Retour au GMT : le Maroc va-t-il mieux dormir ?
Retour au GMT le 20 septembre 2026 © LeBrief (image générée par IA)
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À partir de ce dimanche 20 septembre 2026 à 2h du matin, les Marocains devront retarder leurs horloges de 60 minutes. Il sera alors 1h, marquant le retour du Royaume à l’heure GMT. La mesure découle du décret n° 2.26.530, publié au Bulletin officiel, qui abroge le décret de 2018 ayant instauré le maintien de l’heure GMT+1, avec une parenthèse durant le mois de Ramadan.
Ce changement ne constitue donc pas un simple ajustement saisonnier. Le nouveau cadre réglementaire prévoit le retour à l’heure légale GMT et met fin au dispositif précédent.
Au-delà de la question administrative, cette évolution interroge le rapport entre l’heure officielle, les rythmes biologiques et l’organisation quotidienne. Pour Imane Kendili, psychiatre addictologue et psychothérapeute, il faut d’abord comprendre que l’être humain ne fonctionne pas selon une seule horloge.
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« Nous ne vivons jamais uniquement selon l’heure indiquée par une montre », explique-t-elle. « Nous vivons selon plusieurs temps qui se superposent : le temps de l’horloge, le temps du corps, le temps de la lumière, le temps du travail, le temps de la famille, le temps de l’école et, plus profondément encore, le temps psychique. »
Selon elle, lorsque ces différentes temporalités sont relativement cohérentes, l’individu ressent davantage de continuité dans son quotidien. « Lorsque ces différents temps avancent dans la même direction, nous ressentons généralement une forme de fluidité », souligne-t-elle.
Le passage au GMT pourrait ainsi être vécu différemment selon les personnes, leurs horaires professionnels, leur sommeil et leur environnement familial.
« Le corps et les obligations ne se rencontrent jamais complètement »
Le maintien du GMT+1 avait régulièrement alimenté les discussions autour des horaires matinaux, notamment pendant les mois d’hiver. Pour Imane Kendili, la question ne se limite toutefois pas au nombre d’heures de sommeil.
« Lorsque cette cohérence se fragilise, quelque chose de plus profond peut apparaître. On peut avoir le sentiment de vivre “à contretemps” », affirme-t-elle.
La spécialiste décrit une situation dans laquelle « le réveil arrive alors que l’organisme aurait encore besoin de repos », tandis que la journée professionnelle commence avant que la sensation d’éveil soit réellement installée.
Elle insiste également sur une distinction importante : « Le problème n’est donc pas seulement de savoir si l’on dort suffisamment. Il est aussi de savoir à quel moment on dort, à quel moment on se réveille et dans quelles conditions on demande au cerveau d’être performant. »
Deux personnes dormant un nombre d’heures identique peuvent ainsi ressentir une récupération différente. Le sommeil s’inscrit en effet dans une organisation biologique plus large, fortement influencée par les signaux environnementaux, notamment la lumière.
« Le sommeil n’est pas seulement une quantité ; il s’inscrit dans une architecture biologique et temporelle », rappelle Imane Kendili.
Cette dimension est particulièrement importante dans les périodes où les horaires sociaux et les repères naturels semblent moins concordants.
La lumière matinale, un signal essentiel
L’un des principaux enjeux évoqués par la psychiatre concerne précisément l’obscurité au moment du réveil. Avec le GMT+1, certains enfants et salariés pouvaient commencer leur journée alors que le soleil n’était pas encore levé durant les mois d’hiver.
Pour Imane Kendili, « l’obscurité matinale mérite une attention particulière parce qu’elle intervient précisément au moment où l’organisme doit passer du sommeil à l’éveil ».
Le réveil ne correspond pas simplement au fait d’ouvrir les yeux. « Il faut ensuite permettre à l’organisme de comprendre progressivement que la période de repos est terminée et que celle de l’activité commence », explique-t-elle.
Dans cette transition, « la lumière naturelle constitue l’un des signaux essentiels ».
La spécialiste nuance toutefois les éventuelles conséquences. « Il faut être très clair : l’obscurité matinale ne signifie pas automatiquement qu’une personne va développer un problème psychologique », précise-t-elle.
Elle peut néanmoins, chez certaines personnes, « accentuer la somnolence, rendre le réveil plus difficile et renforcer la sensation que la journée commence “trop tôt” par rapport au rythme ressenti par le corps ».
L’effet peut être plus marqué lorsqu’il existe déjà une dette de sommeil. Chez un enfant, par exemple, le manque de repos peut se traduire par davantage d’irritabilité, une concentration réduite ou une plus grande difficulté à gérer ses émotions.
« Avant de demander à l’enfant de “faire un effort”, il faut se demander dans quel état physiologique et émotionnel il commence sa journée », estime Imane Kendili.
Des effets possibles sur les enfants et les salariés
La question du sommeil concerne aussi les adultes. Une personne qui se réveille dans l’obscurité, emprunte les transports ou conduit, puis doit rapidement atteindre un niveau élevé de concentration peut avoir besoin de davantage de temps pour être pleinement opérationnelle.
Selon la psychiatre, elle peut ressentir « une impression de lourdeur, une concentration moins bonne dans les premières heures, davantage d’irritabilité ou simplement le sentiment d’être “déjà fatiguée” alors que la journée vient à peine de commencer ».
Cette fatigue peut ensuite produire un effet en chaîne. « Une matinée difficile peut augmenter le niveau de stress. Le stress augmente à son tour la tension intérieure. Cette tension peut rendre plus difficile la concentration ou la récupération », détaille-t-elle.
À la maison, les conséquences peuvent également se faire sentir. « La personne peut ensuite rentrer chez elle déjà épuisée et disposer de moins de patience pour ses proches », poursuit-elle.
Imane Kendili appelle toutefois à éviter toute explication unique. « Il ne faut pas tout attribuer au changement d’heure », insiste-t-elle.
Le stress professionnel, les écrans, les horaires de travail, les contraintes familiales, l’alimentation ou encore les troubles du sommeil peuvent également intervenir.
Une période d’adaptation à ne pas négliger
Le passage au GMT constitue aussi une nouvelle transition temporelle. Même lorsqu’une modification d’une heure paraît limitée, elle peut demander un temps d’adaptation.
« Nous ne vivons pas selon une seule horloge. Nous avons une horloge sociale, qui nous dit quand travailler et quand emmener les enfants à l’école ; une horloge biologique, qui organise notamment le sommeil et l’éveil ; et nous avons également un temps psychologique », explique la spécialiste.
Pour elle, « lorsque l’heure change, ces différents rythmes doivent progressivement retrouver une cohérence ».
Cette adaptation peut être particulièrement visible dans les familles. Les horaires du sommeil, des repas, de l’école et du travail doivent être coordonnés.
« Le changement d’heure devient alors une opération collective de réorganisation », souligne Imane Kendili.
Elle recommande notamment de conserver des horaires de sommeil relativement réguliers, de profiter de la lumière naturelle le matin et d’éviter de sacrifier le sommeil pour compenser les contraintes de l’emploi du temps.
« Le sommeil doit rester une priorité et non la première variable que l’on sacrifie lorsque l’emploi du temps devient compliqué », insiste-t-elle.
Près de deux Marocains sur trois se prononcent en faveur d’un GMT permanent
« Il ne faut pas transformer la fatigue en défaut moral »
Pour la psychiatre, cette nouvelle organisation peut également être l’occasion de revoir la manière dont la fatigue est perçue.
« La première recommandation que l’on pourrait formuler est donc de ne pas transformer la fatigue en défaut moral », affirme-t-elle.
« Être fatigué ne signifie pas être faible, manquer de volonté ou être moins productif. Le corps possède ses propres limites et ses propres signaux. Il faut apprendre à les écouter. »
Cette approche concerne aussi les enfants. Des difficultés ponctuelles au réveil ne doivent pas nécessairement être interprétées comme un problème de comportement.
« Un enfant qui a du mal à démarrer n’a pas toujours besoin de davantage de pression ; il peut avoir besoin de davantage de repères », estime-t-elle.
Pour les adultes comme pour les enfants, la spécialiste recommande donc d’accompagner la transition plutôt que de chercher à la combattre.
Une question qui dépasse le changement d’heure
Le retour au GMT ne permettra pas, à lui seul, de résoudre les problèmes liés au sommeil ou à la fatigue. Il modifie cependant le cadre horaire dans lequel les Marocains vont organiser leur quotidien.
Pour Imane Kendili, cette évolution pose une question plus large sur la manière dont les rythmes sociaux sont construits.
« Nous avons parfois tendance à penser que puisque nous pouvons modifier une heure sur une horloge, nous pouvons également demander au corps de suivre immédiatement. Mais le corps ne fonctionne pas ainsi. »
La psychiatre résume ainsi l’enjeu : « Une horloge mesure les heures, mais elle ne mesure ni la fatigue, ni la disponibilité émotionnelle, ni la qualité d’une relation familiale, ni la capacité d’un enfant à se concentrer. »
Et de conclure : « Le but n’est pas simplement que chacun soit à l’heure ; il faut aussi que chacun puisse vivre à cette heure dans des conditions compatibles avec son équilibre, son sommeil et sa vie psychique. »
Le retour au GMT, prévu à 2h du matin ce dimanche 20 septembre, ouvre ainsi une nouvelle période dans la gestion de l’heure légale au Maroc.
Des averses orageuses, de la grêle, des températures jusqu’à 40 °C et de fortes rafales sont attendues dans plusieurs provinces.
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