Villes portuaires africaines : le nouveau visage de la croissance
Congrès CGLU : Focus sur le rôle des villes portuaires africaines dans la transformation territoriale © MAP
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Tanger a accueilli, mardi 23 juin, un débat consacré au rôle croissant des villes portuaires africaines dans la transformation territoriale du continent, à l’occasion de la 8e édition du Congrès mondial de l’organisation des cités et gouvernements locaux unis (CGLU). Organisée par Tanger Med sous le thème « Écosystèmes des ports-villes : l’intelligence artificielle au service d’un multilatéralisme territorial », la rencontre a réuni responsables institutionnels, experts et acteurs portuaires autour d’une même interrogation : comment faire des ports africains de véritables leviers d’intégration, de compétitivité et de développement durable ?
Au fil des interventions, un constat s’est imposé ; les ports ne peuvent plus être pensés comme de simples points de transit. Ils constituent désormais des écosystèmes complexes, capables de structurer l’économie des territoires, de redistribuer la croissance vers l’arrière-pays et d’accompagner la montée en puissance des coopérations régionales africaines. Dans cette perspective, la question portuaire dépasse largement le champ logistique pour toucher à l’aménagement du territoire, à l’industrialisation, à l’emploi et à la souveraineté économique.
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Dakhla Atlantique, un port au service d’une vision continentale
Le président du Conseil de la région Dakhla-Oued Eddahab, Yanja El Khattat, a insisté sur la portée stratégique du port de Dakhla Atlantique, qu’il a présenté comme l’expression d’une vision de long terme. Selon lui, cette infrastructure s’inscrit à la fois dans la stratégie royale de développement des provinces du Sud et dans l’Initiative royale pour les pays du Sahel. « Le port de Dakhla est le produit d’une vision stratégique », a-t-il souligné, en estimant qu’un port « crée un écosystème économique autour de lui ». Pour lui, le projet doit ouvrir la voie à un corridor maritime générateur d’investissements, d’emplois et d’opportunités économiques, tout en renforçant les liens avec le continent africain.
El Khattat a également mis l’accent sur la dimension intégratrice du projet. À ses yeux, Dakhla Atlantique ne doit pas seulement servir le trafic maritime, mais contribuer à désenclaver les territoires du Sud et à rapprocher le Maroc de son environnement africain.
La valeur d’un port ne réside pas uniquement dans sa superstructure, estime le panéliste, mais dans sa capacité à fédérer une dynamique de développement autour de lui. Il a aussi rappelé que l’avenir des infrastructures portuaires passe désormais par « l’intégration des technologies numériques et de l’intelligence artificielle », qu’il considère comme des outils indispensables à une gestion plus efficace et plus intelligente.
Dans la même logique, la directrice de l’aménagement et du suivi de la réalisation du port Dakhla Atlantique, Nisrine Iouzzi, a présenté le projet comme un ensemble pensé bien au-delà de l’infrastructure maritime elle-même. « Le port lui-même est un passage, un trait d’union », a-t-elle déclaré, en insistant sur le fait que l’ambition du projet est de « connecter la terre à la mer » à travers une superstructure capable de drainer aussi bien des biens que des personnes.
Iouzzi a détaillé les axes stratégiques du projet, structurés autour de la construction de ports de nouvelle génération, du développement économique des zones portuaires et de la reconversion des espaces portuaires en lien avec la ville. Les grandes infrastructures portuaires contemporaines sont confrontées à des défis communs, a-t-elle fait valoir, notamment « la congestion urbaine et la nécessité de reconnecter les ports à leur environnement territorial ». Elle a enfin souligné que l’intelligence artificielle est déjà mobilisée dans la phase de chantier, notamment pour le suivi technique, le contrôle de la qualité et la sécurité, précisant que « l’IA constitue un levier essentiel pour bâtir des infrastructures portuaires intelligentes et durables ».
Les ports secs, clé de voûte du désenclavement intérieur
Le gouverneur de l’État de Kwara, au Nigeria, Abdulrahman Abdulrazak, également président du Forum des régions d’Afrique (FORAF), a pour sa part plaidé pour une extension des écosystèmes portuaires vers l’intérieur du continent.
Les ports secs et les plateformes logistiques intérieures, qu’il considère comme des outils essentiels pour faire bénéficier les régions non côtières des retombées du commerce maritime, sont d’une extrême importance, estime-t-il. Selon lui, ces infrastructures permettent d’élargir la portée économique des ports, de stimuler l’emploi et d’accompagner l’industrialisation des territoires.
« Un port africain ne peut pleinement jouer son rôle s’il reste isolé de son arrière-pays », selon Abdulrazak. L’enjeu, a-t-il expliqué, est de « construire des chaînes logistiques continues, capables de relier les ports maritimes aux zones industrielles, aux centres de distribution et aux marchés intérieurs ». Cette approche, a-t-il ajouté, renforcerait non seulement la compétitivité des ports africains, mais aussi leur capacité à servir de « catalyseurs d’intégration territoriale ».
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Tanger Med, modèle d’un écosystème portuaire intégré
Du côté de Tanger Med, le directeur central de l’exploitation, Jaafar Amiyer, a rappelé que le complexe n’est pas seulement un port, mais « un véritable modèle d’écosystème intégré ». Tanger Med a profondément transformé la région du Nord, en modifiant à la fois le paysage urbain de Tanger, son attractivité économique et sa place dans les échanges internationaux, selon Amiyer.
Selon cet intervenant, ce modèle a permis au Maroc de renforcer sa connectivité internationale et de consolider sa position dans les chaînes de valeur mondiales. Il a cité l’implantation de centaines d’entreprises dans la zone et la création de milliers d’emplois, tout en insistant sur le rôle du port dans l’essor industriel du pays. « La réussite de Tanger Med tient aussi à sa capacité à créer des ponts avec l’Afrique, puisque le complexe est connecté à de nombreux ports du continent, qui constituent le quart de ses connections, en particulier en Afrique de l’Ouest », a-t-il fait valoir.
À travers cette rencontre, la vision d’un axe « Tanger-Le Cap » a servi de fil conducteur à des échanges qui ont mis en valeur le rôle stratégique des villes portuaires africaines dans la construction de nouveaux corridors de croissance. Ces écosystèmes apparaissent de plus en plus comme des instruments de coopération Sud-Sud, d’intégration régionale et de transformation durable du continent. Surtout, ils sont désormais appelés à un rôle plus important, celui du multilatéralisme territorial.
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