Alors que l’État barricade les lycées pour éviter la fraude au baccalauréat, le tout se joue en réalité dès le primaire. Au lycée, c’est un peu tard. Alors il y a tentative de rattrapage, avec la méthode TaRL. On promet de rattraper des années de lacunes en quelques semaines. Entre enseignants transformés en simples exécutants et fuites de sujets, quelles sont les failles d’un « modelage » historique à grande échelle ? Apprend-on vraiment aux élèves à réfléchir ou simplement à marcher à quatre pattes ?

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Terrible scolarité ! Détecteurs de métaux, brouilleurs d’ondes, déploiement policier… Ça en fait un dispositif pour sécuriser les épreuves du Baccalauréat ! Pourtant, malgré cet arsenal, la fraude est bien là avec ses 5.000 protagonistes ! Pourquoi un tel acharnement à tricher ? La réponse ne se trouve pas dans ces salles de lycées, mais bien des années plus tôt. « 70% des élèves marocains terminent le primaire sans maîtriser la lecture ou le calcul », nous explique le Professeur Abderrahmane Lahlou consultant en éducation, management et finance, directeur général du groupe Madina Schools.

Arrivé en terminale, l’élève se retrouve face à un dilemme, il n’a tout simplement pas les acquis pour réussir honnêtement. C’est sa réponse, sa façon de survivre dans un système qui l’a laissé « avancer » sans jamais lui apprendre à marcher.

Écoles pionnières : le traitement de choc

Pour stopper cette hémorragie, il y a deux ans le ministère a dégainé l’arme fatale des écoles pionnières. Un genre de thérapie de choc pour réparer la base. Le premier pilier est curatif avec la méthode TaRL (Teaching at the Right Level). On arrête de suivre aveuglément le programme et on regroupe les élèves par niveau réel. En seulement deux mois, les taux de maîtrise en mathématiques auraient été multipliés par quatre, selon les dires de la tutelle.

Le second pilier, préventif, est l’enseignement explicite. Fini la scolarité improvisée. Les enseignants reçoivent des « leçons scriptées », des milliers de diapositives PowerPoint prêtes à l’emploi, afin qu’il y ait zéro ambiguïté et une progression millimétrée. Une étude de J-PAL affirme que les élèves des écoles pionnières surpassent désormais 82% de leurs pairs ! Ça donne envie !

Pourtant, des voix s’élèvent pour dénoncer l’invisible. Le Professeur Abderrahmane Lahlou explique que nous tentons de corriger l’urgence. « L’école pionnière est une bonne initiative parce qu’elle a enfin consisté à créer une vraie école, toutefois nous ne connaissons pas la suite du programme ».

L’enseignement explicite, tel qu’il est appliqué, ressemble à une méthode de « modelage ». Les enseignants, autrefois acteurs pédagogiques, risquent de devenir de simples exécutants de « slides ». « L’enseignement, ce n’est pas transférer des diapositives dans la tête de l’élève », s’insurge Lahlou. En rigidifiant ainsi la scolarité, on sacrifie l’autonomie de l’élève et sa capacité de réflexion critique. Il serait d’ailleurs difficile de personnaliser l’apprentissage face aux 7,5 millions d’élèves inscrits.

Le grain de sable : quand la triche s’invite au primaire

Plus inquiétant encore, l’éthique semble déjà flancher au stade expérimental. En février 2026, un scandale secoue les écoles pionnières avec des fuites massives de sujets d’examens unifiés, qui forcent le ministère à annuler et à reporter les épreuves de français et de mathématiques.

Cet incident révèle que la pression du résultat est telle que les vieilles habitudes de fraude remontent jusqu’à la source. Si l’on sécurise le Bac mais que l’on laisse les examens du primaire fuiter sur les réseaux sociaux, à quoi sert la réforme ?

L’école pionnière a le mérite de proposer enfin une école « aux normes », avec du matériel moderne et des enseignants encouragés financièrement. Mais si la carrosserie est belle, il faut un bon moteur.

Peut-on généraliser ce modèle à 8.000 écoles sans diluer la qualité ? La solution passera-t-elle par une privatisation contrôlée, où l’État financerait les familles pour accéder à des structures plus petites et plus agiles ?

Al Madrassa al Jadida

On ne peut pas construire une « nouvelle école » sur des sables mouvants. En plus de l’école pionnière, il y a le projet « Al Madrassa al Jadida ».

NB : l’origine institutionnelle : Al Madrassa al Jadida est un concept et un projet porté par le Conseil supérieur de l’enseignement (CSE), une instance consultative et de gouvernance. À l’inverse, l’école pionnière est le programme opérationnel déployé sur le terrain par le ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports.

Le cadre stratégique : Al Madrassa al Jadida s’inscrit dans la Vision stratégique 2015-2030, qui définit les grandes orientations à long terme pour une école de l’équité et de la qualité. L’école pionnière est la traduction concrète et immédiate de la Feuille de route 2022-2026, visant un redressement rapide des apprentissages.

Théorie contre pratique : Al Madrassa al Jadida représente l’idéal de « l’école de demain » telle que pensée par le Conseil supérieur. L’école pionnière est un dispositif d’urgence et d’expérimentation avec des piliers pédagogiques très précis : la méthode TaRL pour la remédiation et l’enseignement explicite pour la prévention des lacunes.

Revenons-en Al Madrassa al Jadida. Récupérer ceux que le système a déjà broyés et s’assurer que les générations futures ne tombent plus dans la trappe. Ce n’est pas une simple affaire.

Malgré des décennies d’efforts, les chiffres sont têtus avec 24,8% de la population de plus de 10 ans qui est encore analphabète en 2024. En milieu rural, c’est près de quatre personnes sur dix.

Mais il y a pire. Sur les 9,1 millions de personnes inscrites aux programmes d’alphabétisation depuis 2014, 85% sont des femmes. L’analphabétisme au Maroc est le verrou qui maintient l’inactivité féminine à des niveaux records. La réponse ? La nouvelle Stratégie nationale 2023-2035. L’Agence nationale (ANLCA) mise désormais sur le numérique et l’apprentissage tout au long de la vie. On ne se contente plus d’apprendre à lire, on crée des applications comme « Alpha Fellah » pour les agriculteurs ou « E-Alpha Tamlik » pour l’autonomisation foncière. Il s’agit là de transformer 1 million de bénéficiaires par an en citoyens productifs.

Le préscolaire : la clef magique contre l’injustice

Si vous voulez savoir si un enfant marocain réussira sa vie en 2050, ne regardez pas son diplôme universitaire. Regardez s’il a été au préscolaire à 4 ans. C’est là que tout se joue. Le préscolaire est devenu le « pilier sur lequel doit se construire la nouvelle école ».

Pourquoi une telle urgence ? Parce que le préscolaire est le premier rempart contre l’échec scolaire et le futur statut de « NEET ». Le Maroc a fait le pari de 100% de généralisation d’ici 2028. Et on est passé d’un taux de 50% à 80% en un temps record.

Mais regardez comment l’État opère, il a inventé un modèle de « délégation de service public ». Puisque l’administration centrale est trop lourde, on confie les clefs au « Tiers Secteur ». La Fondation marocaine du préscolaire (FMPS) gère aujourd’hui 70% de l’offre publique. L’État fixe les normes et le référentiel de qualité, mais ce sont des ONG spécialisées qui recrutent, forment et gèrent au plus près des douars.

L’idée est de créer un continuum pédagogique avec le primaire pour que l’enfant ne subisse plus de choc à 6 ans. Mais attention, pour que ce levier fonctionne, l’État doit rester le garant d’une qualité unique. Car un préscolaire « au rabais » pour les moins aisés ne ferait que bétonner les inégalités dès la maternelle.

L’École de la deuxième chance

Chaque année, le système éjecte 331.000 élèves. Où vont-ils ? Dans la rue, dans l’informel, ou dans le silence des foyers ruraux.

L’enquête révèle que 64% des lauréats de la formation professionnelle initiale sont issus du décrochage scolaire. Le plan prévoit d’utiliser les espaces des écoles existantes, de mobiliser des éducateurs qualifiés et de créer des passerelles réelles avec le monde de l’entreprise. Tout cela pour transformer une « génération perdue » en une force vive capable de profiter du dividende démographique avant qu’il ne s’évapore.

Première conséquence : l’hémorragie économique

41,6%. C’est le taux d’activité national en 2024. Il y a dix ans, il frôlait encore les 48%. En une décennie, une part immense de la population en âge de travailler a simplement « disparu » des radars. Ils ne travaillent pas, ne cherchent plus, n’existent plus statistiquement dans la vie productive.

Le plus inquiétant, c’est que ce retrait sert de cache-misère, car si ces millions de personnes cherchaient activement un emploi, le taux de chômage, déjà alarmant à 21,3% en 2024, exploserait littéralement.

Jeunes diplômés : chômage ou quête de sens ?

C’est le cœur du réacteur de la crise : le phénomène NEET (Neither in employment, nor in education or training). Derrière cet acronyme barbare se cachent des jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. Ils sont 1,5 million de 15-24 ans dans ce cas, soit un jeune sur quatre.

Si l’on élargit à la tranche des 15-29 ans, le chiffre grimpe à 2,9 millions, soit plus d’un jeune sur trois. Mais attention aux idées reçues, ce groupe n’est pas composé de chômeurs au sens classique. Près de 70% d’entre eux sont des inactifs, dont une écrasante majorité de jeunes femmes (72%) souvent mariées précocement et assignées au foyer dès la sortie de l’école. Le risque d’être NEET explose littéralement après 24 ans, il passe de 25,6% pour les plus jeunes à plus de 50% pour les 25-29 ans. C’est le moment de la bascule, celui où la transition école-emploi échoue et où le jeune s’installe durablement dans l’exclusion.


C’est sans doute l’aspect le plus cynique de notre système : le « paradoxe du diplômé ». Dans n’importe quel pays normal, plus vous étudiez, plus vous trouvez de travail. Au Maroc, c’est l’inverse. Posséder un diplôme peut augmenter le risque de se retrouver au chômage de longue durée par rapport à ceux qui n’ont rien.

Regardez les chiffres du HCP pour 2023 : par rapport à un jeune sans diplôme, un titulaire d’un titre de « Technicien spécialisé » a 25,4% de risques supplémentaires de se retrouver au chômage. Le diplôme crée des aspirations légitimes, mais le marché du travail, saturé et inadapté, ne propose rien en face. Même le Baccalauréat, jadis considéré comme un « visa pour l’avenir », a perdu de sa superbe. Avec la massification et le décalage flagrant avec les besoins de l’économie moderne (IA, numérique), il n’est plus perçu que comme une formalité administrative qui n’offre aucune garantie d’insertion.

« Les formations proposées dans le supérieur, ne sont pas adaptées aux besoins du marché », nous explique Pr. Lahlou. « On accuse souvent l’université de produire des chômeurs ». Pourtant, ce reproche mérite d’être nuancé. La mission première de l’université n’est pas de préparer les étudiants à des emplois précis, mais de leur transmettre des connaissances, des compétences fondamentales et des capacités d’adaptation qui leur permettront de poursuivre leur formation tout au long de leur vie et de s’insérer dans des parcours professionnels et citoyens en constante évolution.

« L’université n’a donc pas vocation à délivrer des diplômés immédiatement opérationnels sur le marché du travail. Il serait injuste de lui faire porter seule cette responsabilité, notamment lorsqu’il s’agit des établissements à accès ouvert. Cette analyse est toutefois moins applicable aux formations à accès sélectif, comme certains masters ou cursus professionnalisants, qui sont davantage tenus d’assurer une adéquation entre la formation dispensée et les débouchés professionnels », détaille le spécialiste.

Pendant que des millions de jeunes restent sur le carreau, l’élite, elle, s’en va. Et c’est une véritable hémorragie. Chaque année, 700 ingénieurs et 500 médecins formés à grands frais par l’État quittent le pays. La France, en déficit de compétences techniques, vient recruter directement à Casablanca dans les grands hôtels. Slogan des recruteurs ? « Accélérez votre carrière en France ».

Le Maroc a besoin de 32.000 médecins, mais ses praticiens soignent les patients français. On estime que 7.000 médecins marocains exercent déjà dans l’Hexagone. Les diplômes sont désormais perçus comme des « visas pour l’étranger ». Pourquoi rester quand le favoritisme et le manque de perspectives locales brisent les ambitions ?
Ce « brain drain » est une perte sèche irrattrapable pour la recherche et l’innovation nationale. Nous finançons l’éducation de ceux qui feront la richesse de demain… ailleurs.

Le cimetière des réformes : du LMD au Bachelor, l’échec en boucle

Comment en est-on arrivé là après tant de plans de secours ? Le système LMD (Licence-Master-Doctorat), instauré en 2003 avec l’ambition de révolutionner l’université, a montré ses limites criantes. Le constat du Conseil supérieur de l’éducation en 2018 est accablant avec 47,2% des étudiants qui quittent l’université sans aucun diplôme après deux ou trois ans d’études. C’est un gâchis de ressources monumental.

Seuls 13,3% des étudiants parviennent à décrocher leur licence dans la durée normale de trois ans. La moyenne réelle ? Entre 4,5 et 5 ans. Parce que l’université à accès ouvert est devenue un déversoir massif où l’orientation est inexistante et où l’encadrement pédagogique est à bout de souffle.

Face à ce naufrage, on a tenté d’imposer le système Bachelor en 2021, dans la précipitation et sous couvert d’« anglo-saxonisation » du cursus. Mais peut-on changer le moteur d’un avion en plein vol sans préparer les pilotes ? Le secteur privé et de nombreuses universités publiques n’étaient tout simplement pas prêts. Cette énième réforme, perçue comme un énième pansement, a surtout révélé l’incapacité du système à se transformer en profondeur.

Les murs invisibles

Entre une université qui ne répond pas aux besoins du marché et une économie qui ne crée pas d’emplois qualifiés, la fracture sociale n’a jamais été aussi profonde.

Si l’école marocaine ne parvient pas à remplir sa mission, ce n’est pas seulement une question de budgets ou de manuels scolaires. C’est parce qu’elle se heurte à des fractures sociales si profondes qu’elles agissent comme de véritables plafonds de verre.

La fracture de genre

Au Maroc, moins d’une femme sur cinq participe à la vie économique. Avec un taux d’activité féminin d’à peine 19% contre 69% pour les hommes, l’écart est l’un des plus violents au monde. Mais que se passe-t-il entre la sortie de l’école et l’entrée dans la vie active ?

Notre analyse des données économétriques montre que le « moteur » de cette exclusion a un nom : le statut matrimonial. Le mariage est le premier facteur d’inactivité chez les femmes. Toutes choses égales par ailleurs, le simple fait d’être mariée augmente la probabilité pour une jeune femme d’être classée « NEET » (sans emploi, ni formation) de 32,8 points de pourcentage.

En effet, les femmes marocaines consacrent en moyenne cinq heures par jour aux tâches ménagères, contre seulement une heure pour les hommes. Plus de la moitié des femmes inactives (50%) justifient d’ailleurs explicitement leur absence du marché du travail par ces responsabilités familiales.

72% des 2,9 millions de NEET au Maroc sont des femmes. Un manque à gagner est estimé à 2,2% du PIB chaque année.

Le clivage territorial

L’autre mur invisible est géographique. Si vous naissez dans un douar isolé, vos chances de devenir un « fantôme du système » explosent. Depuis 25 ans, le taux d’activité dans le monde rural s’effondre littéralement, il est passé de 63,1% en 1999 à 46,1% en 2024. Une chute de 17 points.

En milieu rural, la situation des jeunes femmes est particulièrement dramatique. Leur taux d’activité a été divisé par deux en treize ans, s’écroulant de 36,6% en 2011 à seulement 18,8% en 2024.

Mais comment espérer une scolarité normale quand la distance et le manque de transport scolaire restent des barrières logistiques pour les filles ? En 2018, seulement 40% des filles rurales étaient inscrites dans l’enseignement secondaire, contre 79% en ville.

Aussi, les jeunes ruraux n’ont accès à aucun système d’orientation digne de ce nom. Pour chercher un emploi, 70% des non-diplômés dépendent exclusivement de leur réseau familial et amical. Ils sont les grands absents des canaux institutionnels comme l’ANAPEC, qui ne touchent quasiment que les diplômés urbains.

La Tour de Babel marocaine

Ah le chaos des langues ! Le système éducatif marocain marche sur la tête. D’un côté, une école publique qui a massivement arabisé ses cursus pendant des décennies. De l’autre, un marché de l’emploi privé où la maîtrise du français reste la « compétence incontournable » pour décrocher un entretien. Ce décalage crée une rupture au moment de l’entrée à l’université ou sur le marché du travail. Pour de nombreux bacheliers, le passage au supérieur est un choc linguistique qui les conduit à l’échec : près de 47% des étudiants quittent l’université sans diplôme, souvent parce qu’ils ne maîtrisent pas la langue d’enseignement des disciplines scientifiques.

Le français est devenu un marqueur de classe. Les familles aisées contournent le problème en payant des écoles privées ou des missions étrangères, tandis que les enfants du public se retrouvent enfermés dans des filières avec des débouchés quasi nuls dans l’économie moderne.

Et comme si cela ne suffisait pas, une nouvelle onde de choc arrive : l’anglais. Pour la jeune génération, la « GenZ 212 », le français est perçu comme un héritage du passé, tandis que l’anglais est la langue de l’avenir, du numérique et des affaires. Une étude du British Council révèle que 74% des jeunes pensent que le passage à l’anglais profitera au pays. Le ministère a bien tenté de réagir en lançant le système « Bachelor » pour angliciser les cursus, mais la réforme a été stoppée net, faute de préparation des enseignants et des infrastructures.

L’étudiant marocain moyen est aujourd’hui un « exilé linguistique » dans son propre pays, coincé entre une langue maternelle (Darija ou Amazigh) utilisée à 91%, une langue d’étude (Arabe classique), une langue de travail (Français) et une langue d’aspiration (Anglais). Ce « mismanagement » linguistique est un moteur d’inégalité à lui tout seul.

Le choc du futur

Lydex

Au milieu de tout ça, il y a les lycées d’excellence (Lydex). Nés de partenariats stratégiques entre le ministère et des fondations comme l’OCP ou Tanger Med, ils forment un écosystème tourné vers la formation de l’élite de demain. Les résultats de 2026 parlent de 57 admissibles à Polytechnique Paris, le réseau confirme sa présence, porté par le pilier historique de Benguerir et l’ascension fulgurante du LYMED à Martil.

Loin d’être réservé aux seuls privilégiés, ce modèle mise sur une méritocratie pure. Si l’admission exige des notes d’excellence (souvent supérieures à 16/20), un système de bourses intégrales permet aux meilleurs élèves issus de milieux modestes de rejoindre ces parcours d’élite.

Leur force réside dans une pédagogie bienveillante en internat. En limitant les effectifs, ces lycées assurent un accompagnement individualisé où le bien-être, le sport et les arts permettent de mieux gérer le stress intense des classes préparatoires. Il s’agit de forger des profils capables de piloter le développement économique futur du Royaume.

Le monde de 2050 ne ressemblera en rien au nôtre. L’école marocaine doit cesser de former pour le passé. Imaginez une école où la maîtrise de l’intelligence artificielle (IA) et du numérique n’est plus une option, mais une culture citoyenne.

Il s’agit d’armer les jeunes contre la désinformation et de les préparer à des métiers qui n’existent pas encore. À cela s’ajoute l’urgence climatique, dans un Maroc frappé par la sécheresse, l’école doit devenir le lieu où l’on apprend la gestion de la rareté et l’économie verte.

Il faut ensuite libérer l’école afin de faire de chaque établissement une institution à part entière, dotée d’une autonomie collaborative. Le directeur ne doit plus être un simple exécuteur de circulaires, mais un leader pédagogique capable de construire un projet propre à son quartier ou son douar. On parle ici de « professionnalisme collaboratif » : les enseignants ne travaillent plus seuls dans leur classe aux portes closes, mais en équipe, pour la réussite de tous, car l’école ne peut plus être une île isolée. Le nouveau contrat social veut forcer les collectivités territoriales à s’impliquer massivement.

Fini le temps où la mairie ne s’occupait que des lampadaires. Demain, les régions et les communes devront être des partenaires à part entière : entretien des locaux, transport scolaire, cantines, mais aussi soutien au préscolaire.
Pour que l’autonomie fonctionne, il faut que le sommet lâche prise. C’est le principe de subsidiarité. L’État doit rester le stratège, celui qui fixe les normes et évalue.

Mais la mise en œuvre, elle, doit redescendre au plus près des citoyens, avec la naissance d’Académies (AREF) de nouvelle génération. Ces structures doivent être des pôles d’excellence régionaux, gérés comme des entreprises publiques performantes. Elles doivent avoir la main sur les budgets et les ressources pour répondre aux besoins spécifiques de leur territoire, sans attendre le feu vert de Rabat pour chaque cartable acheté.

Ensuite, et surtout voudrions-nous dire, il faut travailler sur la réactivité de l’élève, développer son esprit critique, sa créativité et son discernement. Mais attention, cela ne marchera pas sans un contrat de confiance avec les enseignants. On parle ici de professionnalisation, revaloriser leur dignité, améliorer leurs conditions de travail, mais aussi exiger l’excellence. L’orientation devient également un pilier. Pourquoi un élève de collège ne pourrait-il pas découvrir la voie professionnelle sans que cela soit perçu comme un échec ? Le projet propose d’intégrer la formation professionnelle au cœur des lycées et de réformer les premiers cycles universitaires pour en finir avec le gâchis de la licence à accès ouvert.

Enfin, il faut de la bonne communication. « Nous vivons dans un pays où l’éducation ne bénéficie pas de la même valorisation que d’autres domaines, comme le sport, la culture ou encore la participation citoyenne. D’importants moyens sont mobilisés pour promouvoir les compétitions sportives et encourager l’engagement du public. De même, des campagnes de communication sont régulièrement déployées pour inciter les citoyens à participer aux élections. Mais qu’en est-il de l’éducation ? Combien de campagnes mettent réellement en avant la réussite scolaire, le parcours universitaire ou le plaisir d’apprendre ? Rares sont les initiatives qui présentent l’éducation sous un jour attractif, inspirant et valorisant pour les jeunes », s’insurge Professeur Abderrahamane Lahlou.

Mais tout cela ne restera que du papier si l’on ne gère pas la conduite du changement. On sait que ce qui tue les réformes au Maroc, c’est « l’effet système », cette résistance d’une administration qui refuse l’aventure.
Pour réussir, le projet réclame une mobilisation sociétale permanente. Ce n’est plus l’affaire d’un ministre, c’est l’affaire de la Nation.

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