Travail des enfants : 103.000 mineurs concernés au Maroc en 2025

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Travail des enfants : une lutte loin d’être gagnéeCette photographie montre des enfants chargeant des briques sur un chantier © AFP

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Les dernières données du Haut-Commissariat au Plan (HCP) montrent que le travail des mineurs demeure une réalité au Maroc malgré une baisse continue observée depuis plusieurs années. En 2025, plus de 100.000 enfants âgés de 7 à 17 ans occupaient un emploi ou participaient à une activité économique, essentiellement en milieu rural et dans l’agriculture. Les chiffres soulignent également le lien étroit entre activité précoce, abandon scolaire, vulnérabilité sociale et exposition à des conditions de travail à risque, notamment parmi les adolescents de 15 à 17 ans. Les détails.

À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le travail des enfants, célébrée le 12 juin sous le slogan « Carton rouge au travail des enfants : une enfance protégée, un travail décent pour les adultes », le Haut-Commissariat au Plan a livré un nouveau portrait d’un phénomène qui demeure bien réel au Maroc malgré les progrès enregistrés ces dernières années.

Selon la note publiée à cette date, près de 103.000 enfants âgés de 7 à 17 ans ont été engagés dans une activité économique en 2025, soit 1,3% de cette tranche d’âge. La prévalence atteint 2,4% en milieu rural, contre 0,5% en milieu urbain.

Ces chiffres s’inscrivent dans un contexte international qui reste préoccupant. D’après l’Organisation internationale du travail (OIT) et l’UNICEF, près de 138 millions d’enfants étaient encore en situation de travail dans le monde en 2024, dont environ 54 millions exposés à des travaux dangereux. Les deux organisations rappellent par ailleurs que l’objectif d’élimination du travail des enfants à l’horizon 2025 n’a pas été atteint.

Lire aussi : Le Maroc présente son expérience dans la lutte contre le travail des enfants

Un phénomène rural, masculin et adolescent

Au Maroc, le phénomène demeure d’abord rural, masculin et concentré chez les adolescents. Le HCP indique que 86,2% des enfants au travail sont des garçons, que 89,8% ont entre 15 et 17 ans et que 76,2% vivent en milieu rural. Le lien avec la déscolarisation apparaît également marqué ; 88% ont quitté l’école, 11% sont encore scolarisés et 1% n’ont jamais fréquenté l’école.

Ainsi, le travail des enfants ne se limite pas ici à une activité d’appoint ; il s’inscrit souvent dans des trajectoires de rupture scolaire qui fragilisent durablement les chances d’insertion future.

Le secteur agricole reste le principal débouché en zone rurale. Selon la note du HCP, 69,1% des enfants au travail en milieu rural exercent dans l’« agriculture, forêt et pêche ». En ville, la répartition est différente. Les services y concentrent 51,2% des cas, devant l’industrie avec 28,4%. Le phénomène, selon le HCP, suit les structures de l’économie informelle et familiale, là où les contrôles sont plus difficiles et où la frontière entre aide domestique, participation familiale et travail économique devient plus poreuse.

« Dans les zones rurales, les enfants restent exposés à des formes de travail domestique. Les filles, mais aussi les garçons, sont amenés à aider leurs familles dans les tâches quotidiennes, dans des conditions qui peuvent dépasser leurs capacités physiques », alerte Khadija Amrani, avocate et présidente de l’association W-Lady, dans une déclaration à LeBrief.

Et d’ajouter : « L’Organisation mondiale de la Santé alerte depuis longtemps sur les dangers du travail des enfants. Les conséquences sont à la fois physiques et psychologiques. Elles touchent aussi à deux droits fondamentaux : le droit à la dignité, car l’enfant est réduit à une main-d’œuvre, et le droit à la scolarité, puisqu’il risque de ne plus aller à l’école ».

Le statut des enfants au travail varie lui aussi selon le lieu de résidence. En milieu rural, près de six sur dix sont des aides familiales, tandis que 32,6% sont salariés. En milieu urbain, la part des salariés grimpe à 58,6%, devant les apprentis à 25% et les aides familiales à 13,5%.

Près de 60.000 enfants exposés à des activités dangereuses

La part la plus inquiétante concerne toutefois les travaux dangereux. Le HCP estime que 58,4% des enfants au travail, soit environ 59.000 enfants, sont exposés à des activités dangereuses. Parmi eux, 66,6% vivent en milieu rural, 92,2% sont des garçons et 85,5% ont entre 15 et 17 ans. Les secteurs les plus risqués sont le BTP, où 71,3% des enfants exercent des travaux dangereux, l’industrie, avec 78,4%, puis les services, avec 76,3%, tandis que l’agriculture, forêt et pêche affichent 43,6%.

La note du HCP éclaire également le rôle du cadre familial. Le phénomène concerne 73.000 ménages, soit environ 0,8% des ménages marocains, avec une présence plus forte en zone rurale (50.000 ménages contre 23.000 en ville). Les ménages de grande taille sont davantage touchés, la proportion passant de 0,3% pour les ménages de trois personnes à 2,7% parmi ceux de six personnes ou plus.

Le niveau d’instruction du chef de ménage apparaît également déterminant. La proportion de ménages comptant au moins un enfant au travail atteint, en effet, 1,1% lorsque le chef n’a aucun niveau d’instruction et 1% lorsqu’il a seulement le primaire, alors qu’elle devient insignifiante au-delà. Le phénomène est aussi associé à la profession du chef de ménage, notamment lorsqu’il s’agit d’exploitants agricoles ou de manœuvres.

Lire aussi : Travail des enfants : l’ONDE lance une campagne pour renforcer la vigilance

Engagements internationaux

« On a parfois reproché aux institutions publiques de laisser le terrain aux ONG. Aujourd’hui, je constate une dynamique différente. « Lorsqu’il y a une volonté politique, la législation peut évoluer davantage, dans le respect des conventions internationales relatives aux droits de l’enfant », fait valoir Amrani.

Cette photographie statistique intervient effectivement alors même que le Code du travail marocain interdit formellement l’emploi des enfants de moins de 15 ans. Le Maroc a également ratifié les conventions internationales fondamentales de l’OIT, notamment la Convention n°138 sur l’âge minimum (fixé à 15 ans) et la Convention n°182 sur les pires formes de travail des enfants.

Mais dans les faits, l’économie informelle, particulièrement développée dans les campagnes et dans certains secteurs urbains comme l’artisanat ou les petits services, échappe largement aux inspections du travail.

Il existe aujourd’hui une volonté réelle de faire évoluer les choses, selon notre interlocutrice, « et cela se voit jusque dans l’action de la police judiciaire ou dans l’accompagnement des enfants en situation de handicap ».

Dans ce cadre, la lutte contre le travail des enfants ne relève pas seulement d’un impératif social ; elle s’inscrit aussi dans des engagements internationaux qui visent à empêcher l’entrée trop précoce dans l’activité économique et à protéger les enfants des formes les plus nocives d’exploitation.

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