Arrivé en tête des législatives du 23 septembre avec 97 sièges, le PAM doit désormais réunir au moins 198 voix à la Chambre des représentants pour obtenir l’investiture de son gouvernement. Coalition à trois avec le RNI et l’Istiqlal, majorité élargie à d’autres formations ou combinaison au seuil exact. Plusieurs configurations sont mathématiquement possibles. Mais l’arithmétique parlementaire ne suffit pas. Les négociations devront aussi permettre de transformer ces sièges en soutien effectif au vote d’investiture et en accord politique durable.
Le PAM, arrivé en tête avec 97 sièges, doit réunir au moins 198 députés pour obtenir l’investiture à la Chambre des représentants.
Le trio PAM-RNI-Istiqlal totalise 228 sièges, soit 30 de plus que la majorité absolue requise.
Une coalition réunissant le PAM, l’Istiqlal, le MP et l’USFP disposerait de 217 sièges, malgré des divergences politiques à surmonter.
Le PJD, quatrième force avec 54 sièges, a annoncé son choix de rester dans l’opposition et refuse de participer à un gouvernement dirigé par le PAM.
Les élections législatives du 23 septembre ont profondément modifié la hiérarchie entre les principales formations politiques marocaines. Avec 97 sièges, le Parti authenticité et modernité (PAM) arrive en tête devant le Rassemblement national des indépendants (RNI), crédité de 66 élus, et le Parti de l’Istiqlal, qui en obtient 65.
Désormais chargée de former le gouvernement, Fatima Zahra El Mansouri doit transformer cette avance électorale en majorité parlementaire. Une équation qui ouvre plusieurs configurations, sans qu’aucune ne soit encore arrêtée.
Avec 395 sièges à la Chambre des représentants, la majorité absolue requise pour l’investiture du gouvernement est de 198 députés. La Constitution prévoit en effet que le programme gouvernemental soit soumis à un vote de confiance à la Chambre des représentants et que l’investiture intervient à la majorité absolue des membres composant celle-ci.
Le PAM ne dispose donc, à lui seul, que de moins de la moitié des sièges nécessaires pour soutenir l’exécutif. Il lui manque 101 voix pour atteindre ce seuil.
Le triangle PAM-RNI-Istiqlal au cœur de l’équation
Sur le plan arithmétique, l’addition des trois principales formations issues du scrutin permet de franchir nettement le seuil de majorité. Le PAM, le RNI et l’Istiqlal totalisent ensemble 228 sièges, soit 30 de plus que les 198 requis. Cette combinaison reprend les trois composantes de la majorité gouvernementale formée après les élections de 2021, mais dans une configuration parlementaire différente. Le PAM devient cette fois la première force de la Chambre, tandis que le RNI recule de 102 sièges en 2021 à 66.
Cette hypothèse ne peut toutefois pas être réduite à une simple reconduction mécanique. Le rapport de force entre les partenaires serait différent, notamment en raison du changement de leadership au sein de l’exécutif et du recul électoral du RNI.
Avant le scrutin, Fatima Zahra El Mansouri avait déclaré que le PAM demeurait ouvert aux différentes formations politiques et qu’il n’existait pas de « lignes rouges » concernant les alliances. Le parti a, depuis, réaffirmé son soutien à la constitution d’une majorité gouvernementale.
La variable la moins stabilisée de cette équation est aujourd’hui l’Istiqlal. Le parti de Nizar Baraka n’a pas encore arrêté sa décision sur une éventuelle participation au prochain gouvernement. Son comité exécutif réuni le 28 septembre n’a pas tranché et la question doit être examinée par les instances du parti ce 3 octobre.
Cette temporisation place l’Istiqlal dans une position parlementaire déterminante. Avec 65 sièges, son choix modifie directement la capacité du PAM à bâtir une majorité autour des autres formations.
L’enjeu dépasse ainsi la seule répartition des portefeuilles ministériels. Une éventuelle reconduction du trio PAM-RNI-Istiqlal supposerait de définir une nouvelle architecture politique, un programme gouvernemental commun et un partage des responsabilités adapté à la nouvelle hiérarchie électorale.
Une majorité sans le RNI reste mathématiquement possible
Le nouveau paysage parlementaire ne condamne pas le PAM à reconduire la coalition à trois. D’autres combinaisons atteignent également les 198 sièges.
Une première possibilité associerait le PAM, l’Istiqlal, le Mouvement populaire (MP) et l’Union socialiste des forces populaires (USFP). Les quatre formations disposent respectivement de 97, 65, 29 et 26 sièges, soit 217 députés. Cette configuration permettrait de constituer une majorité sans le RNI, mais elle réunirait des formations aux histoires, cultures politiques et positions programmatiques différentes. Sa traduction en accord gouvernemental nécessiterait donc davantage qu’une simple addition de sièges.
Une autre formule réunirait PAM, RNI, MP et USFP, pour un total de 218 sièges. Elle maintiendrait les deux premières forces du scrutin au sein de l’exécutif et ferait entrer deux partenaires supplémentaires. Dans cette hypothèse, le principal enjeu serait moins l’obtention d’une majorité que la définition d’un contrat politique suffisamment précis pour justifier une coalition à quatre.
D’autres configurations sont également envisageables sur le strict plan parlementaire. Le PAM, l’Istiqlal, le Parti du progrès et du socialisme (PPS) et l’Union constitutionnelle (UC) totalisent exactement 198 sièges. Cette combinaison atteindrait donc le minimum constitutionnel requis pour l’investiture. Elle présenterait cependant une particularité puisqu’aucune marge ne subsisterait au-delà du seuil de majorité absolue. Sur le plan institutionnel, cela rendrait le soutien de chacun des partenaires particulièrement important lors du vote d’investiture.
Cliquez sur plusieurs partis pour les cumuler et voir le total de leurs sièges.
Résultats définitifs proclamés par le ministère de l’Intérieur. Législatives du 23 septembre 2026.
Le PJD : une réserve de sièges, mais une position politique arrêtée
Avec 54 sièges, le Parti de la justice et du développement est la quatrième force de la Chambre. Plusieurs combinaisons intégrant le PJD seraient mathématiquement suffisantes pour former une majorité, notamment une alliance PAM-Istiqlal-PJD, qui atteindrait 216 sièges, ou PAM-RNI-PJD, à 217 sièges.
L’arithmétique ne correspond cependant pas, à ce stade, à la position publique du parti. Le PJD a décidé de rejoindre l’opposition et son Conseil national a confirmé le refus de participer à un gouvernement dirigé par le PAM. Cette décision constitue, pour l’instant, un obstacle politique explicite à son intégration dans la future coalition.
Le fait que Fatima Zahra El Mansouri ait néanmoins proposé une rencontre à Abdelilah Benkirane le 29 septembre ne modifie pas formellement cette position. Selon le PJD, Benkirane a accepté le principe d’une rencontre, à charge pour la cheffe du gouvernement désignée d’en fixer la date. Cette démarche s’inscrit dans le cadre plus large des consultations engagées pour la formation du nouvel exécutif et ne préjuge pas d’une participation du parti au gouvernement.
Le PJD conserve toutefois un poids parlementaire significatif, notamment pour l’équilibre de la future opposition et pour les votes qui interviendront au cours de la mandature. Sa décision de rester dans l’opposition signifie surtout que l’équation gouvernementale doit, pour l’heure, être recherchée parmi les autres forces représentées à la Chambre.
La question n’est plus seulement celle du nombre de sièges
Cette distinction est particulièrement importante dans une Chambre fragmentée. Une coalition de 198 députés se trouve au seuil exact de l’investiture, tandis qu’une alliance de 217 ou 228 sièges dispose d’une marge supérieure. Mais cette marge numérique ne dit rien, à elle seule, de la solidité politique de l’accord. Une majorité plus large peut également rendre les négociations sur la composition du gouvernement plus complexes, en raison du nombre de formations appelées à se partager les responsabilités et à s’accorder sur les priorités du programme.
Cette dimension est d’autant plus importante que les élections ont produit une nouvelle hiérarchie. Le PAM est passé de 87 sièges en 2021 à 97 en 2026, tandis que le RNI est passé de 102 à 66. L’Istiqlal, avec 65 sièges, se retrouve presque à égalité avec le RNI. Le Mouvement populaire, l’USFP, le PPS et l’UC disposent quant à eux de 29, 26, 19 et 17 élus. Le paysage parlementaire est donc suffisamment fragmenté pour offrir plusieurs additions possibles autour du PAM, sans pour autant garantir automatiquement leur traduction politique.
La nouvelle cheffe du gouvernement, nommée par le Roi le 29 septembre conformément à l’article 47 de la Constitution, a indiqué qu’elle entendait proposer un gouvernement « à la hauteur » des attentes des citoyens et des orientations reçues lors de l’audience royale. Les consultations politiques constituent désormais l’étape centrale avant la composition de l’équipe gouvernementale et la présentation de son programme devant le Parlement.
La prochaine séquence dépendra ainsi moins de l’arithmétique, désormais connue, que des décisions des directions partisanes et de la capacité des formations à s’entendre sur un programme commun. Dans cette équation, l’Istiqlal occupe une place particulière en raison de ses 65 sièges et de sa position encore en suspens.
Le RNI, deuxième force parlementaire malgré son recul, demeure également un partenaire possible. Quant au PJD, ses 54 députés restent hors de l’équation gouvernementale tant que sa décision d’intégrer l’opposition n’est pas remise en cause.
La composition de la prochaine majorité ne pourra donc être établie qu’au terme des consultations. Pour l’heure, les résultats du 23 septembre dessinent plusieurs majorités arithmétiques, mais aucune ne peut encore être présentée comme la configuration définitive du prochain gouvernement.
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