Transition énergétique : comment le Maroc est-il devenu un pôle de l’investissement vert ?
Eoliennes © DR
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Longtemps, le débat sur l’investissement vert s’est concentré sur l’Europe et les États-Unis. Mais à mesure que les chaînes de valeur se recomposent et que les politiques climatiques deviennent plus structurantes pour le commerce international, d’autres territoires gagnent en attractivité.
Dans cette nouvelle géographie de l’investissement, le Maroc s’impose de plus en plus comme une destination singulière, selon un rapport récent du Forum officiel des institutions monétaires et financières (OMFIF). Son intérêt ne tient pas seulement à ses ambitions environnementales, mais à sa capacité à articuler transition énergétique, compétitivité commerciale et sécurité d’approvisionnement.
Le pari de la transition face à la contrainte climatique
Le contexte régional explique une partie de cette montée en puissance. Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord reste la région la plus exposée au stress hydrique, et le Maroc n’échappe pas à cette réalité. Selon la Banque mondiale, le pays figure parmi les plus pauvres en eau au monde, avec un potentiel d’environ 620 mètres cubes par habitant et par an, un niveau déjà classé comme stress structurel, et qui pourrait passer sous le seuil critique de 500 mètres cubes d’ici 2030.
La même étude souligne que le changement climatique et la pression démographique aggravent la vulnérabilité des zones rurales, tout en pesant sur la sécurité alimentaire et la stabilité macroéconomique. La transition verte devient donc une réponse économique à une contrainte vitale.
Le Maroc mise précisément sur cette contrainte pour transformer sa position économique. Le pays a choisi d’investir dans les renouvelables, les infrastructures hydriques, les zones industrielles et les projets d’hydrogène vert, avec l’idée de se placer au cœur des nouvelles exigences commerciales européennes.
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L’Europe, moteur de l’attractivité verte marocaine
Cette stratégie trouve tout son sens dans un environnement où l’Union européenne renforce ses instruments de tarification carbone, et où cette même union demeure un partenaire stratégique et privilégié du Maroc.
Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, ou CBAM, vise en effet à faire payer aux importations le coût des émissions incorporées dans leur production, afin d’éviter les délocalisations de pollution et de préserver l’objectif climatique européen. Entré en vigueur le 1er janvier 2026, ce dispositif crée une incitation forte pour les fournisseurs de l’UE à décarboner leurs procédés. Pour qu’un pays exportateur comme le Maroc reste compétitif, il doit produire davantage avec une énergie plus propre.
C’est dans cette logique que le gouvernement a validé, en mars 2025, des projets d’hydrogène vert représentant 319 milliards de dirhams, soit 32,5 milliards de dollars. Ces projets doivent produire de l’ammoniac, de l’acier et des carburants industriels, avec des partenaires venus des États-Unis, de l’Espagne, de l’Allemagne, des Émirats arabes unis, de l’Arabie saoudite et de la Chine.
Par ailleurs, le Maroc peut attribuer jusqu’à 30.000 hectares par projet après accord préliminaire et il vise, à travers cette stratégie, à soutenir ses besoins internes tout en renforçant ses exportations vers l’Union européenne, dont l’objectif est d’importer 10 millions de tonnes d’hydrogène renouvelable d’ici 2030. Le Maroc veut en outre porter la part des renouvelables à 52% des capacités installées en 2030, contre 45% actuellement.
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Une stratégie industrielle au-delà des énergies renouvelables
Cette orientation n’est pas sortie de nulle part. Le Maroc s’est déjà imposé comme l’un des pionniers africains des renouvelables, avec une politique énergétique engagée depuis plus d’une décennie. L’Agence internationale de l’énergie rappelle que le pays a engagé des réformes pour développer son industrie des énergies renouvelables et réduire sa dépendance aux importations d’énergies fossiles.
La trajectoire marocaine repose sur une combinaison de solaire, d’éolien, d’interconnexion électrique et d’industrialisation verte. Ces investissements climatiques ne se limitent donc pas à produire de l’électricité propre mais alimentent également une stratégie plus large d’exportation, de transformation industrielle et d’intégration aux chaînes de valeur européennes.
C’est aussi ce qui différencie le Maroc de plusieurs autres récits verts de la région MENA. Dans les pays du Golfe, la transition s’appuie surtout sur d’immenses capacités financières souveraines. Le Maroc, lui, construit un modèle plus hybride, fondé sur l’export, la proximité avec l’Europe, l’amélioration de la productivité industrielle et l’adaptation à la contrainte hydrique.
Le Maroc bénéficie enfin d’un effet de fenêtre. À mesure que le commerce international intègre des critères climatiques plus stricts, les pays qui peuvent démontrer une trajectoire crédible de décarbonation gagnent un avantage comparatif. Pour l’heure, le pays se trouve encore au milieu du gué, étant vulnérable à la sécheresse, dépendant de lourds investissements publics, mais déjà engagé dans une stratégie qui relie énergie, eau, logistique et exportation. C’est précisément ce mélange de fragilité et de projection qui en fait l’un des cas les plus observés de la transition verte en Afrique du Nord.
Le niveau des barrages marocains progresse fortement avec un taux de remplissage dépassant 74% et des réserves en eau presque doublées en un an.
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