Chronique CADENCE
Sabrina El Faiz Publié le 12/06/26 à 10:29
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Au sang dans nos assiettes

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Encore une fois, la terre de Huelva a bu le sang d’une femme marocaine. Elle s’appelait Hakima, elle venait de Sidi Kacem, elle était mère de quatre enfants. Que Dieu ait son âme. Elle n’était en Espagne que depuis 40 jours, pleine d’espoir, pour ramasser des fruits que nous finissons par manger tranquillement à nos tables.

C’est insupportable. Hakima est morte seule, dans son lit, à une heure du matin, après une journée de travail harassante sous un soleil de plomb. Elle avait eu la force de rentrer, de se doucher et même de préparer son repas pour le lendemain… Un lendemain qu’elle n’a jamais vu. Un coup de chaleur, un accident climatique ? Avaler ça, je n’en ai point la force. C’est juste le résultat d’un système qui traite les êtres humains comme du simple bétail jetable.

Le pire dans cette tragédie, c’est que c’est du déjà-vu écœurant. En 2019, une autre travailleuse mourait exactement de la même manière. Les syndicats avaient alerté, ils avaient envoyé des courriers, ils avaient dénoncé le mépris total pour la dignité de ces femmes. Et pourtant, rien n’a bougé. Les autorités marocaines et espagnoles se renvoient la balle pendant que des mères de famille crèvent littéralement de chaud dans les « champs de la précarité ».

Il y a une hypocrisie à voir des pays se gargariser de valeurs démocratiques et donner des leçons de droits de l’homme au monde entier, tout en laissant l’exploitation la plus sauvage se produire sur leur propre sol. On parle de femmes vulnérables, poussées par la misère, qui se retrouvent piégées dans des logements précaires et des rythmes de travail qui brisent les corps.

La mort de Hakima ne peut pas être un simple article de plus. On ne peut plus se contenter de « suivre le dossier », il faut que les contrats soient respectés, que l’inspection du travail fasse son boulot et que ces entreprises agricoles arrêtent de sacrifier des vies pour quelques centimes de profit.

Quatre enfants à Sidi Kacem attendent une mère qui ne reviendra jamais. Pendant ce temps, la campagne agricole continue comme si de rien n’était.

C’est ça, la brutale réalité des champs espagnols, une sueur qui a le goût du sang.

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