le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. Cette expérimentation a permis de tester plusieurs fonctions essentielles, notamment l’émission de la monnaie numérique, sa distribution, sa détention dans des portefeuilles digitaux et les paiements entre particuliers.
Le dispositif reposait sur une architecture à deux niveaux : Bank Al-Maghrib assurait l’émission de la monnaie, tandis que les intermédiaires financiers prenaient en charge sa distribution, la relation avec les clients et les contrôles de conformité.
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Les résultats ont confirmé la faisabilité technique d’une MDBC de détail dans le contexte marocain. Ils ont également permis d’examiner les enjeux liés à l’interopérabilité, à la cybersécurité et à la protection des données.
En parallèle, un projet consacré aux paiements transfrontaliers est mené avec la Banque centrale d’Égypte, avec l’appui de la Banque mondiale. Il vise notamment à évaluer la capacité des monnaies digitales à réduire les coûts et les délais de règlement entre pays.
Des risques pour la stabilité financière
Les opportunités identifiées s’accompagnent néanmoins de risques que les autorités devront anticiper. Chaymae Chaoui, Kamal Lahlou et Mohammed Mikou mettent notamment en évidence la possibilité d’un transfert important des dépôts bancaires vers la monnaie digitale.
Un tel mouvement pourrait réduire les ressources disponibles pour le financement bancaire et affecter, par conséquent, les conditions d’octroi des crédits. L’équilibre entre l’innovation dans les paiements et la préservation du rôle des banques constitue ainsi un enjeu central dans le choix du modèle de MDBC.
La sécurité représente un autre défi majeur. Les risques de cyberattaques, de fraude ou d’atteinte aux données personnelles imposent la mise en place de dispositifs robustes. Les auteurs soulignent également l’importance d’un cadre juridique adapté, d’une gouvernance claire et d’une bonne intégration avec les systèmes de paiement existants.
Au terme de leur analyse, les trois auteurs mettent en avant la nécessité d’une démarche progressive, fondée sur l’expérimentation et l’évaluation des bénéfices comme des risques. L’intérêt d’un dirham numérique dépendrait notamment de sa capacité à améliorer les paiements sans fragiliser le système financier.
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