Croissance économique : pourquoi les ménages peinent encore à en ressentir les effets ?

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Derrière la croissance économique du Maroc, le malaise persistant des ménages marocainsImage d’illustration dans un supermarché © DR

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La progression des indicateurs économiques marocains durant ces dernières années contraste largement avec le sentiment persistant de fragilité exprimé par les ménages. C’est ce qui ressort d’une analyse du think-tank marocain Omega qui met en évidence plusieurs facteurs expliquant ce décalage, de la répartition inégale de la richesse à l’effet retardé de la croissance sur les revenus, ou encore le poids de l’inflation et les faibles marges d’épargne des familles. Les détails.

Alors que les indicateurs macroéconomiques affichent une croissance économique soutenue au Maroc, le sentiment d’une dégradation des conditions de vie demeure largement présent chez les ménages. Une note politique du think-tank marocain « Omega center for economy and geopolitics research », basée sur les données des comptes régionaux de 2024 et les résultats de l’enquête de conjoncture auprès des ménages au deuxième trimestre 2026, met en lumière un décalage entre la progression de l’activité économique nationale et la perception du niveau de vie des citoyens.

Selon cette analyse, la croissance économique ne se traduit pas automatiquement par une amélioration immédiate du quotidien des ménages. Le Maroc a enregistré une croissance réelle de 4,4% en 2024, portée notamment par la reprise de plusieurs secteurs, dont l’industrie et les services. Toutefois, cette performance s’est accompagnée d’une baisse persistante de la confiance des ménages dans leur situation économique.

Les données citées dans la note, élaborée par le chercheur Amine Sami, révèlent que 78,3% des ménages déclarent que leur niveau de vie s’est dégradé au cours des douze derniers mois. Par ailleurs, la capacité d’épargne reste extrêmement limitée, avec seulement 2,6% des ménages affirmant parvenir à mettre de l’argent de côté. Des chiffres qui illustrent la difficulté pour une grande partie de la population à ressentir les effets de la croissance économique dans ses dépenses quotidiennes, malgré l’amélioration de certains indicateurs économiques globaux.

Lire aussi : Budget général : 20 MMDH pour soutenir le pouvoir d’achat

Le PIB ne reflète pas directement le revenu des ménages

L’un des principaux éléments avancés par le centre Omega concerne la différence entre la croissance du produit intérieur brut (PIB) et l’évolution réelle du pouvoir d’achat. Le PIB mesure la valeur totale des biens et services produits dans une économie, mais il ne renseigne pas directement sur les revenus disponibles des ménages.

Ainsi, une hausse de la richesse créée au niveau national ne signifie pas nécessairement une augmentation immédiate des salaires ou une amélioration des revenus des citoyens. Une partie importante de la valeur ajoutée générée par l’activité économique peut être absorbée par les bénéfices des entreprises, le remboursement des investissements ou le financement de nouveaux projets, avant d’avoir un impact concret sur les revenus des ménages.

Cette distinction explique en partie pourquoi une économie peut afficher de bonnes performances tout en laissant persister un sentiment de fragilité économique chez une large partie de la population. La croissance économique peut ainsi être visible dans les statistiques nationales sans être immédiatement perceptible dans les budgets familiaux.

Des disparités territoriales qui limitent la diffusion de la croissance

La note souligne également le rôle des disparités régionales dans la perception inégale des bénéfices de la croissance économique. La création de richesse demeure concentrée dans un nombre limité de régions qui regroupent une part importante des activités industrielles, financières et de services.

À l’inverse, certaines zones continuent de faire face à des contraintes structurelles liées à l’emploi, aux infrastructures économiques ou à la faiblesse du tissu productif local. Cette répartition inégale de la croissance contribue à maintenir des écarts importants entre les territoires en matière de revenus, d’opportunités professionnelles et d’accès aux services.

Pour les auteurs de l’analyse, la croissance économique nationale ne peut donc être évaluée uniquement à travers son rythme global. Sa capacité à améliorer les conditions de vie dépend également de sa diffusion géographique et sociale, ainsi que de sa capacité à générer des emplois et à renforcer les revenus des catégories les plus exposées.

L’inflation, un facteur aggravant pour les budgets familiaux

Autre facteur expliquant le décalage entre croissance économique et perception du niveau de vie ; l’impact durable de l’inflation sur les ménages. La hausse des prix peut entraîner une augmentation de la consommation en valeur sans que cela corresponde à une amélioration réelle du pouvoir d’achat.

Autrement dit, un ménage peut dépenser davantage tout en achetant moins de biens et services, simplement en raison de l’augmentation des prix. Pour maintenir leur niveau de consommation, certaines familles peuvent également être contraintes de réduire leur épargne ou de recourir davantage à l’endettement.

Cette situation contribue à alimenter un sentiment de pression financière, même dans un contexte où certains secteurs économiques affichent une reprise. L’évolution positive des indicateurs de production ne suffit donc pas, à elle seule, à compenser les effets ressentis de l’augmentation du coût de la vie.

Lire aussi : Pouvoir d’achat : 49,7 MMDH engagés d’ici 2027

Un décalage temporel entre croissance et amélioration sociale

La note du centre Omega rappelle par ailleurs que les effets d’une reprise économique nécessitent généralement un délai avant de se refléter sur le marché du travail, les salaires et les revenus des ménages. L’amélioration de l’activité économique précède souvent ses conséquences sociales, notamment lorsque les entreprises privilégient d’abord la consolidation de leur situation financière ou l’investissement.

Ainsi, une progression de la croissance peut constituer une condition nécessaire à l’amélioration du niveau de vie, sans pour autant garantir une amélioration immédiate des conditions quotidiennes des citoyens.

L’analyse appelle ainsi à dépasser la lecture du développement économique à travers le seul taux de croissance. Pour mesurer réellement l’impact de l’activité économique sur la population, elle recommande de prendre en compte d’autres indicateurs, comme la répartition des revenus, la capacité d’épargne, l’évolution de la confiance des ménages, les niveaux d’emploi et les écarts entre régions.

Cette approche permettrait d’obtenir une vision plus complète de la situation économique du pays, en distinguant la création globale de richesse de sa redistribution effective auprès des citoyens. Au Maroc comme dans d’autres économies émergentes, l’enjeu ne réside donc plus uniquement dans la production de croissance, mais dans sa capacité à améliorer durablement les conditions de vie de la population.

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